Paul Polman, un dirigeant atypique et engagé

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L’ex-patron d’Unilever Paul Polman applaudit l’initiative en faveur de réfugiés prise par une quinzaine de grandes multinationales néerlandaises. Il est aussi un activiste forcené pour défendre le climat et le développement durable.

"L’initiative fait partie de l’agenda moral qui s’impose aux entreprises." Le Néerlandais Paul Polman, ancien numéro un d’Unilever, qui a envisagé à un moment de sa vie de devenir prêtre, n’a jamais eu le profil traditionnel du grand patron. Aujourd’hui devenu président de la Chambre de commerce internationale (ICC) des Pays-Bas, Paul Polman applaudit l’initiative en faveur de réfugiés annoncée par une quinzaine de grandes multinationales néerlandaises, dont Accenture, ABN Amro, Dura Vermeer, ING, Philips, Rabobank, Randstad, Shell et Unilever.

Le profil
  • Naissance à Enschede (Pays-Bas) en 1956
  • 1979-2006: analyste puis postes de dirigeants auprès de Procter & Gamble
  • 2006-2009: directeur financier et directeur des activités américaines de Nestlé
  • 2009-2018: directeur général d’Unilever
  • 2018 à aujourd’hui: président de la Chambre de commerce internationale (ICC) des Pays-Bas

Selon ce plan d’aide aux réfugiés — "pour couper l’herbe sous le pied au populisme rampant", comme l’a indiqué Paul Polman –, quelque 3.500 emplois vont être créés à leur attention par ces entreprises dans les trois années à venir. Elles s’engagent aussi à assurer la formation professionnelle de 10.000 migrants, voire à financer le démarrage d’entreprises individuelles dirigées par des réfugiés mais aussi à fournir de l’aide aux camps de réfugiés établis à l’étranger.

L’apôtre des justes causes

"Il n’y a jamais eu autant de réfugiés dans le monde qu’actuellement", s’est indigné l’ex-patron de la multinationale qui n’en est pas à sa première prise de position sociétale au cours de sa brillante carrière. Bon apôtre pour défendre les justes causes, Paul Polman a souvent prêché que les entreprises devraient être gérées de façon "durable" en rémunérant justement les employés et en fabriquant des produits sains ayant le moins d’impact possible sur l’environnement.

L’ex-patron du géant des produits de consommation avait aussi frappé les esprits en 2015 en trouvant sa rémunération excessive (10 millions d’euros cette année-là). "Le conseil d’administration tente en ce moment d’augmenter nos packages salariaux, mais nous le refusons", avait expliqué Paul Polman au Washington Post.

Activiste du climat

Activiste aussi pour défendre le climat, Paul Polman estime que "c’est aux entreprises de relever le défi. De fait, le changement climatique met plus en péril notre mode de vie que nombre des menaces militaires du XXIe siècle", craint-il, lui qui se rend d’ailleurs régulièrement à la COP, la Conférence internationale sur le climat qui a débouché sur l’accord de Paris en 2015. Pour Unilever, l’objectif ambitieux fixé par Paul Polman voici plusieurs années vise un bilan zéro carbone en 2030 et d’une réduction de 50% de ses émissions nocives dès 2020.

Du coup, les actionnaires plus terre à terre d’Unilever, finissent par se demander si le développement durable n’est pas devenu une priorité du patron au détriment de la rentabilité financière. Ils relèvent qu’en 2013 et 2014, les objectifs financiers du groupe n’ont pas été atteints sur six trimestres. De fait, les années de la "fin de règne" de Paul Polman à la tête d’Unilever se révèlent houleuses.

L’OPA inamicale de Kraft lancée en 2017 force le groupe à renforcer ses positions et à cajoler ses actionnaires.

Puis un cuisant échec se produit en octobre 2018. Face à une levée de boucliers d’actionnaires britanniques, il renonce à un projet longuement mûri: le siège de Londres ne sera pas rapatrié à Rotterdam. Il a donc laissé deux mois plus tard le groupe anglo-néerlandais en l’état avec sa coûteuse structure bicéphale quasi-centenaire.

Big Unilever is watching you
En 2009, Unilever avait imposé à 100 cadres de l’équipe marketing du Benelux de séjourner dans des familles d’accueil 24 heures sur 24 pour traquer leurs moindres habitudes.

Hors des sentiers battus
En 78 ans d’histoire, c’est la première fois qu’Unilever se choisit un patron en dehors de ses troupes en nommant, en 2009, Paul Polman directeur général du groupe.

Du boucher végétarien au climat
A propos du rachat du leader néerlandais des substituts végétaux de viande, Paul Polman dira que "cette acquisition cadre avec notre stratégie d’étendre notre portefeuille de produits bénéfiques pour la santé et ayant un faible impact sur l’environnement".

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