Berat Albayrak, le poulain d'Erdogan aux Finances

©Anadolu Agency

L’homme qui doit extirper la Turquie d’une grave crise économique n’est autre que le gendre du président Erdogan. Mais le "dauphin" manque d’épaisseur.

Le nouveau ministre du Trésor et des Finances turc, Berat Albayrak, fait son baptême du feu. Quelques semaines seulement après avoir été choisi par son beau-père, le président Erdogan, pour reprendre le portefeuille brûlant de l’économie, le jeune politicien de 40 ans fait face à une crise monétaire majeure dans son pays. L’annonce de son plan d’action pour voler au secours de la livre turque en chute libre, et pour soutenir les banques et l’économie réelle, a fait l’effet d’un flop hier, échouant à rassurer les marchés. Trop vague et trop tard pour les investisseurs, qui abandonnent la devise turque.

Le profil
  • Né le 1er janvier 1978 à Istanbul
  • 2004: épouse Esra Erdogan
  • 2007: devient PDG de Calik Holding à 29 ans
  • 2015: devient ministre de l’Énergie
  • 2018: passe ministre du Trésor et des Finances

La dégringolade infernale de la livre turque n’est pas étrangère à la figure même de l’actuel ministre de l’Économie: le poulain du président Erdogan, marié à sa fille aînée Esra depuis 2004, entré en politique il y a seulement trois ans. Élu député du Parti de la Justice et du Développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan en juin 2015, il est parachuté moins de six mois plus tard ministre de l’Énergie, un poste clé dans cette région du monde.

Depuis début juillet, celui qui est armé d’un MBA de l’université Pace de New York assume la double casquette de l’économie et des finances, remplaçant deux des rares personnalités qui avaient encore l’oreille des marchés, l’ancien vice-premier ministre Mehmet Simket et l’ex-ministre des finances Naci Agbal. Mauvais présage, le jour de sa nomination, la livre turque perdait déjà 3% de sa valeur. "Albayrak qui devient ministre des finances n’est pas un bon signe, surtout à cause de sa relation de proximité avec le président Erdogan. C’est le signe qu’Erdogan va contrôler encore davantage la politique économique", avait alors réagi Guillaume Tresca, spécialiste des pays émergents au Crédit agricole.

Visibilité et déboires

Novice en politique à 40 ans, le nouveau ministre de l'Economie et des Finances va avoir fort à faire dans les prochains mois. ©AFP

En sa qualité de ministre de l’Énergie de novembre 2015 à juin 2018, M. Albayrak a eu l’occasion d’étoffer son carnet d’adresses en multipliant ses contacts avec les gouvernements étrangers. Ces derniers mois, perçu comme un Premier ministre officieux et possible successeur, il ne lâchait pas son beau-père d’une semelle, ce qui lui a permis d’adopter à l’occasion le rôle de porte-parole et de diplomate en chef.

Cette visibilité lui a valu des déboires. En septembre 2016, un groupe de pirates informatiques turcs, RedHack, a rendu publiques quelque 58.000 courriels appartenant à Berat Albayrak, ensuite republiés par Wikileaks. Il est alors soupçonné d’avoir joué un rôle dans un possible commerce de pétrole entre la Turquie et l’État islamique. Le gouvernement dément catégoriquement et les journalistes qui tentent de se saisir de cette question sont alors emprisonnés.

Vu comme le diplomate en chef d'Erdogan, Berat Albayrak ne quitte pas d'une semelle le président turc. ©REUTERS

Avant d’entrer en politique, celui qui est vu comme le dauphin du chef de l’État avait été placé à la tête de Calik Holding, un puissant conglomérat ayant des intérêts dans le textile, l’énergie et, surtout, les médias, puisqu’il détient le puissant quotidien pro-gouvernemental Sabah. Le frère de Berat Albayrat, Serhat Albayrak, administre, lui, Star, un autre quotidien proche de l’État.

"Berat Albayrak a deux faiblesses: il n’est pas compétent et il ne peut rien faire sans la volonté de son beau-père", souligne M. Erdemir, analyste turc à la Fondation pour la défense des démocraties de Washington, ce qui ne présage rien de bon pour l’économie turque.

Coup d’état manqué

Berat Albayrak se trouvait avec son beau-père en vacances au bord de la mer Egée la nuit de la tentative de coup d’État manqué de juillet 2016. Il était encore à ses côtés dans l’avion qui l’a ramené dans la nuit à Istanbul, et quand il a été accueilli triomphalement par ses supporters à l’aéroport d’Atatürk.

Filiation

Berat Albayrat est le fils de Sadik Albayrak, un penseur, journaliste et écrivain islamiste turc, ami du président Erdogan. En 2004, il épouse Esra Erdogan, la fille aînée de l’homme fort d’Ankara. La noce a pour témoins le roi Abdallah de Jordanie, le pré́sident pakistanais Pervez Moucharraf, les premiers ministres roumain Adrian Nastase et grec Costas Caramanlis. Silvio Berlusconi, qui n’a pu se déplacer, offre un vase Versace aux jeunes époux.

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