Abdelaziz Bouteflika, la candidature de trop

La rue n’en veut plus. Lui dépose sa candidature, propose un bref mandat et la tenue d’une élection anticipée un an plus tard. À 82 ans, paralysé, Abdelaziz Bouteflika ne renonce pas.

"Je ne suis pas un chercheur de pouvoir", déclarait Abdelaziz Bouteflika, alors candidat à la présidence en 1999, quelques heures avant la tombée des résultats qui le consacreront à la tête de l’Algérie. Vingt ans plus tard, le voilà qui annonce sa candidature à un cinquième mandat. Lui, dans un fauteuil roulant depuis 2013, ne s’étant plus adressé à sa nation depuis son AVC cette même année.

"Bouteflika dégage", s’écrie la rue. "J’organiserai une élection anticipée pour assurer ma succession", répond-il par lettre dimanche, peu après le dépôt officiel de sa candidature. Le peuple ne veut plus de lui, alors qu’il l’avait consacré à quatre reprises depuis 1999 avec 80% des voix au premier tour. Indubitable, presque trop. Âgé aujourd’hui de 82 ans, il ne veut pas abandonner. Pas avant de la transformer, pas avant de la conduire vers une deuxième république.

Lui qui a connu le début, sa fin devra être liée à un changement fondamental. Une réforme de la Constitution, ni plus ni moins.

Les engagements de Bouteflika le lient à ce pays qu’il a vu naître, dans les dernières heures de la colonie française.

Le profil
  • S’engage à 19 ans dans l’Armée de Libération Nationale
  • Devient, à 26 ans, le plus jeune ministre des Affaires étrangères du monde
  • 1974 Élu à l’unanimité président de l’Assemblée Générale de l’ONU
  • 1999 Élu président de l’Algérie
  • 2013 Victime d’un AVC qui l’immobilise dans une chaise roulante
  • 3 mars 2019 Dépose sa candidature officielle à un cinquième mandat

Combat algérien

Il s’engage à 19 ans dans l’Armée de Libération Nationale. Il sera un de ces fellagas qui ont pris le maquis. Il sera aussi de ceux qui ont incarné cette république naissante, bâtie dans la guerre contre la France et les colonies. Bouteflika deviendra ministre de la Jeunesse dans le premier gouvernement de l’après-indépendance. Âgé alors de 26 ans, c’est lui le plus jeune ministre des Affaires étrangères du monde. Il tombera en disgrâce de la scène politique algérienne à la mort de son mentor. L’ancien guerrier porte déjà la moustache et se tourne vers la diplomatie internationale, avec succès.

1974: il est élu à l’unanimité président de l’Assemblée générale de l’ONU. Bouteflika parviendra à mettre au ban des nations le régime de l’apartheid sud-africain. Il offrira également à Yasser Arafat le droit de s’exprimer devant la communauté internationale pour la première fois. Un an plus tard, il parvient à faire libérer 42 otages retenus par des terroristes à Vienne, au sommet de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Bouteflika acquiert la réputation de fin diplomate, de facilitateur de paix.

Il accède finalement à la présidence en 1999, voulant poser les pierres de la réunification d’une Algérie déchirée par la guerre civile. Il prônera même l’amnistie pour les terroristes qui ont sévi durant ces années de plomb.

Réconcilier le passé

Ici encore, Bouteflika incarne son pays. Les manifestations contre son cinquième mandat s’opposent tout autant à la politique algérienne en général, mafieuse, obscure d’après la rue. "Ce qu’on demande, ce sont nos droits, c’est le respect de la Constitution" crient les manifestants, rapporte le quotidien français Le Monde. Bouteflika a voulu réconcilier l’Algérie avec son passé, sa guerre civile et la terreur. Laisser la peur derrière, oser la cohésion. L’Algérie ose redescendre dans la rue dans la capitale, en province, des jeunes et des vieux. Retrouver le sens de la mobilisation collective. Pari réussi en quelque sorte, à son insu.

"Je sais que mon pays a besoin de quelqu’un. Mais je ne m’imposerai pas au peuple. Si le peuple est bien, ça veut dire que c’est moi qui apprécie mal la situation" déclarait-il, sourire malicieux, un soir de 1999.

Précision utile

Abdelkader Mesdoua, ambassadeur d’Algérie en France, précise sur les ondes de CNEWS: "Je le dis en toute certitude: bien entendu, Bouteflika est vivant."

Calmer la tension

"J’ai le devoir et la volonté d’apaiser les cœurs et les esprits de mes compatriotes et de répondre à leur exigence fondamentale (…): le changement du système", écrit Bouteflika dans une lettre adressée au peuple.

Dernière génération

"Bouteflika est le dernier représentant d’une génération politique en train de disparaître, mais il est aussi l’incarnation d’un système qui s’est très bien reproduit", analyse l’historienne Karima Dirèche dans le journal Le Monde.

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