Avigdor Lieberman, populiste, belliqueux et anti-arabe

©REUTERS

Le ministre démissionnaire de la Défense en Israël est un vétéran et un chantre de la manière forte, connu pour son populisme belliqueux.

Alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait rappelé tardivement cet ancien videur, en mai 2016, pour élargir sa majorité, sa démission intervient dans un climat préélectoral de plus en plus marqué: des élections avant l’échéance de novembre 2019 sont dans l’air, et Israël Beiteinou, le parti de Lieberman, a des raisons de s’inquiéter au Parlement, où il détient cinq sièges.

Le profil
  • Né le 5 juin 1958 à Kichinev, en Moldavie (à l’époque en URSS).
  • Emigre en Israël en 1978.
  • Membre du Likoud dans les années 1990, il devient directeur de cabinet de Netanyahu en 1996.
  • Fonde son propre parti russophone, Israël Beiteinou, en 1999.
  • 2003-2018: plusieurs fois ministre (Transport, Affaires étrangères, Défense).
  • Marié et père de trois enfants.

Un an après l’installation de son gouvernement, Benyamin Netanyahou avait poussé Moshé Yaalon à une démission fracassante afin d’offrir le poste stratégique de ministre de la Défense à cette figure éminente de la politique. Il s’agissait alors d’asseoir plus solidement, grâce aux sièges d’Israël Beiteinou, la coalition qui, avec une voix de majorité, était à la merci de la moindre défection.

En la personne d’Avigdor Lieberman, le Premier ministre s’adjoignait un vétéran en politique précédé par ses diatribes anti-arabes et son populisme belliqueux. Le président palestinien Mahmoud Abbas est un "terroriste diplomate", avait-il proclamé en 2014.

La même année, ce personnage râblé à petite barbe blanche se mettait dans la peau du Premier ministre en affirmant qu’il dirait au dirigeant du Hamas, Ismaïl Haniyeh: "Si vous ne restituez pas sous 48 heures les corps des soldats (israéliens tués pendant la guerre de 2014), on vous élimine, vous et toute la direction du Hamas".

Comme largement anticipé, il a fait preuve dans l’exercice de ses fonctions d’un pragmatisme rompant avec ses postures de personnage de l’opposition.

Sans être hostile à la création d’un État palestinien, Lieberman a défendu un échange de territoires qui ferait passer sous administration palestinienne une partie de la minorité arabe d’Israël en échange des colonies de Cisjordanie, idée inacceptable pour les Palestiniens.

Il vit dans une colonie

Avidgor Lieberman sur le plateau du Golan, à la frontière syrienne. ©AFP

Lieberman n’est pas un partisan du "Grand Israël", défendu par le lobby des colons, mais vit à Nokdim, une colonie juive près de Bethléem, en Cisjordanie occupée. Il s’est dit prêt à déménager en cas de paix avec les Palestiniens même s’il juge cette perspective irréaliste.

Né dans la république soviétique de Moldavie, Lieberman, 60 ans, a émigré en 1978 en Israël, où il a travaillé un temps comme videur de boîte de nuit, durant ses études.

Les médias l’ont affublé des surnoms de "tsar", de "Raspoutine" et de "KGB", en allusion à son comportement autoritaire et à ses origines, dont son verbe lent en hébreu conserve un lourd accent.

En 1999, il créé son propre parti, à la droite de la droite, Israël Beiteinou, capitalisant sur le vote du million d’Israéliens émigrés de l’ex-URSS, une base électorale qu’il a ensuite considérablement élargie.

Son exigence centrale pour entrer au gouvernement portait sur les retraites de ces immigrés et la prise en compte des années travaillées en ex-URSS.

Nationaliste mais résolument laïc, il réclame la création d’une forme de mariage civil qui n’existe pas en Israël. Il défend le service militaire pour les étudiants d’instituts talmudiques ultra-orthodoxes qui bénéficient d’exemptions, sujet central au sein de la coalition, où les partis ultra-orthodoxes ont une place prépondérante.

Au Likoud, dont il a gravi les échelons jusqu’à devenir directeur de cabinet de Netanyahou (1996-1999), ce diplômé en relations internationales fut le mentor de "Bibi", qui lui doit en partie son ascension.

Avigdor Lieberman a longtemps été le mentor de Benjamin Netanyahou. ©REUTERS

"Décapiter à la hache"

En 2015, Lieberman menaçait les Arabes israéliens déloyaux envers Israël. Ils "méritent de se faire décapiter à la hache", estimait-il.

Affaire de corruption

Son image a été entachée par des affaires de corruption qui l’ont obligé à quitter les Affaires étrangères entre 2012 et 2013, mais il a été innocenté lors de son procès en 2013.

Service militaire

Diplômé en relations internationales, il a fait son service militaire en Israël après avoir immigré. Mais la seule balle qui ait jamais sifflé à ses oreilles est une balle de tennis, persifle-t-on dans le camp de Netanyahou quand Lieberman pousse — comme souvent — loin la critique.

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