Bernard Looney | Monsieur soleil vert du géant pétrolier britannique BP

En quatre mois, Bernard Looney, le nouveau CEO du géant pétrolier britannique BP, a impulsé une transformation radicale, forcément écologique, que la crise du coronavirus va encore accélérer.

"Toute mesure de relance doit être conditionnée à des engagements écologiques. Nous voyons cela en Europe, et nous l'encourageons, voire le préconisons." Ces propos tenus il y a une dizaine de jours lors d'un événement du World Economic Forum sont ceux de Bernard Looney, patron de la compagnie privée la plus polluante d'Europe depuis 1965. BP a en effet émis 34 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, selon une estimation du Guardian.

Exactement dix ans après la marée noire dans le Golfe du Mexique, la parole de Bernard Looney est-elle plus crédible que celle de son prédécesseur Bob Dudley?

Toute une carrière à BP

Bernard Looney a rejoint BP dès l'âge de 20 ans, après avoir obtenu un diplôme d'ingénieur à l'University College Dublin. Issu d'une famille d'agriculteurs irlandais avec cinq enfants, Looney est le seul à avoir fréquenté l'université. Ses parents avaient arrêté l'école à onze ans.

En matière de communication, ces dernières années, la compagnie britannique a déjà fait montre de sa grande capacité à noyer le poisson. Rebranding de British Petroleum en BP, remplacement du bouclier du logo historique par une fleur de tournesol évoquant un soleil vert, conférences de presse au ton résolument funèbre ou sponsoring très visible et très controversé du British Museum, rien, évidemment, n'a été laissé au hasard.

La désignation de Bernard Looney, Irlandais de 49 ans au sourire naturel et à la personnalité solaire, s'est inscrite dans la continuité de cet agenda. Dans une note adressée aux investisseurs, la banque Barclays a tout résumé dans la plus cynique des formulations: Bernard Looney sera "l'homme qui convaincra les Millennials." Quatre mois après sa prise de fonctions, Bernard Looney a effectivement commencé à transformer BP pour la rendre "cool, propre et peu polluante".

Beyond Petroleum, un concept déjà ancien

Les bonnes intentions du nouveau CEO de BP ne sont pas inédites. Il y a exactement vingt ans, le précédent CEO de BP, Lord Browne, avait lancé une campagne publicitaire d'un coût de 200 millions de dollars, intitulée "Beyond Petroleum" ("Au-delà du pétrole").

Dès sa prise de fonction, Bernard Looney s'est engagé à transformer le modèle de BP et à éliminer l'intégralité des émissions de carbone d'ici 2050. Au-delà de l'impératif écologique, cette transformation stratégique se justifiait par la crise du modèle économique du groupe. "Nous dépensons beaucoup plus que ce que nous gagnons – je parle de millions de dollars chaque jour. Les coûts annuels atteignent environ 22 milliards de dollars, dont environ 8 milliards en coûts humains."

La justification écologique a été jusqu'à présent très pratique: Looney a annoncé la semaine dernière 10.000 suppressions de postes, soit 14% des effectifs. La crise du coronavirus n'a fait que confirmer une décision prise depuis plusieurs mois. Looney a également assumé hier une dépréciation des actifs de 17,5 milliards, liée à l'abandon des explorations pétrolières. Un tournant majeur dans l'histoire de ce groupe centenaire, justement créé pour exploiter des gisements de pétrole.

Caprices du soleil

Bernard Looney va accélérer la stratégie de BP dans le solaire avec la joint-venture créée l'an dernier, la start-up britannique Lightsource. Mais là aussi, les engagements de BP devront se vérifier sur la durée: le groupe était totalement sorti du marché solaire en 2011, en revendant une filiale, BP Solar, créée au début des années 80.

La capacité de Looney à transformer profondément la culture de BP et à l'orienter vers des énergies propres reste à prouver. Ses trente années à BP lui ont permis de parfaitement connaître les rouages de la compagnie, du bas en haut de l'échelle, dans les différents postes occupés. Son prédécesseur Bob Dudley a, malgré lui, semé le doute sur la capacité de Looney à inventer et à se réinventer: "Il connaît mieux que personne BP et notre industrie, mais il est aussi créatif et n'est pas figé sur des méthodes de travail traditionnelles."

C'est en tant que chef des opérations d'exploration et de production, depuis 2016, que Looney a su convaincre le conseil d'administration de sa capacité à libérer de nouvelles sources de croissance, qui ont contribué à dégager à nouveau des profits. Mais pas à esquisser un nouveau modèle durable.

CV Express

  • Né en 1970 à County Kerry (Irlande)
  • 1990 : Diplômé d'Ingénierie à l'University College Dublin
  • 1990 : Première embauche à BP.
  • 2016 : Devient directeur général des opérations d'exploration et de production.
  • 2020 : Devient CEO de BP.

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