Randall Stephenson, un pur produit de l'American dream

Le dirigeant d’AT&T, Randall Stephenson, a remporté une sacrée bataille mardi. Son entreprise va pouvoir fusionner avec le géant des médias Time Warner. Malgré les difficultés, le patron, bien décidé à relever les défis, est resté optimiste.

C’est une énorme victoire pour Randall Stephenson, le patron d’AT&T. Voire une consécration. Un juge fédéral a validé mardi la fusion entre le géant américain de la téléphonie AT&T (160 milliards de dollars de chiffre d’affaires) et le poids lourd des médias Time Warner (32 milliards de dollars de chiffre d’affaires), qui possède la chaîne d’information CNN, la chaîne HBO (créatrice de la série Game of Thrones) et les studios Warner Bros. Si le ministère de la Justice s’abstient de faire appel, ce mariage à 85 milliards de dollars donnera naissance à un empire, alliant canaux de distribution et contenus, le 20 juin au plus tard.

Randall Stephenson n’a pas hésité à mettre son poste en jeu dans cette opération. Car le patron de l’opérateur télécoms, gros donateur du parti républicain, n’a pas froid aux yeux, et depuis qu’il a hérité de l’entreprise en 2007, il fait tout pour la faire grossir. Il a d’abord tenu tête à l’antitrust – qui avait levé son veto en novembre 2017 pour s’opposer à cette fusion — mais aussi au président Donald Trump lui-même, ouvertement hostile à cette opération. Ses efforts ont payé, car aujourd’hui Randall Stephenson signe le deal de sa carrière.

Volontaire

Grâce à l'opération "Worforce 2020" orchestrée par Randall Stephenson, AT&T a été nommée "entreprise où il fait bon travailler" par le magazine Fortune en 2017. ©REUTERS

Le profil
  • Né le 22 avril 1960 à Oklahoma City
  • Il débute sa carrière chez Southwestern Bell Telephone (SBT) en 1982.
  • Il est nommé en 2004, par le président Bush, au National Security Telecommunications Advisory Committee, un comité consultatif sur les télécommunications.
  • En 2007, il devient directeur général d’AT&T, qui a racheté SBT deux ans plus tôt.
  • En 2015, il rachète DirecTv pour près de 50 milliards de dollars.

À 58 ans, le dirigeant est un pur produit de l’American dream. Fils d’un éleveur de l’Oklahoma, il est entré dans l’entreprise texane comme simple technicien en 1982, après avoir obtenu un diplôme en comptabilité à l’université de l’Oklahoma. Puis il a gravi les échelons jusqu’au poste le plus convoité. Si sa carrière chez AT&T n’a pas été de tout repos, il s’est toujours appliqué à suivre les conseils de son prédécesseur, qui lui a recommandé "d’avancer et de grossir continuellement". En 2011, il tente de mettre la main sur l’opérateur de téléphonie mobile T-Mobile, en vain, car l’antitrust bloque l’opération. Mais Randall Stephenson ne baisse pas facilement les bras devant les difficultés.

En 2013, il lance l’initiative "Workforce 2020", afin de former ses salariés aux nouvelles technologies. Sur les 270.000 employés, le patron entend offrir à 100.000 d’entre eux des postes radicalement différents, qui répondent aux nouveaux besoins d’AT&T. Une opération de plus d’un milliard de dollars qui a valu, entre autres, à l’opérateur d’être nommé par le magazine Fortune comme l’une des 100 entreprises où il fait bon travailler en 2017.

Autre succès en 2015, puisqu’il réussit à s’offrir, pour près de 50 milliards de dollars, la chaîne de télévision par satellite DirecTV, qui lui apporte 25 millions d’abonnés.

Erreur de jugement

Mais Randall Stephenson sait aussi reconnaître ses erreurs. Il y a quelques mois, l’entreprise a été emportée par la tourmente Michael Cohen, l’avocat de Donald Trump, qui a monnayé la proximité qu’il entretenait avec le Président et touché des millions de dollars d’AT&T pour du consulting. "Tout ce que nous avons fait était légal et légitime, avait alors déclaré Randall Stephenson. Mais notre collaboration avec M. Cohen représente une grave erreur de jugement." Maintenant un nouveau défi de taille l’attend: il va devoir orchestrer le difficile rapprochement entre AT&T et Time Warner, deux entreprises très différentes.

Père des boy-scouts

En plus de ses fonctions chez AT & T, Randall Stephenson a dirigé pendant deux ans, entre 2016 et 2018, l’organisation américaine des boy-scouts. Pendant son mandat, il a milité pour que l’organisation accepte les scouts homosexuels.

Mort sur le web

En juillet 2009, le site iReport de CNN affirme que Randall Stephenson est décédé suite à une overdose de cocaïne lors d’une soirée. Des hackers, jamais identifiés, seraient en fait à l’origine de ce canular.

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