Thomas Piquemal, le "Corleone" d'EDF démissionne

Le groupe d’électricité a confirmé hier sa démission, déposée la semaine dernière, sur fond de désaccord profond avec la stratégie du groupe.

La confirmation hier de la démission de Thomas Piquemal de son poste de directeur financier d’EDF a eu l’effet d’une bombe dans les milieux économiques et financiers. Jusqu’alors connu pour sa discrétion, le dirigeant de 47 ans (dans deux mois) claque brutalement la porte du géant français de l’électricité "en raison d’un désaccord sur Hinkley Point", "sur la faisabilité à court terme" de ce projet controversé de construction de centrale nucléaire en Angleterre (lire en page 16). La décision de Thomas Piquemal peut surprendre alors qu’il a longtemps été considéré comme l’une des figures montantes de la direction d’EDF.

Un dur apprécié des marchés

  • 19 mai 1969: Naissance à Lavelanet (Ariège)
  • 1991-95: Débute au sein du cabinet d’audit et de conseil Arthur Andersen
  • 1995-2009: Rejoint la banque d’affaires Lazard Frères
  • 2008: Cofondateur de l’Académie de boxe Christophe Tiozzo
  • 2009: Nommé directeur général adjoint de Veolia Environnement
  • 2010-2016: Nommé directeur exécutif groupe en charge des finances d’EDF

Proche d’Henri Proglio, l’ancien PDG d’EDF candidat à sa reconduction finalement remplacé fin 2014 par Jean-Bernard Lévy, Thomas Piquemal y est nommé directeur exécutif groupe en charge des finances en février 2010. Au fil des mois, Thomas Piquemal se forge l’image d’un directeur financier sérieux et efficace, très bien considéré par les marchés. Son physique rigide à la Corleone le dessert parfois mais il apprend aussi à en jouer. Avec sa réputation de "dur" dans le milieu des affaires, Thomas Piquemal se fait respecter et dispose d’une bonne réputation auprès des investisseurs qu’il a appris à connaître. Car son parcours initial ne le prédestinait pas à la direction financière.

Ancien banquier d’affaires

Originaire des Pyrénées, Piquemal est fils de commerçants. Après des études à l’École Supérieur des Sciences Économiques et Commerciales (Essec), il débute au sein du cabinet de conseil et d’audit Arthur Andersen, au début des années 1990 à Paris. En 1995, il est recruté par la prestigieuse banque d’affaires Lazard Frères. Au département fusions-acquisitions, il gère les grandes opérations financières et stratégiques qui touchent Veolia. C’est lui qui réussit le rapprochement entre EDF et Dalkia où Henri Proglio — alors PDG de Veolia Environnement — le repère. Les deux hommes se lient d’amitiés. Entre-temps devenu associé-gérant chez Lazard Frères, Thomas Piquemal part à Londres pour prendre en 2008 la responsabilité d’un partenariat stratégique avec le fonds d’investissement Apollo. Le banquier d’affaires n’y reste qu’un an, très vite sollicité par Henri Proglio pour devenir directeur général adjoint en charge des finances de Veolia Environnement .

Un franc-parler atypique

En 2013, Thomas Piquemal se fait remarquer au Bo’ao Asia Forum, l’équivalent du forum de Davos en Asie. Lors d’une table ronde intitulée "Gouvernements contre marchés", il plaide pour le développement des réglementations afin de renforcer l’équilibre, la compétitivité et l’attractivité de l’économie chinoise pour les investisseurs.

Fan de boxe

Né dans le Sud-Ouest de la France, il aurait dû être amateur de rugby mais s’est pris de passion pour la boxe. Lorsqu’il apprend que l’ancien champion du monde de boxe Christophe Tiozzo veut ouvrir des salles de boxe pour aider l’insertion des jeunes, Thomas Piquemal le contacte immédiatement. Tous deux créent en 2008 l’Académie Christophe Tiozzo, un réseau d’une vingtaine de structures.

 

Son énergie et sa détermination pour défendre les intérêts de Veolia, notamment face aux analystes financiers, lui valent la reconnaissance de ses pairs. Aux côtés de Proglio, il mène avec succès différentes opérations, dont la réduction de la dette de l’entreprise. Le duo fonctionne si bien qu’une fois nommé PDG d’EDF, Proglio l’appelle à ses côtés. Chez EDF, le jeune dirigeant reste droit dans ses bottes: les intérêts et la stratégie de l’entreprise passent avant les injonctions des marchés financiers et de l’État (propriétaire de 84,9% d’EDF). "Le marché a droit à des informations, à de la visibilité et de demander des comptes. Mais mon job n’est pas d’influer sur la stratégie de l’entreprise simplement pour lui faire plaisir", aime-t-il rappeler, quitte à créer des tensions avec Jean-Bernard Lévy. À ses yeux, les valeurs qui comptent le plus sont la confiance et la fidélité. Deux notions clés que l’on retrouve dans sa passion pour la boxe qu’il pratique depuis vingt-cinq ans. Faute d’en disposer chez EDF, il a préféré quitter le ring.

©BELGAIMAGE

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