Mark Rutte, un Premier ministre en mauvaise posture

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte est face à des élections à haut risque.

Les élections qui se déroulent ce mercredi aux Pays-Bas se présentent mal pour le Premier ministre libéral néerlandais. En mauvaise posture dans les sondages, une polémique suite à la fusillade d’Utrecht rajoute au malaise alors que l’usure du pouvoir guette Mark Rutte en poste depuis 2010.

Au lendemain du drame à Utrecht et à la veille du scrutin, une partie de l’opinion publique a pointé l’empressement du Premier ministre de dénoncer un acte de terrorisme sans preuve à l’appui. Il s’est déclaré le défenseur des valeurs démocratiques alors que l’hypothèse de problèmes relationnels pouvait en fait s’avérer le motif du tueur.

Le profil
  • 1967 Naissance à La Haye. Cadet de sept enfants.
  • 1988-1991 Président du mouvement des jeunes du parti libéral (VVD)
  • 1992-2002 Emploi chez Unilever pour devenir directeur du personnel
  • 2002 Entrée dans la vie politique à titre professionnel pour le VVD
  • 2010 Nommé pour la première fois Premier ministre. Le gouvernement Rutte III est en place depuis octobre 2017.

Au-delà, la perte prédite de la majorité de sa coalition au Sénat suite au vote d’aujourd’hui, pourrait signer une fin anticipée de la coalition en place, selon certains observateurs.

De fait, ce manque de majorité à la Première chambre risque d’emblée de mettre le gouvernement en mauvaise posture pour mener à bien dossiers et réformes à l’agenda: mesures sur le climat, réforme des retraites, assouplissement de la procédure de licenciement, crise du logement. Pour avancer, la coalition va devoir composer avec les écologistes de Groenlinks et les travaillistes du PvdA qui, eux, sont donnés gagnants du scrutin d’aujourd’hui.

Ni le redressement économique du royaume après les années de crise, ni la fin de la politique d’austérité depuis 2015, ne devraient se traduire par de nouvelles voix pour le Premier ministre. "Un quart des Néerlandais seulement estiment que leur pouvoir d’achat a augmenté ces douze derniers mois", conclut un sondage de l’institut Maurice de Hond.

Beau bilan

Malgré tout, Mark Rutte a un beau bilan de réformes à son actif. Au plus haut des années de crise, la mise en œuvre de mesures d’économies administratives (fusion des communes, fermetures de consulats) et sociales (retraite à 67 ans, plafonnement des indemnités de licenciement, aides dégressives aux chômeurs) permet de réduire les dépenses sans créer de perturbations sociales. Une prouesse pour un Premier ministre.

Un des atouts de Mark Rutte est sans doute d’avoir une longueur d’avance sur ses adversaires. Passé maître dans l’art de retourner sa veste, il sait faire volte-face juste à temps pour coincer ses opposants politiques ou se rallier l’opinion publique. Il a ainsi fait marche arrière l’année dernière en acceptant le maintien d’un impôt sur les dividendes sur les sociétés. Autre concession récente: la mise en place d’une future taxation des émissions de Co2 pour les entreprises.

Relations internationales houleuses

Sur la scène internationale, Mark Rutte est moins diplomate. Les relations avec la Russie sont brouillées. La Haye accuse directement Moscou d’être responsable du crash du vol MH17. Des agents russes ont aussi été surpris en train d’espionner le siège de l’Organisation mondiale pour l’interdiction des armes chimiques à La Haye. Avec la Turquie, les relations diplomatiques ont été rompues pendant plus d’un an.

Sur la scène européenne, Mark Rutte va à contre-courant des idées d’Emmanuel Macron sur une Europe plus fédérale. Technocrate, le Premier ministre néerlandais est avant tout partisan de l’achèvement de l’union bancaire et d’un respect absolu des règles budgétaires. On lui prête aussi des ambitions pour accéder à un poste-clé de l’Union européenne après la fin de son mandat aux Pays-Bas.

Prof bénévole

Mark Rutte est professeur bénévole à raison de 2 heures par semaine dans un collège de La Haye, la plupart des jeunes le fréquentant étant issus de l’immigration.

Dandy

Le magazine Vanity Fair a accordé à Mark Rutte en 2014 la 3e place de son podium des "leaders mondiaux les mieux habillés", derrière David Cameron et Barack Obama.

Monsieur Propre

Des images ont récemment fait le tour des réseaux sociaux où l’on voit le Premier ministre passant la serpillière à l’entrée du Parlement après avoir fait tomber son café sur le sol.

 

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