Pedro Almodovar a donné des couleurs au cinéma espagnol

Bien qu’il n’ait jamais remporté la Palme d’or cannoise, Pedro Almodovar présidera la prochaine édition du festival en mai prochain. Une édition qui marquera les 70 ans de la manifestation cinématographique la plus suivie au monde.

Pedro Almodovar en président du Festival de Cannes, cela peut être vu comme la revanche d’un cinéaste qui, certes chouchou de la Croisette, n’a jamais ramené une Palme d’or à Madrid .

D’avance, on sait qu’il mettra un peu de couleurs dans les choix du jury comme il en met dans ses films et dans ses tenues. La composition du jury ne sera révélée qu’en avril, de même que la liste des films repris dans la sélection officielle. Mais si Pedro pouvait lui-même choisir quelques partenaires, on ne doute pas qu’il penserait à Penélope Cruz – une de ses actrices fétiches – et à Alberto Iglesias, qui signe la musique de tous ses films.

Sous Franco

Né en 1949 dans une petite ville de la province de Ciudad Real, il prend son indépendance à 18 ans et s’envole pour Madrid où il rêve d’apprendre le cinéma. Mais l’école de cinéma vient d’être fermée par le général Franco et Pedro s’achète une caméra super 8.

en 5 dates
  • 1980: Dans "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier", son premier long-métrage, son goût pour les marginaux apparaît déjà.
  • 1986: Pedro Almodovar fonde, avec son frère Agustin, El Deseo S.A. qui produit dix de ses films mais également ceux d’autres réalisateurs comme Damian Szifron avec "Les Nouveaux Sauvages"
  • 1992: Il est membre du jury du Festival de Cannes présidé par Gérard Depardieu.
  • 2016: Son nom et celui de son frère apparaissent dans les Panama Papers. Il vivra cela comme un "reality show cruel". La société offshore des deux frères a eu une existence brève au début des années 90 et n’a jamais survécu.
  • 2017: Il présidera le jury du Festival de Cannes du 17 au 28 mai.

Pour vivre, il travaille comme employé à la Compagnie des Téléphones, où il restera douze ans, et le soir, il s’essaie à la cinématographie, fait du théâtre avec une troupe indépendante, du rock dans un groupe et même des romans-photos… Tous les éléments de sa jeunesse – d’avant la Movida – se retrouveront dans l’un ou l’autre de ses longs-métrages.

À la mort de Franco et du franquisme, l’Espagne découvre la Movida. Le mouvement de la liberté artistique, de la jeunesse, de l’audace, du punk et de la new wave. Et Almodovar en deviendra rapidement le chef de file. Son premier succès à l’international, Pedro le connaîtra avec "Femmes au bord de la crise de nerfs", en 1988, avec une galerie de personnages almodovaresques, déjantés et baroques. "Talons aiguilles", qui suivra, en 93, lui vaudra un César du meilleur film étranger. Il rendra également célèbre la chanteuse Luz Casal dont les chansons "Piensa en mi" et "Un Ano de Amor", issues du film, deviendront des hits dans la foulée.

Tout sur sa mère

La mère de Pedro ou la mère en général est l’une des figures récurrentes de ses films les plus fameux. "Tout sur ma mère", qu’il signe en 1999, lui vaudra l’Oscar du meilleur film étranger (entre autres grandes distinctions dont le Prix de la mise en scène à Cannes). Mais son coup de génie sera, sans doute, "Volver", en 2006, avec un cast entièrement féminin. Cast dont toutes les actrices obtiendront ensemble le Prix de la meilleure interprétation féminine à Cannes. "Volver" sera l’un de ses plus grands succès commerciaux avec un box-office dépassant les 85 millions de dollars. "Julieta", sa dernière œuvre, sortie en 2016, décrit le drame d’une mère à la recherche de sa fille qui a choisi de s’éclipser. Il aura moins de succès. Parce que le Almodovar qu’on préfère est celui qui manie l’humour et le kitsch plutôt que le drame pur.

En bref

Des actrices de rêve

Carmen Maura et Penélope Cruz figurent parmi ses actrices de prédilection. Mais pour "Julieta", Almodovar a rêvé de Meryl Streep. Après réécriture du scénario, cette collaboration a été postposée. Donc, un jour, Pedro pourrait bien faire tourner Meryl…

Un chromophage

Le mot vient d’Almodovar lui-même. Son goût pour l’emploi de la couleur dans ses films est remarquable. Dans "Tout sur ma mère", il a usé du rouge et du bleu. Sa passion pour la couleur est, comme il l’a expliqué, sa manière de combattre la noirceur et la monochromie des années franquistes.

Gayttitude

Revendiquant son homosexualité, Almodovar a toutefois refusé de passer pour le chef de file du cinéma gay-queer. "A-t-on jamais demandé à Hitchcock s’il faisait des films de gros?" est sa réponse à ce sujet.

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