Bernard Blistène, du sérail culturel parisien au chevet du Kanal

L’arrivée de celui qui se considère "dans la mêlée" est a priori prometteuse pour le Kanal-Centre Pompidou, qui redonne vie au garage Citroën de Bruxelles.

Sur les cartes d’état-major, il y avait semble-t-il bien peu de chances pour qu’en 2013 Bernard Blistène soit nommé un jour directeur du Musée national d’art moderne (MNAM) dont les cimaises garnissent deux étages du Centre Pompidou. La vie professionnelle n’étant qu’une suite d’étapes à la logique parfois facétieuse, c’est à partir de là qu’il s’est retrouvé, il y a peu, à la tête d’un projet artistique consistant à transformer un vieux garage de Bruxelles en un centre de culture et d’échanges (désormais Kanal-Centre Pompidou).

Il y a de cela cinq ans, le quotidien Libération avait narré par le menu l’incroyable partie de bonneteau dont l’enjeu était la direction du MNAM. Au départ, la place lui était promise. Pur produit du sérail, il avait de surcroît la confiance du président du Centre Pompidou, Alain Seban.

CV Express
  • Né en 1955.
  • Intègre le Centre Pompidou en 1983.
  • En 1990, il devient directeur des musées de Marseille .
  • Devient directeur adjoint du Musée national d’art moderne en 1996.
  • En 2002, il passe Inspecteur général de la création artistique.
  • 2009 marque son retour au Centre Pompidou.
  • Devient directeur du Musée national d’art moderne en 2013.

Sauf qu’à Paris, les postes de cette nature sont très convoités. Et que le milieu culturel de la capitale française est un de ces univers impitoyables où les chausse-trapes et autres peaux de banane sont copieusement distribués. De leur côté, les plumes de la presse spécialisée étaient peu ou prou partie prenante. Selon Libération, Bernard Blistène disposait d’un autre atout car il était "apprécié des personnels", disposition fort rare dans le bouillon muséal. Il avait en revanche un inconvénient naturel: c’était un homme. Alors que la ministre de la culture de l’époque, Aurélie Filipetti, aurait bien vu une femme.

Mais Bernard Blistène a fini par franchir en premier la ligne d’arrivée, déjouant la sagacité des plus fins pronostiqueurs. Le Monde en avait pressenti un autre, malgré un portrait du futur vainqueur plutôt aimable l’année précédente. Le futur guide artistique de Kanal y avouait faire sienne une citation du cinéaste Jean-Luc Godard: "La culture est la règle et l’art est l’exception. Ce qui m’intéresse, c’est l’exception."

Le Centre Pompidou s'installe au Kanal à Bruxelles


De préférence "dans la mêlée"

Tout son parcours porte à croire que sa mission, visant à redonner vie à ce beau garage Citroën de Bruxelles, lui va comme un gant. Car toujours en 2013, il confiait à l’hebdomadaire Les Inrockuptibles son ambition "d’accompagner par tous les moyens la scène française et la scène contemporaine", d’établir "des partenariats nationaux et internationaux", et "d’exporter" – en toute modestie – "notre formidable savoir-faire". Celui qui se considère "dans la mêlée" et non "au-dessus de la mêlée", ainsi qu’il le professait des plus tranquillement à l’antenne de la RTBF, est diplômé de l’école du Louvre. Il a commencé par écrire des articles dans des revues d’art avant d’intégrer le Centre Pompidou en 1983.

Cet homme aux cheveux grisonnants qui s’exprime avec une fermeté tranquille, laissant toujours entendre qu’il sait où il va, a ensuite quitté la capitale pour Marseille, ville où sera créé à son instigation un musée d’art contemporain.

Ses pérégrinations professionnelles et ses prises de parole démontrent que Bernard Blistène sait trouver des accointances pertinentes et même tisser des liens entre l’art moderne haute époque (début XXe) et les grands noms qui font la scène artistique d’aujourd’hui. Son arrivée à Bruxelles est a priori prometteuse pour le Kanal et son enceinte, où l’on assemblait les si belles voitures des années trente.

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