Steve Bannon, le roi déchu

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L’ancien conseiller stratégique à la Maison Blanche, désavoué par Donald Trump, a été contraint de quitter la direction de Breitbart News, site d’information de l’alt-right américaine.

"Une chute rapide et stupéfiante pour une figure de premier plan de la droite américaine." Ces quelques mots de Politico résument la lente descente aux enfers de Steve Bannon. Cet ancien visage fort de l’administration Trump, renvoyé en août de son poste de conseiller stratégique à la Maison Blanche, est abandonné par ses alliés.

Tombé en disgrâce, répudié par le président lui-même — "Steve le débraillé" a "perdu la tête", "il n’a rien à voir avec moi" a estimé Donald Trump — il a quitté mardi son poste de directeur exécutif de Breitbart News, site pro-Trump et ultra-conservateur, flirtant avec l’extrême droite.

"Fire and Fury"

Déjà fragilisé après la défaite mi-décembre de Roy Moore, candidat républicain au Sénat dans l’Alabama qu’il avait activement soutenu, la sortie du livre explosif Fire and Fury: Inside the Trump White House, a signé son arrêt de mort politique. L’auteur, Michael Wolff y cite Steve Bannon (l’une de ses principales sources) accusant Donald Trump Jr., le fils du président, de s’être rendu coupable de "trahison" en rencontrant une avocate russe qui offrait des informations compromettantes sur Hillary Clinton.

CV express
  • Né en Virginie en 1954 dans une famille "démocrate, catholique, pro-Kennedy et pro-syndicats".
  • Diplômé de la Harvard Business School dans les années 80.
  • Entre à la Goldman Sachs avant de fonder une banque d’investissements, Bannon Co, rachetée en 1998 par la Société Générale.
  • Il a constitué l’essentiel de sa fortune en acquérant, en 1993, une partie des droits de la sitcom à succès Seinfeld.
  • Son ex-femme l’accuse de violences conjugales en 1996 et de propos antisémites.
  • Producteur de films à Hollywood. Il signe un documentaire en 2011 à la gloire de son idole Sarah Palin.
  • Il prend la tête du site Breitbart News en 2012
  • Directeur de la campagne de Donald Trump en 2016, puis "haut conseiller et chef de la stratégie" à la Maison Blanche.
  • Renvoyé de son poste de conseiller stratégique en août 2017.

C’est le scandale de trop pour Donald Trump qui a préféré rompre définitivement avec son ancien conseiller. "Il est maintenant relégué à l’insignifiance politique", commente The Hill.

Manipulateur

Steve Bannon, personnalité ambitieuse et controversée, bien connue du grand public pour ses propos racistes et sexistes, a toujours cultivé l’image de l’homme influent et manipulateur. Il s’est posé en porte-voix de la droite dure américaine, et jurait même avoir plus de pouvoir en étant à l’extérieur de la Maison Blanche qu’en étant conseiller stratégique du président. Un comportement qui en a irrité plus d’un, y compris Donald Trump qui n’a pas supporté qu’il lui vole la vedette.

Guerre contre l’establishment

Dans d’autres vies, cet ancien militaire de 64 ans, a été banquier d’affaires chez Goldman Sachs et producteur de cinéma et de télévision. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il rencontre Andrew Breitbart, fondateur du site éponyme, et qu’il rejoint le combat du Tea Party contre l’establishment politique américain.

Steve Bannon a toujours dénoncé l’élite de Washington, et il s’en est pris régulièrement aux figures du parti conservateur. "Je n’étais pas politisé jusqu’à ce que je fasse mon service militaire et que je voie à quel point Jimmy Carter a foutu le bordel, expliquait-il à Bloomberg. Je suis devenu un grand admirateur de Reagan. Je le suis toujours. Mais ce qui m’a opposé complètement à tout l’establishment c’était de voir que Bush avait autant merdé que Carter. Le pays entier était un désastre".

En 2012, à la mort d’Andrew Breitbart, il prend les rênes du site internet et le transforme en vitrine de l’"alt-right", la droite nationaliste américaine, alimentée par des propos complotistes et xénophobes. Six ans plus tard, Bannon est détrôné. Son départ met un terme, selon le New York Times, à ce qui fut un jour "l’une des plus marquantes et des plus improbables carrières de la politique américaine moderne".

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