Agnès Buzyn, de la médecine à la course pour la mairie de Paris

Agnès Buzyn quitte avec émotion son poste de ministre de la Santé pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux à l'élection de la mairie de Paris.

Ex-ministre de la Santé, cette hématologue réputée remplace au pied levé Benjamin Griveaux à l'élection de la mairie de Paris. Un défi hors norme à un mois du scrutin.

PROFIL

1er novembre 1962 : naissance à Paris (12e)

1992-2011 : responsable de l’unité de soin intensif d’hématologie adulte et de greffe de moëlle à l’Hôpital Necker

2008-2013 : présidente du conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

2009-2015 : membre du Comité de l'énergie atomique du Commissariat à l'énergie atomique (CEA)

2016 : prise de fonctions à la tête de la Haute Autorité de Santé (HAS)

Mai 2017 : Elle entre au gouvernement d'Emmanuel Macron en tant que ministre des solidarités et de la santé

Février 2019 : Candidate à l'élection de la mairie de Paris

 

Lapsus

Fille d'une mère psychologue et psychanalyste, Agnès Buzyn n'en est pas moins sujette aux lapsus. En mars 2018, la ministre de la santé provoque un long fou rire à l'assemblée nationale, en pleine réforme des retraites, en s'adressant aux élus, un « Mesdames, Messieurs, les retraités » en lieu et place de « députés ». Lors d'une conférence de presse au sujet du coronavirus, elle avait également indiqué radicalement « nous éliminerons les cas suspects », avant de se reprendre avec humour.

 

Elle avait les larmes aux yeux ce matin. "Quitter ce ministère est un déchirement", a-t-elle lâché de sa voix fluette, légèrement étranglée. A l'occasion de la passation de pouvoir, Agnès Buzyn, l'ex-ministre française de la Santé, désignée ce week-end candidate de la majorité à la mairie de Paris en remplacement de Benjamin Griveaux qui a abandonné la course à l'hôtel de ville parisien, n'a que difficilement pu contenir son émotion. D'ailleurs, sous des dehors réservés, cette femme de 57 ans, brune aux yeux bleus, à l'élégance bourgeoise, n'a jamais caché sa véritable passion pour la médecine. Et ce, depuis son plus jeune âge.

Son père, chirurgien orthopédique, d'origine polonaise - déporté avec ses parents en camps de concentration, il sera le seul survivant -, lui transmet l'amour du soin des autres. Dans un entretien à Libération, Agnès Buzyn raconte qu’"il adorait son métier, avait le goût de soulager les malades. Enfant, le jeudi, il m’arrivait de l’accompagner au bloc". Après avoir hésité à suivre la même voie, l'ancienne élève de l'Ecole alsacienne opte finalement pour l’hématologie, une spécialité où "il y a un acte technique, mais aussi un accompagnement humain". Médecin et enseignante-chercheuse, elle effectue la première partie de sa carrière à l'université Paris-Descartes et à l'hôpital Necker. 

Belle-fille de Simone Veil

Hospitalisée le jour des élections

Au second tour de la présidentielle, avant qu'Emmanuel Macron ne soit élu, Agnès Buzyn a dû été hospitalisée. Intégrée au service de réanimation de la Pitié-Salpêtrière à Paris, les médecins craignent qu'elle ne soit victime d'une hémorragie cérébrale et envisagent de lui faire une ponction lombaire. S'apercevant brusquement qu'elle a oublié de voter, en ce jour historique, la future ministre leur signe une décharge afin qu'ils la laissent sortir et qu'elle puisse tranquillement glisser son vote dans l'isoloir...

 

Dès 2008, cependant, d'autres responsabilités s'offrent cependant à elle, et elle prend la tête de plusieurs organismes publics dont l'Institut national du cancer. Des nominations qui ne sont pas sans susciter certaines critiques. Comme en 2008, lorsqu'elle devient présidente du conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN): "Encore une fois, certains de mes collègues m’ont dit que j’avais été nommée parce que j’avais été la belle-fille de Simone Veil", confiera celle qui, en 1985, est devenue la femme de Pierre-François Veil, le cadet de l'ancienne présidente du Parlement européen. Outre ce persiflage, plusieurs affaires de conflits d'intérêts surgiront au fil de ces années. Y compris, lorsqu'elle rejoint le gouvernement Macron en 2017. Un an plus tard, Yves Lévy, épousé en secondes noces en 1997, président de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), affiche sa volonté de se représenter à son poste. Une ambition jugée incompatible avec le poste de son épouse.

"Pas douée pour la langue de bois"

Loin d'être fébrile, à l'instar de bien d'autres pressentis souhaitant entrer au gouvernement, Agnès Buzyn aurait reçu une dizaine d'appels en absence de l'Elysée avant de décrocher son téléphone. Quatre heures avant la formation du premier gouvernement, le président Macron l'a reçue pour lui proposer le maroquin de ministre de la santé. « J’ai dit au président de la République que je n’étais pas douée pour la langue de bois », se souvient-elle, ajoutant: «  Il m’a répondu « ne changez rien ». 

 

Ce sont désormais sur ses épaules que reposent les ambitions de la majorité pour remporter la mairie de Paris. Si la tristesse de quitter son ministère peut laisser penser qu'elle aura été choisie par Emmanuel Macron "malgré elle", d'autres experts rappellent aussi sa volonté de fer et son ambition politique embryonnaire. Avant les élections européennes, de mai 2019, elle avait d'ailleurs songé à conduire la liste macroniste avant de finalement douter de ses compétences et de laisser la place à Nathalie Loiseau. Cette fois-ci, Agnès Buzyn n'aura pas eu le temps de tergiverser. Il ne lui reste plus qu'un mois pour convaincre.

Lire également

Publicité
Publicité