Alexandre de Juniac, un petit "Jeunot" à la tête de l'Iata

Le CEO du groupe Air France-KLM va prendre de la hauteur. Finies les discussions avec des syndicats déchireurs de chemises et des pilotes obtus: c’est désormais de Genève que Juniac défendra le transport aérien mondial.

Cela fait cinq ans qu’Alexandre de Juniac est le président-directeur général d’Air France et puis du groupe Air France-KLM. Et déjà, le conseil des gouverneurs de l’Association du transport aérien international (Iata: 264 compagnies représentant 83% du trafic aérien mondial) le propose pour en devenir le directeur général. Si l’assemblée générale de juin prochain à Dublin n’y voit pas d’opposition, il succédera donc à Tony Tyler le 1er août prochain.

En présentant le choix de la trentaine de dirigeants de compagnies qui l’ont élu à l’unanimité, le président en poste pour un an, Andrés Conesa, CEO d’Aeromexico a loué "la grande expérience d’Alexandre de Juniac en aérien et en affaires gouvernementales qui en ont fait le candidat idéal". Heureusement qu’il a ajouté l’aspect politique de son expérience, parce qu’en matière aérienne, ses cinq années passées à la tête d’Air France, puis du groupe, sont un peu faiblardes. Surtout que ses détracteurs (lisez la presse spécialisée française hier matin) lui reprochent un manque de vision stratégique.

©Reuters

À sa décharge, il faut bien reconnaître que le personnel de la compagnie lui a bien mis les bâtons dans les réacteurs lors de l’introduction des plans de restructuration "Transform 2015" et "Perform 2020". Au point qu’à la lecture de commentaires syndicaux hier, on avait un peu l’impression que tout le monde se félicite du départ prochain du patron, lui compris. En plus, il partirait à un bon moment face à la bronca du personnel de piste, au rejet par les pilotes des dernières propositions de la direction (air connu) et aux renégociations difficiles avec le personnel de cabine. Bref, Monsieur de Juniac, très vieille France, serait hautain et distant et inapte aux négociations.

Le profil
  • 1988: Né le 10 novembre 1962, le polytechnicien Alexandre de Juniac obtient son diplôme de l’ENA et entre au Conseil d’État.
  • 1993: Conseiller au cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy.
  • 1995 – 2008: Carrière chez Thomson, Sextant Avionique, Thomson-CSF, puis Thales (2000).
  • 2011: Président-Directeur général d’Air France, puis du groupe Air France-KLM.

Et pourtant, ce n’est pas du tout l’image qu’il donne à l’étranger. Ainsi, Bernard Gustin, CEO de Brussels Airlines, nous confiait hier: "C’est un homme de dialogue et très accessible. Bien que nous soyons concurrents sur plusieurs marchés et en particulier l’Afrique, nous avons beaucoup échangé lors de la propagation du virus Ebola et encore tout récemment lorsqu’il nous a fallu sécuriser davantage nos vols dans les escales africaines. Grâce à son appui, nous avons eu une aide précieuse d’Air France."

Pourra-t-il s’entendre aussi bien avec les patrons des compagnies du Golfe qu’il a pourfendus à l’AEA (compagnies européennes) avant de fonder Airlines For Europe avec British Airways? L’avenir nous le dira, mais l’impulsif Al Baker (Qatar Airways) est aussi dans le conseil des gouverneurs de l’Iata. Et il a voté pour Juniac.

Reste maintenant à voir qui pourra lui succéder à la tête d’Air France-KLM? L’actuel patron d’Air France Frédéric Gagey? Nos confrères disent qu’il n’a pas l’envergure. Lionel Guérin, CEO de "Hop!"? Il aurait en tout cas l’appui des pilotes et d’une partie du personnel. Mais on cite aussi Alexandre Bompard, le patron de la Fnac qui paraît être un fin négociateur. Et puis, enfin, l’éternel Guillaume Pepy qui a autant marre de la SNCF qu’Alexandre de Juniac d’Air France et qui semblerait avoir les faveurs du gouvernement. Quel que soit le choix des actionnaires, l’élu n’aura pas la tâche facile. Et Juniac pourra savourer ses cigares avec davantage de sérénité et plus de hauteur.

Abordable sans sa cour

C’est une constante chez les présidents d’Air France: si vous les croisez au détour d’un couloir, ils sont très accessibles. Dès qu’ils sont entourés de leur cour sur le sol français – avec la presse française autour, en plus -, ils jouent davantage les monarques. Juniac ne fait pas exception.

Premier Français à ce poste

Créée il y a 70 ans, l’Iata a connu six directeurs généraux, dont les mandats ont couru entre cinq et vingt ans. Après l’Italien Giovanni Bisignani, très extraverti, et le plus flegmatique Britannique Tony Tyler, c’est donc le premier Français qui arrive à la tête de l’association internationale.

 

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