Les temps sont durs pour la "dame de fer"

Rien ne va plus pour Dilma Rousseff. Réélue de justesse en octobre 2014, la présidente brésilienne est cernée par les problèmes.

Elle pourrait même être menacée de destitution. Dimanche, ils étaient encore des centaines de milliers à descendre dans les rues des grandes villes du pays pour réclamer sa démission. La grogne ne date pas d’hier. Depuis 2013, les Brésiliens crient leur mécontentement face aux lacunes des services publics, au ralentissement économique et aux scandales de corruption. En juin 2013, ils avaient même perturbé la coupe des confédérations qui se tenait au Brésil, faisant craindre le pire pour le Mondial de 2014. Il se sera finalement déroulé sans heurts, hormis les sifflements qui auront "salué" toutes les apparitions de Rousseff dans les stades de foot.

Cote "d’impopularité"

Sa réélection en octobre 2014 a donc surpris tout le monde. Les commentateurs politiques l’ont expliquée par le paysage ultra-divisé du pays entre le sud riche, et favorable à son rival de droite, Aécio Neves, et le nord, plus pauvre, et plus largement acquis à la cause du Parti des Travailleurs de Rousseff, envers et contre tout. Ou presque, car le vent a tourné depuis.

  • Née en 1947 à Belo Horizonte.
  • Étudiante, elle milite dans différents mouvements de gauche, voire marxistes.
  • Emprisonnée (et torturée) par la junte militaire entre 1970 et 1972, elle décroche sa licence d’économie en 1977.
  • Cofondatrice du Parti démocratique travailliste, elle rejoint le Parti des travailleurs de Lula en 2000.
  • Nommée ministre de l’énergie en 2003 et chef de cabinet du président Lula en 2005.
  • Élue présidente en octobre 2010. Réélue en 2014.

Il n’y a plus uniquement les riches et la nouvelle classe moyenne à vouloir voir partir l’ancienne marxiste. Les couches populaires sont également en train de lui tourner le dos. Rousseff ne jouit ainsi plus que de 8% d’opinions positives dans un sondage Datafolha, publié au début du mois. Même l’ex-président Fernando Collor n’était pas tombé aussi bas lorsqu’un scandale de corruption l’avait poussé à démissionner en 1992.

C’est un autre scandale – celui des versements de pots-de-vin pour l’obtention de contrats auprès du géant pétrolier brésilien Petrobras – qui donne aujourd’hui du fil à retordre à Rousseff. Même si les faits remontent à la présidence de Luiz Inacio Lula da Silva, son mentor, l’actuelle présidente est soupçonnée d’avoir fermé les yeux sur certaines pratiques à l’époque où elle était ministre de l’Énergie et présidait le conseil d’administration du groupe. Des dizaines d’hommes politiques et d’affaires ont déjà été inquiétés par la Justice, jusqu’à Lula, qui a finalement été blanchi.

Autre épine dans le pied de Rousseff: la récession qui touche le Brésil dont le PIB pourrait se contracter de 1,5% cette année, alors que l’inflation s’approche des 9%, poussant la banque centrale brésilienne à resserrer encore et encore les cordons de sa bourse. Le real a perdu quasi 25% de sa valeur depuis le début de l’année, aidé dans sa chute par la récente décision de S&P d’abaisser la perspective de la note souveraine du Brésil à "négative".

À un an des JO de Rio, Dilma Rousseff tentait une offensive de charme dans une carte blanche publiée le 6 août par plusieurs journaux de la planète, dont "Le Soir". Elle y vante les investissements privés réalisés pour construire le parc olympique de Barra. Et en profite pour affirmer que ces JO permettront à son pays de montrer au monde ses "avancées récentes en tant que démocratie forte (…), engagée dans la réduction des inégalités sociales."

Sur écoute

En septembre 2013, Dilma Rousseff reportait un voyage officiel à Washington en plein scandale WikiLeaks. Elle voulait ainsi protester contre sa mise sur écoute par les autorités américaines. Quelques jours plus tard, elle dénonçait de telles méthodes "entre nations amies" devant l’assemblée générale des Nations unies, à New York.

Deux fois divorcée

Rousseff a été mariée deux fois. Le premier mariage, à un journaliste de gauche, s’est soldé par un échec au début des années 70. Elle épousera ensuite Carlos Araujo, un autre militant, et le père de sa fille unique. Ils se séparent bons amis en 2000.

À "BBB-", la note n’est plus qu’à un échelon de la catégorie "spéculative". Voulant éviter le pire, Rousseff tente aujourd’hui d’imposer au Parlement brésilien un vaste plan d’austérité sapant dans les dépenses publiques, notamment au niveau des pensions. Mais la tâche est ardue alors que la majorité dont elle y jouit est déjà fragilisée par le scandale Petrobras.

Vers une destitution?

Et comme si tout cela ne suffisait pas, il a également été question d’enclencher une procédure de destitution à l’encontre de la "dame de fer", surnom donné par la presse brésilienne à Rousseff connue pour ne pas être tendre avec ses ministres. Comme ne l’était pas en son temps une certaine Margaret Thatcher… Soixante pour-cent des personnes interrogées dans un sondage MDA publié le mois dernier se disent favorables à une telle destitution. En cause: Rousseff aurait manipulé les comptes publics brésiliens en 2014 pour les embellir aux yeux des agences de notation et des investisseurs. La Cour des comptes brésilienne attend encore des éclaircissement à ce sujet. Les détracteurs de Rousseff ont également appelé à son départ dans le cadre du scandale Petrobras. Mais Rousseff est toujours là. "Je n’envisagerai jamais de démissionner", déclarait-elle la semaine dernière dans une interview à la chaîne SBT. Elle devra tout de même s’accrocher…

[Suivez Catherine Mommaerts sur Twitter en cliquant ici]

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