Rupert Stadler: la statue du Commandeur se fissure…

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Le patron d’Audi est personnellement soupçonné de fraude dans le cadre de l’enquête sur le scandale des moteurs diesel truqués en Allemagne.

Le vent du boulet se rapproche dangereusement de Rupert Stadler. Le parquet de Munich a annoncé, ce lundi, que le PDG d’Audi était personnellement soupçonné de fraude dans le cadre de l’enquête portant sur le scandale des moteurs diesel truqués en Allemagne. Des perquisitions ont eu lieu dans la matinée chez le patron de la marque haut de gamme du groupe Volkswagen ainsi que chez un autre membre de son directoire. L’hebdomadaire Der Spiegel a révélé que le directeur des achats du constructeur aux anneaux, Bernd Martens, pourrait être le cadre visé par les enquêteurs.

Le profil
  • 17 mars 1963: Naissance à Titting, en Bavière
  • 1990: Après une courte expérience chez Philips Kommunikation Industrie à Nuremberg, il est recruté par Audi au siège d’Ingolstadt et occupe plusieurs postes de contrôleur dans la vente et le marketing.
  • 1994: Il est appelé à Barcelone par Volkswagen-Audi Espagne pour occuper la fonction de directeur commercial.
  • 1997: Responsable du bureau du conseil de direction du groupe Volkswagen
  • 2002: Responsable de la planification des produits du groupe
  • 2003: Sa nomination à la tête de la division finances et organisation d’Audi lui permet d’intégrer le conseil d’administration de la marque aux anneaux.
  • 2007: Président du conseil de direction d’Audi AG

Les deux hommes pourraient avoir émis "de faux certificats" pour permettre à certains de leurs modèles de passer les tests d’émissions de gaz polluants. Pour mémoire, l’agence fédérale de l’automobile KBA a ordonné la semaine dernière le rappel de 60.000 Audi A6 et A7 après la découverte d’un "logiciel illicite" sur leur moteur. Rupert Stadler a toujours nié être impliqué dans cette sombre affaire malgré le faisceau convergent de soupçons à son encontre.

Lors de la présentation à la presse en octobre dernier de la nouvelle version de l’A8 dans le port de Valence, qui avait accueilli la Coupe de l’America en 2007, ce professeur honoraire de l’Université de Saint-Gall en Suisse avait balayé d’un revers de la main les questions que L’Echo lui avait posées concernant les scandales des moteurs truqués. Pour lui, le diesel restait la meilleure des solutions pour les gros modèles. Quant aux conséquences du dieselgate, le plus gros de la tempête était, selon ses dires, derrière lui. Pêcher par excès de confiance peut être un vilain défaut…

Le dernier des Mohicans

Ce fils de fermier bavarois ressemblait au dernier des Mohicans dans un village indien de plus en plus dépeuplé. Depuis l’éclatement de "l’affaire", la plupart de ses supérieurs ont été poussés vers la sortie. Martin Winterkorn, le président du directoire de VW? Contraint à la démission. Ferdinand Piëch, le petit-fils de Ferdinand Porsche et patron tout puissant pendant plusieurs décennies du premier constructeur automobile européen? Balayé comme un "vulgaire" employé et obligé de céder ses actions au capital du holding familial.

Lorsqu'il ne pouvait plus nier l'implication d'Audi dans le dieselgate, Rupert Stadler a commencé à couper des têtes pour sauver la sienne. Une stratégie qui n'aura pas payé. ©EPA

Lorsque les premiers soupçons de tricherie se sont tournés vers Audi, Rupert Stadler n’a pas hésité à licencier certains de ses plus proches collaborateurs, comme le directeur de la recherche et du développement, Ulrich Hackenberg, ainsi que son successeur, Stefan Knirsch. Ce père de trois grands enfants a longtemps refusé de reconnaître le rôle joué par Audi dans le dieselgate. Lorsqu’il n’a plus été capable de nier l’évidence, il a fait tomber des têtes autour de lui afin de sauvegarder la sienne. Cette stratégie semble aujourd’hui avoir trouvé ses limites.

Plusieurs parquets allemands ont ouvert ces derniers mois des enquêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse ou publicité mensongère contre des salariés de Volkswagen, d’Audi et de Porsche. Le PDG du groupe, Martin Müller, son chef du conseil de surveillance, Hans Dieter Pötsch, et le président de Volkswagen, Herbert Diess, sont tous visés par des investigations sur ce scandale qui a déjà coûté au constructeur plus de 25 milliards de dollars en rappels de véhicules et en procédures judiciaires. Rupert Stadler semble aujourd’hui avoir été rattrapé par cette avalanche judiciaire.

Une formation atypique

Le patron d’Audi n’a pas fait de grande école de commerce et il n’est pas ingénieur, comme la plupart des dirigeants de VW. Il s’est contenté de suivre les cours de la Fachhochschule d’Augsbourg, une modeste école de gestion de Bavière.

Interne

Ses parents l’ont envoyé à l’âge de 11 ans dans l’internat catholique des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus.

À bicyclette

Durant ses rares moments de libre, il part faire du jogging ou du vélo. Il a notamment effectué le chemin de Compostelle en VTT.

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