Philippe Vlerick, le roi du textile "nage à contre-courant"

"Je suis conscient du niveau élevé de risque de cet investissement, mais le potentiel est à l’avenant."

En hissant progressivement à 3,6% sa participation dans la biotech flamande ThromboGenics, le baron Philippe Vlerick ne choisit pas la solution de facilité. Mais il croit dans le potentiel d’une société qui, à l’entendre, recèle de la valeur.

"Certaines fautes ont peut-être été commises dans le passé, et certains choix stratégiques se sont sans doute révélés malheureux – comme la manière dont l’entreprise a abordé le marché américain avec Jetrea – mais c’est ainsi, et le management doit maintenant essayer de tirer son épingle du jeu", souligne-t-il.

Pedigree

Réputé plus ferré en finances qu’en gestion opérationnelle — il a notamment créé, avec Filip Balcaen et Marc Saverys, la société d’investissement Pentahold —, Philippe Vlerick est issu d’une famille flamande de grande renommée. Au même titre que les Leysen et Van Waeyenberge, les Vlerick font partie de ces familles qui ont joué un rôle majeur dans l’essor économique de la Flandre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

  • 8 juin 1955: naissance à Courtrai
  • Diplômes de philosophie et droit (KUL), master en gestion (Vlerick School), MBA à l’Indiana University
  • 1985: reprend à son père la société BIC Carpets
  • 2001: acquiert le groupe textile UCO
  • 2005: préside Febeltex
  • 2006: fusion avec l’Indien Raymond Ltd pour former Uco Raymond Denim Holding
  • Philippe Vlerick est également vice-président de KBC et administrateur de plusieurs sociétés.

Le père de Philippe Vlerick, Lucien, a fondé son entreprise de fabrication de tapis, BIC Carpets, dont Philippe a repris les rênes alors qu’il était à peine âgé de 30 ans. Cette société basée à Wevelgem compte parmi ses clients quelques grands noms comme Gucci, Mick Jagger ou Elton John.

André Vlerick, l’oncle de Philippe, a été ministre des Finances sous Gaston Eyskens. C’est lui qui, diplômé de Harvard, a fondé la fameuse Vlerick Management School à Gand.

En 2001, Philippe Vlerick acquiert le groupe textile UCO en restructuration. Sous la pression de la concurrence asiatique, la plupart des activités sont délocalisées hors de Belgique. De 2000 à 2005, Philippe Vlerick préside aussi Febeltex, la fédération de l’industrie textile, rebaptisée depuis lors Fedustria. Le cru 2006 est marqué par son titre de "Manager de l’année" et par la fusion avec le groupe indien Raymond Ltd pour former Uco Raymond Denim Holding.

Risque calculé

Le roi du textile se tourne aujourd’hui vers le monde des biotechnologies. Il n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà investi précédemment dans la société Tibotec-Virco, un des pionniers de la lutte contre le sida.

Fils aîné d’une famille de quatre enfants (dont trois filles), Philippe Vlerick a très vite été placé par son père devant le choix de reprendre ou de vendre BIC Carpets, la société familiale. Il a opté sans hésiter pour la première solution. Et n’en est pas resté là: une quinzaine d’années plus tard, il rachetait l’entreprise textile Uco.

Esprit de famille

Outre ses nombreux mandats d’administrateur, le baron Philippe Vlerick est aussi le chef de file des actionnaires familiaux du groupe financier KBC.

Pas que le business

Philippe Vlerick ne se passionne pas que pour les affaires. Il aime le sport et la lecture, n’hésitant pas à lire les livres dans leur langue d’origine. Sans oublier l’art. En 2013, il a ainsi assumé la fonction de Commissaire général d’Europalia Inde.

À l’entendre, investir dans ThromboGenics est un risque calculé. "Le niveau de risque est élevé, mais le potentiel est à l’avenant", estime-t-il.

Et puis, rien de tel que de pousser l’innovation. "Je suis belge. Je suis très positif envers de tels projets innovateurs dans notre pays", souligne-t-il.

Philippe Vlerick l’admet volontiers: il "nage parfois à contre-courant" en investissant "à des moments où les actions sont sous pression". Mais il assume. "En tant qu’actionnaire, mon objectif est de soutenir l’entreprise à long terme. Je n’ai pas investi pour obtenir un rendement rapide."

Le baron Vlerick croit en tout cas au potentiel du Jetrea, le traitement de maladies oculaires développé par ThromboGenics qui permet de guérir un patient avec une seule injection au lieu d’une opération – beaucoup plus lucrative – pour les chirurgiens. "Les gens sont parfois réticents face au changement. Et Jetrea représente des changements importants pour les chirurgiens ophtalmologues. Lorsque les premiers stents ont été introduits comme alternative aux pontages coronaires, les chirurgiens ont aussi manifesté une certaine réticence. Il faudra donc être patient."

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