Milos Zeman, président, candidat et ivre de pouvoir

Le président Milos Zeman, un vétéran de la gauche tchèque, est candidat à sa propre succession. Il est connu pour son penchant pour la bouteille, les insultes et son opposition aux migrants.

Du haut du château de Prague, la démarche claudicante et le verbe acéré, Milos Zeman compte sur le capital de popularité qu’il a engrangé auprès des Tchèques pour endosser, à 73 ans, un second mandat présidentiel.

Les sondages le donnent gagnant lors du premier tour, samedi et dimanche, sans franchir la barre des 50%. Au round suivant, ses rivaux devraient s’allier pour tenter de le renverser et pousser son principal challenger, Jiri Drahos.

Économiste de formation, Milos Zeman s’est façonné un profil de provocateur, politiquement incorrect jusqu’à céder ces dernières années à l’insulte facile. Ses ennemis? Ils sont souvent qualifiés d’"idiots". Les journalistes? Il n’hésite pas, lors d’une visite en Chine, de suggérer devant Poutine qu’il faut tous les "liquider". Lors d’une conférence de presse, il exhibe une Kalachnikov factice avec la mention "pour les journalistes". Les Pussy Riots? "Des putes". Le précédent gouvernement thèque? "Il a prostitué la fonction publique", dit-il un jour.

Santé déclinante

Grand fumeur, consommateur assidu de vin et de "slivovitz", un alcool de prune, il ne peut cacher sa mauvaise santé. Il est atteint de neuropathie, une maladie liée au diabète. La presse tchèque évoque une "démence alcoolique".

Le profil
  • Né le 28 septembre 1944, Milos Zeman est diplômé de l’école supérieure d’économie de Prague. Il entre au parti communiste en 1969.
  • En 1993, il est désigné président du parti social- démocrate. Il préside la chambre des députés en 1996.
  • En 1998, il devient Premier ministre. En 2013, il est élu Président de la République tchèque.

Né en 1944 à Kolin, sous domination de l’Allemagne nazie, Milos Zeman cultive depuis toujours l’art de la contradiction. Il entre en politique par le parti communiste, dont il se fait exclure pour s’être opposé à l’occupation soviétique.

En 1989, il participe à la "révolution de velours" aux côtés de l’ancien président Vaclav Havel. Quatre ans plus tard, il prend la présidence du parti social-démocrate (CSSD), qu’il finit par redresser. En 1998, il devient Premier ministre et livre un combat sans pitié à Vaclav Havel. Ses écarts de langage deviennent une marque de fabrique, comme lorsqu’il compare Yasser Arafat à Adolf Hitler.

Ces excès lui font perdre la présidentielle de 2003 contre Havel. Il se retire de la politique et se met au vert. Dix ans plus tard, il revient à la tête d’une nouvelle formation de centre gauche, le Parti des droits civiques (SPO).

Très populaire dans les campagnes et auprès des ouvriers, la mine joviale et rassurante, Milos Zeman est à son apogée. Vétéran de gauche, il incarne l’ère postcommuniste auquel le peuple tchèque se raccroche. Il se présente comme un europhile et pour l’adoption de l’euro. En 2013, il remporte l’élection présidentielle.

La Constitution lui réserve un rôle limité, mais sa lecture personnelle de la charte fondamentale l’amène à prendre des décisions à la frontière de ses pouvoirs. Comme lorsqu’il apporte son soutien, en octobre dernier, au gouvernement de technocrates du populiste Andrej Babis, le "Trump tchèque", alors que cet exécutif n’a pas la confiance du Parlement.

Lors de son mandat, Milos Zeman s’affiche comme pro-russe, pro-chinois et eurosceptique. Friand de visites à Pékin et Moscou, il se montre aussi de plus en plus critique envers l’islam. Il s’oppose à la migration, qu’il voit comme une "invasion de musulmans", au point que son pays n’accueille que douze réfugiés dans le cadre du plan européen de relocalisation.

Oxydé par les années de pouvoir, Milos Zeman pourrait perdre la course présidentielle au deuxième tour face à Jiri Drahos, un ancien académicien aux manières raffinées, candidat des grandes villes et europhile.

Penchant pour l’alcool

Milos Zeman confesse qu’il boit "six verres de vin et trois verres de spiritueux" par jour. Il fumait, jusqu’il y a peu, ses deux à trois paquets de cigarettes quotidiens. Mais il suivrait désormais les conseils de ses médecins.

Insulte facile

Le Président tchèque dégaine facilement les insultes. Il traite les journalistes de "fumiers" et il accuse son gouvernement d’être un proxénète.

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