Aleksandar Vucic, l'ultranationaliste repenti élu président

L’ex-ultranationaliste serbe Aleksandar Vucic a remporté dimanche l’élection présidentielle. Cette large victoire dès le 1er tour renforce un peu plus son statut d’homme fort de Serbie.

L’opposition serbe a échoué, dimanche, à mettre en ballottage l’actuel Premier ministre, Aleksandar Vucic, élu président dès le premier tour. Crédité de 55% des suffrages, il a confirmé sa suprématie en battant largement une opposition divisée. À la tête du parti progressiste serbe (SNS), l’homme politique de 47 ans a su se faire accepter par l’Union européenne, qu’il aspire à rejoindre, tout en préservant ses relations avec la Russie, tandis que ses adversaires l’accusent de pratiques autoritaires.

Quand il débute sa carrière politique en 1993, c’est au Parti radical serbe (SRS), ultranationaliste, qu’il s’engage. En 1998, celui qu’on surnommait le "faucon ultranationaliste" devient ministre de l’Information du président Slobodan Milosevic.

Le profil
  • Aleksandar Vucic est né à Belgrade le 27 avril 1970.
  • Il débute en politique en 1993, comme ultranationaliste, dans le parti radical serbe (SRS), et devient ministre de l’Information en 1998.
  • Après 2000, il rompt avec le SRS, et rallie le parti progressiste serbe (SNS) en 2008, s’affirmant changé, conservateur et proeuropéen.
  • Il devient Premier ministre en 2014, et l’homme fort de Serbie. Accusé de pratiques autoritaires, il est pourtant élu président en 2017, dès le premier tour.

À l’époque de la guerre au Kosovo, il est chargé de museler des médias. Il expulse les journalistes étrangers, et censure les serbes. Suite à la révolution d’octobre 2000, Aleksandar Vucic perd son ministère, mais passe entre les gouttes.

En 2003 il s’éloigne du SRS et entre au Parlement. C’est en 2008 qu’il rallie le parti progressiste serbe (SNS). Et le virage est radical. Il assure avoir changé et admet ses erreurs passées: "Je ne cache pas que j’ai changé… J’en suis fier." Il se définit alors comme de centre-droit, proeuropéen. Il connaît depuis une ascension fulgurante, et son élection en tant que Premier ministre en 2014 a des allures de plébiscite.

Quels pouvoirs?

Aujourd’hui Président, ce politique au visage poupin est en théorie doté d’une fonction honorifique. Mais Aleksandar Vucic est l’homme fort de Serbie, et tient fermement les rênes de son parti SNS, majoritaire au Parlement. La réalité du pouvoir pourrait donc bien rester entre ses mains. Selon le professeur de sciences politiques Milan Jovanovic, "s’il maintient le contrôle sur son parti, il pourra confortablement remplir un rôle exécutif". Ce ne serait d’ailleurs pas une première en Serbie. Slobodan Milosevic de 1989 à 1997, puis Boris Tadic de 2004 à 2012, ont déjà effectué un tel détournement de la fonction de Premier ministre.

©EPA

Alors qu’il est accusé par l’opposition de vouloir concentrer les pouvoirs depuis son accession au poste de Premier ministre en 2014, Aleksandar Vucic a qualifié dimanche de "ridicule" cette allégation, ajoutant qu’il "respecterait la Constitution de la Serbie". Habitué à mettre en scène sa personnalité, il a profité, durant ses années de chef de gouvernement, d’une campagne "anticorruption" pour éliminer ses ennemis politiques, tandis que son arrivée au pouvoir a aussi marqué une dégradation de la liberté de la presse en Serbie.

En revanche, il s’est toujours appliqué à préserver ses relations avec l’UE, la Russie et la Chine. Pour sa campagne, il a rencontré aussi bien Angela Merkel que Vladimir Poutine, ce dernier l’ayant félicité hier pour sa victoire. "Pour moi, il est important que cette élection ait démontré qu’une large majorité de Serbes privilégient la poursuite de notre voie européenne, tout en maintenant des liens étroits avec la Chine et la Russie", a résumé dimanche soir Aleksandar Vucic devant des partisans réunis à son QG du SNS.

Alors que la Serbie est candidate à une adhésion à l’Union européenne, plusieurs mesures ont permis au nouveau président de se faire apprécier des Européens. Il a passé un accord de normalisation avec le Kosovo (ancienne province serbe ayant déclaré son indépendance en 2008), s’applique à mettre en œuvre les consignes d’austérité du FMI, et a offert un accueil humain aux migrants traversant le territoire serbe en 2015. En outre, nombre de diplomates voient en lui un facteur de stabilité dans une région encore fragile, en proie à un regain de tensions ethniques.

Une mue compliquée

En 1995, Aleksandar Vucic avait déclaré: "Si vous tuez un Serbe, nous allons tuer 100 musulmans". C’était quelques jours après le massacre, à Srebrenica, de 8.000 musulmans. En 2015, bien que repenti, l’ex-ultranationaliste a été accueilli par des huées et des projectiles à la cérémonie des 20 ans du massacre. Depuis, il a en revanche pu se rendre à Sarajevo sans incident.

Opposition morcelée

Dix candidats étaient face à Aleksandar Vucic dimanche. Le principal, Sasa Jankovic (centre-gauche), n’a obtenu que 16% des voix, contre 55% pour l’actuel Premier ministre. A défaut d’une victoire, un deuxième tour aurait pu voir émerger un leader pour une opposition aujourd’hui morcelée.

Proeuropéen

Interdit d’entrée sur le territoire de l’UE durant les guerres des Balkans, Vucic a aujourd’hui un objectif en vue, l’UE. C’est en 2014, quand il était Premier ministre, qu’ont été formellement lancées les négociations d’adhésion de la Serbie à l’UE.

 

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