Pieter Abbeel, dompteur de robots

©Winni Wintermeyer

Après une fructueuse carrière académique, Pieter Abbeel, ce spécialiste belge de la robotique et de l’intelligence artificielle, lance la start-up Embodied Intelligence et lève 7 millions de dollars. L’idée? Apprendre aux robots à reproduire des comportements humains.

Demandez à un robot de saisir ce crayon posé à côté de vous et vous obtiendrez un geste machinal, imprécis, trop puissant, bien loin de la fluidité d’un mouvement humain. En cause dans cet exemple, la difficulté que la machine a de s’adapter à l’inconnu.

Pour résoudre ce problème et permettre aux robots d’atteindre des performances supérieures à celles de leurs créateurs, Embodied Intelligence, start-up tout juste fondée, a développé une solution d’apprentissage pour le moins innovante: muni d’un casque de réalité virtuelle, un opérateur dirige les gestes de la machine dans la réalisation de différentes tâches. Après nombre de répétitions, l’élève apprend. Vite. De plus en plus vite… Et peut finalement en arriver à dépasser le maître.

Le profil
  • Né en 1978, il est ingénieur en génie électrique (KU Leuven).
  • En 2008, il obtient un doctorat en sciences informatiques (Stanford), avant de rejoindre le corps enseignant de l’université de Californie (Berkeley).
  • En 2011, il est cité parmi les 35 jeunes innovateurs à suivre par le MIT.
  • En 2016, il entre au centre de recherche OpenAI, présidé par Elon Musk.
  • En 2017, il lance la start-up Embodied Intelligence.

Incroyable avancée ouvrant sur de nombreuses possibilités, c’est pourtant la promesse de cette jeune pousse, à peine sortie des campus universitaires, qui a attiré les regards des investisseurs en début de semaine aux Etats-Unis, levant 7 millions de dollars.

Derrière ce projet, l’on retrouve une équipe de chercheurs de haut vol, emmenée par le Belge Pieter Abbeel. Le nom ne vous dit sans doute rien. Pourtant, "il doit faire partie du top cinq mondial en matière d’intelligence artificielle et de robotique", témoigne Steven Van Belleghem, consultant et auteur de nombreux ouvrages, qui l’a rencontré en septembre. "C’est un véritable génie dans son domaine".

Et quel domaine… l’intelligence artificielle. Plus spécifiquement, l’apprentissage par imitation, un champ en plein développement et aux implications colossales. Selon Pieter Abbeel, la recherche en la matière a désormais amené notre monde à un tournant car ce qui a manqué à la robotique et au hardware ces dernières années pour permettre de réelles innovations, c’était le progrès en matière de logiciels. Désormais, le code a rattrapé son retard. Les dés sont jetés.

Pieter Abbeel, dompteur de robots

Ascension académique

Si ce Belge de 39 ans se trouve aujourd’hui à piloter un pareil projet, cela n’a rien d’anodin. En effet, si durant ses études secondaires l’homme rêvait plutôt de devenir basketteur professionnel, il a fini par rapidement se tourner vers une tout autre carrière, guidé par un intérêt tout particulier pour la physique et les mathématiques. De là, "le choix d’entrer à polytechnique s’est présenté assez naturellement, car il s’agit en fin de compte d’appliquer ces deux branches au monde réel", expliquait-il récemment.

Direction Louvain. Après des études en génie électrique, le jeune ingénieur qu’il est alors se pose la question d’une possible spécialisation. Seul problème, tout l’intéresse. "Dès lors, je ne savais vraiment pas quoi faire", sourit-il à présent. Alors pourquoi avoir finalement jeté son dévolu sur l’intelligence artificielle? Pour une raison simple: "Il me semblait que cette branche pouvait bénéficier à toutes les autres, qu’elle est au cœur de tout en fin de compte", s’essaie-t-il.

Le choix est fait. Il entreprend donc un doctorat en sciences informatiques à l’université de Stanford, formation qui lui ouvre alors les portes de l’université de Californie où il enseigne depuis 2008. Là, il se spécialise chaque jour un peu plus. Les distinctions pleuvent. Résultat, en 2016, il entre à l’OpenAI, ce centre de recherche fondé fin 2015 par des noms bien connus tels que Peter Thiel (Paypal), Reid Hoffman (LinkedIn)… ou encore Elon Musk (Tesla, SpaceX) que le chercheur quitte ce jour pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

Bref, en dix ans, l’ascension aura été fulgurante. Et avec 7 millions désormais en poche, nul doute que Pieter Abbeel risque de faire parler de lui assez rapidement.

Repéré par le MIT

En 2011 déjà, la Technology Review, respectable publication du célèbre MIT, avait retenu le Belge parmi les 35 jeunes innovateurs de moins de 35 ans à suivre.

Innovateur dans l’âme

Alors qu’il est professeur à l’université de Californie (campus de Berkeley), il lance Gradescope, une application en ligne permettant de noter les travaux d’étudiants "deux fois plus rapidement", et ce, "tout en améliorant la précision, la cohérence et la transparence".Tout un programme.

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