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Ahmadreza Djalali, dans le couloir iranien de la mort

©BELGA

Ahmadreza Djalali, un Iranien professeur à la VUB, a été condamné à mort en Iran. Il a été reconnu coupable d’espionnage au terme d’un procès expéditif.

Ahmadreza Djalali a consacré sa carrière à la médecine de catastrophe, étudié au Karolinska Institutet de Stockholm, donné cours à la VUB et à l’UPO (dans le Piémont). Aujourd’hui, cet Iranien qui dispose d’un permis de résidence permanente en Suède, où vivent sa femme et ses deux enfants, croupit dans une prison de Téhéran. Condamné à mort pour "corruption sur terre" et activités d’espionnage, sa vie ne tient plus qu’à un fil depuis qu’a expiré le délai de 20 jours qu’avait son avocat pour interjeter appel devant la Cour suprême iranienne. Cette demande d’appel n’est jamais arrivée. A-t-elle seulement été envoyée?

Les universités auxquelles Djalali était affilié ont multiplié les démarches pour le faire libérer. La VUB appelle encore à manifester devant l’ambassade d’Iran ce jeudi. Les autorités belges, suédoises, italiennes et européennes ont également approché Téhéran. Sans succès malgré le réchauffement diplomatique engendré par l’accord nucléaire iranien de juillet 2015.

Invité en Iran

Lorsqu’il se rend en Iran en avril 2016, sur l’invitation d’universités de Téhéran et de Chiraz, le professeur ne s’attend pas à se faire arrêter par les autorités de renseignements iraniennes. Il passera sept mois en prison, dont trois en isolement, avant d’avoir le droit à un avocat. Et encore, l’avocate qu’il avait choisie a très vite été récusée par les autorités iraniennes et remplacée par un avocat sans doute moins regardant.

les faits
  • 25 avril 2016: Djalali est arrêté près de Téhéran et écroué à la prison d’Evin.
  • 31 janvier 2017: première audience devant le tribunal révolutionnaire.
  • 21 octobre 2017: condamné à mort pour coopération avec des Etats hostiles et actions contre la sécurité nationale.
  • 10 décembre 2017: fin du délai de 20 jours imparti pour faire appel de la sentence devant la Cour suprême iranienne. L’avocat de Djalali n’aurait pas introduit l’appel.

Au début de son emprisonnement, l’épouse de Djalali a tellement peur de ce qui pourrait lui arriver qu’elle cache à ses collègues de la VUB, inquiets de ne pas le revoir, ce qui s’est passé. Elle prétend qu’il est dans le coma suite à un accident. Et quand elle finit par leur avouer qu’il a été arrêté, la VUB garde le silence dans un premier temps, également de peur qu’une médiatisation du cas de Djalali lui soit défavorable.

D’après Amnesty international, Djalali a été condamné à mort à l’issue d’un "procès manifestement inique" au cours duquel "aucun élément de preuve n’a été présenté pour démontrer qu’il est autre chose qu’un universitaire exerçant pacifiquement son métier". L’homme aurait été dans le collimateur des autorités iraniennes à cause de ses contacts avec les milieux académiques européens. D’après la revue Nature, qui se base sur des documents écrits de la main de Djalali et obtenus auprès de ses proches, les autorités iraniennes lui auraient demandé en 2014 d’espionner pour le compte de son pays. Mais Djalali aurait refusé. Toujours marqué par les manifestations de 2009, le régime de Téhéran aurait-il craint que le professeur puisse contribuer à fomenter une révolte interne?

Accusé d’avoir fourni aux services secrets israéliens des informations concernant des scientifiques iraniens (dont deux ont été tués dans des attentats), ainsi que des infrastructures militaires et nucléaires, Djalali subit des tortures physiques et morales. Un enregistrement fait surface sur YouTube le 22 octobre dernier. On y entend le professeur déclarer qu’il a reconnu les faits qui lui sont reprochés, mais que c’était sous la menace.

Hamid Babaei aussi

Le cas Djalali rappelle celui d’Hamid Babaei, un doctorant iranien de l’ULg qui avait été condamné en 2013 à six ans de prison pour "atteinte à la sécurité nationale par la communication avec des Etats hostiles". Lui aussi aurait refusé d’espionner pour le compte des autorités iraniennes et s’est fait arrêter lors d’un voyage en Iran.

Un juge accusé par l’UE

Le juge Abolghasem Salavati, en charge du procès d’Ahmadreza Djalali au tribunal révolutionnaire de Téhéran, figure depuis 2011 sur une liste noire du Conseil de l’Union européenne. Il est accusé d’avoir présidé des simulacres de procès, condamné à mort deux monarchistes et "à de très longues peines d’emprisonnement plus d’une centaine de prisonniers politiques". Salavati ne peut plus pénétrer sur le territoire de l’UE et ses avoirs européens ont été gelés.

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