Benjamin Smith, un patron canadien pour Air France-KLM

©REUTERS

Son nom avait circulé depuis une dizaine de jours et tout de suite, les syndicats français, connus pour leur xénophobie, avaient dit tout le mal qu’ils en pensaient. "Ti Ben" devra convaincre.

Avant même que sa nomination à la tête d’Air France-KLM  soit annoncée officiellement, l’intersyndicale d’Air France (neuf organisations) a jugé inconcevable que le groupe (multinational, déjà) "tombe dans les mains d’un dirigeant étranger". Welcome, Ben, au pays des grèves, du corporatisme et du refus de la réalité. À 46 ans, Benjamin Smith, "Ben" même pour les pas intimes et même "Ti Ben" car il n’est pas grand, sait qu’il fera face à un terrible défi.

Le profil
  • Né en 1972, Benjamin Smith a obtenu une licence en Économie de la Western Ontario.
  • Il commence sa carrière en 1990 au service clientèle de la compagnie régionale Air Ontario.
  • En 1993, il ouvre une agence de voyages.
  • Il rejoint Air Canada en 2002 en tant que directeur général de Tango, filiale low cost d’Air Canada.
  • En 2007, il entre au conseil exécutif d’Air Canada et développe Air Canada Rouge, nouvelle filiale low cost du groupe.
  • Il est aujourd’hui président de la compagnie Air Canada.

Certes, il peut compter sur des alliés: les partenaires du groupe que sont KLM, Delta Airlines  (8,8%) et China Eastern  (8,8%) sont partisans d’un non-Français à leur tête, contrairement à ce qui a eu lieu jusqu’ici. Et le gouvernement Macron (État français: 14,3%) aussi, dixit Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, qui a évoqué "un excellent profil" pour reprendre les rênes de la compagnie.

Un peu dans l’ombre de Colin Rovinescu, le charismatique CEO du groupe Air Canada  , Ben Smith (46 ans), président et directeur des opérations (COO) de la compagnie Air Canada, est un homme discret. Certains disent qu’il a commencé comme agent de comptoir à London (en Ontario, pas en Angleterre), mais sa biographie officielle démarre en 1990 au service clientèle d’Air Ontario, après avoir obtenu une licence d’économie à l’université Western Ontario.

Il quitte Air Ontario en 1993 pour ouvrir une agence de voyages et rejoint Air Canada en 2002, en tant que directeur général de Tango, sa première filiale low cost. En 2007, il crée une nouvelle low cost, Air Canada Rouge, alors qu’il a intégré le comité exécutif du groupe. C’est là qu’il acquiert la réputation de vouloir privilégier les actionnaires. C’est peut-être plus facile dans un pays où les grèves de pilotes sont quasi-inexistantes.

Mauvais négociateur?

La nomination d'un patron étranger au salaire triplé a de quoi énerver un personnel déjà régulièrement en grêve pour défendre ses droits. ©AFP

Dire cependant qu’il n’a aucune expérience de négociations sociales est certainement exagéré. Il a quand même négocié et conclu des accords professionnels avec les représentants du personnel navigant en matière d’organisation d’Air Canada et d’Air Canada Rouge pour une période de dix ans, ce qui ne s’était jamais vu. Avec 28 ans d’expérience, Smith a fait ses preuves. Mais connaît-il le syndicalisme à la française? Sans doute que non. Et du coup, les syndicats craignent qu’il déléguera ces questions à son entourage, c’est-à-dire à la vieille garde de De Juniac et de Janaillac, toujours là, elle.

Quant au président du syndicat des pilotes, Philippe Evain, il a envoyé quelques pierres en déclarant que, vu son attachement moins fort à la France, il risquera de dévier du trafic vers d’autres pays "via KLM, par exemple". C’est sûr qu’avec des patrons français, les pilotes ont fait preuve de plus de mansuétude (on blague, là) pour éviter ce risque. En témoigne le référendum défavorable à Jean-Marc Janaillac.

La gestion d'une multinationale comme Air France -KLM constitue un défi de taille. ©ANP

Les défis de Ben Smith dépasseront la seule question sociale relative aux pilotes Air France (qui veulent encore une augmentation de salaire de 5,1%). Les pilotes KLM commencent aussi à s’énerver. Il faudra aussi s’attaquer à la question de la participation de l’État français au capital (rappelons que le groupe Accor était prêt à reprendre les 14,3% du capital appartenant à l’État).

Reste un point qui va faire polémique outre-Quiévrain: on parle pour Ben Smith d’un salaire annuel de 3,3 millions d’euros, ce qui représenterait une augmentation de 300% par rapport à ce que Janaillac percevait. C’est évidemment une estimation qui tient compte d’un fixe, de primes aux résultats et d’un petit supplément au bout de trois ans (s’il a résisté). En attendant, ce ne sont que 20% de plus que ce que "Ti Ben" touche aujourd’hui. La qualité se paye.

L’évincé

Thierry Antinori – français, lui – avait été suggéré par les syndicats. Il est actuel n°2 d’Emirates et est une immense pointure (qu’on a vue chez Brussels Airlines, via Lufthansa). Il ne s’est jamais prononcé sur la suggestion. En réserve?

Visionnaire

Selon le site officiel d’Air Canada, Ben Smith est présenté comme "visionnaire de l’expansion stratégique et diversifiée du réseau à plus de 200 destinations".

Inconnu au bataillon

Si le monde aéronautique le connaît bien, il est totalement inconnu en France, où les syndicats s’interrogent sur son profil. Grenades ou cadeaux d’accueil?

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