Alessandro Bogliolo, le patron qui veut moderniser Tiffany

Le joaillier Tiffany, racheté par LVMH, tente depuis quelque temps de rafraîchir son image tout en gardant son chic incarné par ses petites boîtes bleues. Un tournant initié par son patron Alessandro Bogliolo. Yona Helaoua

Pour sa plus grosse acquisition de l’histoire, LVMH a choisi l’emblématique Tiffany. Le géant du luxe français va dépenser 14,7 milliards d’euros pour s’offrir le joaillier américain. Objectif: accroître la présence de la marque dans le monde, en particulier en Europe et en Asie.

"Cette opération, qui intervient au moment où notre marque est engagée dans un processus de transformation important, va apporter à la fois un soutien, des moyens et un élan supplémentaires pour atteindre nos objectifs", a déclaré Alessandro Bogliolo, directeur général de Tiffany.

Cet Italien, en poste depuis octobre 2017, a tenté de donner un coup de jeune à la griffe célèbre grâce à ses petites boites bleues à ruban blanc et grâce au film "Breakfast at Tiffany’s". "J’ai été embauché comme patron pour comprendre pourquoi une si grande marque ne grandissait pas", a-t-il dit au journal The Times of London l’an passé.

Attirer les millenials

Marque préférée des amoureux, Tiffany doit un quart de ses ventes aux bagues de fiançailles et aux alliances. Elle a réalisé 4,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018, en hausse de 6%. L’entreprise, qui compte plus de 14.000 employés dont plus de 5.000 artisans hautement qualifiés, a affiché un résultat net de 586 millions de dollars et une marge opérationnelle de 17%, en recul sur ces dernières années.

L’objectif d’Alessandro Bogliolo: attirer les nouvelles générations sans pour autant faire fuir les habitués de la marque presque bicentenaire. Tiffany reste chic et ne propose toujours pas de soldes. Mais la griffe a mis l’accent sur internet et lancé un rafraîchissement de son magasin phare de la 5e avenue à New York, avec notamment un restaurant au design très "instagrammable", le Blue Box Cafe. Elle a également lancé une nouvelle game d’accessoires de décoration allant de 25 à 10.000 dollars.

Tiffany, roi des diamants, cultive aussi une image respectueuse des droits de l’homme. Les pierres précieuses sont achetées brutes directement auprès des mines afin d’en vérifier l’origine et la traçabilité. "Les millenials ne veulent pas simplement un diamant qui brille, ils veulent un diamant propre", a assuré Alessandro Bogliolo lors d’une conférence donnée en octobre à Boston.

Guerre commerciale

Le patron de 54 ans aussi dû faire face à un contexte de guerre commerciale avec la Chine, son troisième marché après les Etats-Unis et avant le Japon. Les touristes chinois sont moins nombreux à venir acheter des bijoux, que ce soit aux Etats-Unis, au Japon ou à Hong Kong. Et en Chine, les produits américains font face à des droits de douane qu’il a tenté d’éviter de répercuter sur le consommateur jusqu’ici.

Après des études de commerce à l’université Bocconi de Milan et à HEC, Alessandro Bogliolo a démarré comme consultant chez Bain & Co. Dans les années 1990, il a été embauché par le fabricant de scooters italiens Piaggio pour lancer les Vespa dans le marché chinois. Alessandro Bogliolo connaît bien LVMH puisqu’il a passé 16 ans chez Bulgari entre 1996 et 2012 et un chez Sephora Amérique du Nord jusqu’en 2013. Juste avant d’arriver chez Tiffany, il était patron de Diesel. Si LVMH a tendance à remplacer les dirigeants des entreprises qu’elle achète après une période de transition, aucune information n’a été donnée sur le futur du patron italien.

Lire également

Publicité
Publicité