Bernie Ecclestone, L'inoxydable phénix de la Formule 1

Bernie Ecclestone a transformé un sport de club en un business rentable au retentissement planétaire. Il s’apprête à vendre les droits commerciaux de la F1 à Liberty TV.

D’après la presse spécialisée, la vente des droits commerciaux de la Formule 1 devait être bouclée ce mardi. L’acheteur serait le groupe américain Liberty Media, pour un montant de 8,5 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros). Un nouveau coup fumant pour Bernie Ecclestone, bientôt 86 ans et personnage incontournable de la F1 dont il a fait un business planétaire.

Ecclestone est un self-made-man doté d’un sens des affaires peu commun. Négociant en motos juste après la guerre, il a connu les débuts de la F1 dans les années 50, d’abord comme pilote, puis, s’étant rendu compte qu’il n’avait pas le coup de volant requis, comme manager de pilotes. Son premier protégé était le jeune espoir anglais Stuart Lewis-Evans, mort carbonisé au Grand Prix du Maroc en 1958. Rares étaient les pilotes qui faisaient de vieux os en ce temps-là… Ayant vu trop d’amis périr en course, Ecclestone prend du recul et fait fortune dans l’immobilier. Il revient quelques années plus tard comme manager de Jochen Rindt. L’affaire se termine à nouveau par une tragédie (lire plus bas). En 1972, il rachète l’écurie Brabham pour une bouchée de pain.

Le profil
  • Né à Ipswich, en Angleterre, en 1930
  • Marié à 3 reprises, la dernière fois en 2012 avec Fabiana Flosi, de 46 ans sa cadette
  • Il rachète l’écurie Brabham en 1972
  • Brabham champion du monde en 1981 et 1983 avec Nelson Piquet
  • En 1987, il revend Brabham et crée la Fopa, qui gère les droits commerciaux de la F1
  • Triple pontage coronarien en 1999
  • En 2014, il rachète pour 60 millions de livres son procès devant la justice allemande pour une affaire de pots-de-vin

Un peu plus tard, dans une opération dont l’importance fut sous-estimée à l’époque, Ecclestone prend le contrôle de l’Association des constructeurs de Formule 1 (Foca), fondée par les écuries britanniques pour négocier leur participation auprès des organisateurs. Ecclestone se pose ainsi en négociateur privilégié des droits de télévision. Il garantit le déroulement des courses et recueille ensuite les bénéfices qu’il distribue aux écuries, en n’oubliant pas de se servir généreusement au passage (il compte parmi les plus grosses fortunes de Grande-Bretagne).

Après un long bras de fer avec la Fédération internationale de l’automobile (FIA), il prend définitivement le contrôle de la F1 en 1982 dont il gère depuis lors les intérêts économiques et commerciaux. Il s’appuie pour cela sur une myriade de sociétés dont l’opacité l’a jusqu’ici empêché d’introduire la F1 en Bourse.

©Photo News

Hitler et Poutine

Ecclestone demeure en effet une figure controversée. En 2005, il avait dû s’excuser après des remarques sexistes sur les (rares) femmes qui pilotent des voitures de course. En 2009, il avait qualifié Adolf Hitler d’"efficace", avant de retirer ses propos. Et il admire les qualités de leader de Vladimir Poutine qui "devrait diriger l’Europe". Mais au gré des affaires, "tonton Bernie" est toujours parvenu à retomber sur ses pattes. En 2014, la justice allemande a bien failli avoir sa peau pour une affaire de pots-de-vin. Il parvient finalement à racheter son procès pour 60 millions de livres. Roublard, machiavélique, inoxydable: tel est Bernie Ecclestone.

Si la transaction avec Liberty TV se confirme, on ne sait pas ce qu’il adviendra du grand argentier de la F1. "Je ferai ce que j’ai toujours fait: c’est moi qui déciderai du rôle que je jouerai", a-t-il déclaré dimanche dernier à Monza au magazine allemand Auto Motor und Sport. À moins qu’il ne décide de tirer sa révérence. Auquel cas se poserait une fois de plus la question de sa succession à la tête de la F1. Or cela fait vingt ans au moins que l’on spécule sur l’après-Ecclestone. Mais l’homme n’a pas pour habitude de laisser regarder dans son jeu et les éventuels prétendants prennent bien soin de ne pas se profiler.

L’avis de Stewart

"Ce que Bernie Ecclestone a réussi à accomplir à lui seul est remarquable, mais d’une certaine façon, il s’agit d’un régime dictatorial, résumait récemment l’ancien champion du monde et très respecté Jackie Stewart. Après lui, le succès auprès du public se poursuivra, mais ce genre de direction devra sans doute laisser la place à une structure plus transparente."

Champion posthume

Ecclestone fut le manager de Jochen Rindt, grande vedette de la F1 de la fin des années 60. L’Autrichien est mort à Monza le 5 septembre 1970, ce qui ne l’a pas empêché d’être sacré champion du monde à titre posthume quelques semaines plus tard. Le dauphin de Rindt n’était autre que "notre" Jacky Ickx, soulagé de ne pas avoir remporté la couronne dans des conditions aussi dramatiques.

 

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