davos

À Davos, l'effet Greta ne se dément pas

©EPA

Un an après s’être imposée sur la scène mondiale, Greta Thunberg a confirmé son statut d’icône du climat en répétant inlassablement son appel à l’action.

C’était il y a un an. Greta Thunberg venait d’avoir seize ans et formulait à la face de l’élite mondiale réunie à Davos son terrible vœu: "I want you to panic." Sa dénonciation chirurgicale de l’immobilisme climatique des décideurs n’avait pas seulement laissé groggy le parterre d’huiles venues l’écouter. Elle avait plongé dans l’ombre le reste de la conférence et marqué Davos comme aucun orateur avant elle. Un mois après avoir été consacrée icône mondiale du climat lors de la conférence de Katowice sur le climat, la COP24, elle confirmait son statut avec un discours culpabilisateur assumé à l’endroit des décideurs, appuyée par un mouvement de grèves scolaires en pleine éclosion. Une révolution sidérale plus tard, la voici de retour à Davos avec le même statut, le même message, et une pointe d’humour caustique. Il est dangereux de dire aux gens de paniquer face à la crise climatique, a-t-on prétendu? "Ne vous inquiétez pas: je l’ai fait et ça n’a aucune conséquence."

Le profil
  • 2003: naissance à Stockholm. Elle s’intéresse au climat à neuf ans.
  • 2014: à onze ans, elle est diagnostiquée Asperger.
  • 2018: elle se lance dans une grève scolaire pour le climat, inspirant le mouvement des grèves scolaires "Fridays for Future". Elle participe en décembre à la COP24, où elle devient une figure internationale.
  • 2019: Elle participe à de nombreuses manifestations et événements, dont le forum de Davos. Elle prend une année sabbatique à l’été et se rend en voilier au sommet de New York pour l’action climatique. Elle est nommée personnalité de l’année par le magazine Time.

Certes, les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de croître. Mais la jeune Suédoise a servi de catalyseur à un mouvement mondial de mobilisation climatique, et si "l’effet Greta" n’est pas mesurable, il est permis de penser qu’il a eu un effet politique significatif, au moins en Europe.

Montée en puissance

D’un Davos à l’autre, il y aura d’abord eu la montée en puissance du mouvement des grèves d’élèves et d’étudiants qu’elle a inspiré. Elle aura été reçue au Parlement européen, accueillie par le Pape, invitée par le président des Nations unies – elle traversera l’Atlantique en voilier pour rejoindre le sommet climatique de New York… Elle aura vu se multiplier les témoignages de reconnaissance, du titre de docteur honoris causa de l’université de Mons au prix Ambassadeur de la conscience d’Amnesty International, en passant par le titre de personnalité de l’année du Time.

Corolaire prévisible de son succès, elle aura aussi dû s’accommoder d’un torrent d’attaques. On l’accuse d’alarmisme, on lui reproche de détourner les jeunes de leurs études. Et d’aucuns ont tenté de démontrer qu’elle ne serait que la marionnette de son entourage – mais aucune preuve n’accrédite cette thèse, et la jeune femme poursuit, imperturbable, la mission qu’elle s’est donnée.

Elle répète inlassablement son appel à "écouter les scientifiques", et le fait avec la clarté de celle qui maîtrise son sujet. Elle le maîtrise effectivement, attestent des climatologues comme l’ancien vice-président du Giec Jean-Pascal van Ypersele. Ce qui ne veut pas dire que la communauté scientifique autorisée appuie sans réserve son discours. "Je suis mal à l’aise avec un discours qui suggère qu’au-delà d’un certain niveau de réchauffement, par exemple 1,5°C, on a un emballement", nuancera par exemple Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe de travail 1 du Giec, qui étudie les principes physiques du réchauffement.

Reste que la performance de la jeune femme force l’admiration. "Elle a réussi ce que beaucoup d’entre nous, qui avons travaillé sur ce sujet pendant des décennies, ont échoué à faire", a ainsi souligné le naturaliste de la BBC David Attenborough. Et l’effet Greta ne se dément pas. "Je ne sais pas combien de temps cela va durer, s’est-elle confiée dans un échange filmé avec le vieil homme. Je sais juste qu’en ce moment, les gens m’écoutent et je dois saisir cette opportunité et essayer d’en sortir le plus possible pendant cette période."

 

Un coléoptère à son nom
Le 25 octobre dernier, le musée d’histoire naturelle de Londres a annoncé qu’un petit coléoptère sans nom portera celui de la jeune suédoise: le nelloptodes gretae. "J’ai choisi ce nom parce que je suis très impressionné par le travail de la jeune militante et je voulais rendre hommage à sa contribution exceptionnelle aux questions environnementales", avait expliqué l’entomologiste Michael Darby.

L’activisme fait son bonheur
Son père, Svante Thunberg, a assuré dans une interview à la BBC qu’il estimait qu’aller en première ligne était pour sa fille "une mauvaise idée", mais qu’il a constaté que l’activisme l’a rendue "heureuse". Elle qui était passée par un long épisode dépressif s’est métamorphosée: "Elle dance, elle rit beaucoup."

 


Lire également

Publicité
Publicité