Björn Höcke, le trublion de l'extrême droite allemande

Les électeurs de Thuringe, en ex-RDA, sont appelés aux urnes dimanche pour renouveler leur Parlement. Le score du chef régional du parti d’extrême droite AfD, le sulfureux Björn Höcke, pourrait mener à la scission du parti.

Allure sportive, visage poupin, yeux bleu acier profondément enfoncés dans les orbites, chemise blanche et costume noir, le cheveu court soigneusement coiffé vers l’oreille gauche, Björn Höcke était encore inconnu du grand public voici cinq ans. Chef du parti d’extrême droite AfD dans le Land de Thuringe, son aura dépasse aujourd’hui largement les frontières de ce petit Land de 2,2 millions d’habitants au sud de l’ex-RDA. Crédité de 20 à 25% des intentions de vote aux élections régionales de dimanche, le score du parti décidera du sort de l’actuelle majorité néo-communiste-SPD-Verts. À 47 ans, l’ancien professeur de lycée venu d’Allemagne de l’Ouest polarise jusque dans ses rangs.

Dérapages

Le profil
  • 1972: naissance dans le Palatinat, à moins de 100 km de la frontière belge, dans une famille antisémite déportée de Silésie orientale à la fin de la guerre.
  • Avril 2013: fonde la section de l’AfD en Thuringe.
  • Mars 2015: lance "l’Aile", un groupement informel d’ultra-conservateurs au sein du parti.
  • 2017: Frauke Petry, cheffe du parti au niveau national, demande l’exclusion de Höcke. Ne pouvant s’imposer, elle quitte le parti.

Généralement modéré lorsqu’il prend la parole dans les médias, il est face aux électeurs l’auteur de dérapages verbaux soigneusement orchestrés contre les réfugiés, la culture allemande de repentance à l’égard des Juifs et d’Israël, et la classe politique traditionnelle. Pour beaucoup au sein de son parti, Höcke est devenu trop encombrant. Ses ennemis en interne l’accusent de se livrer à un véritable "culte de la personnalité" et de diviser le parti. Inquiètes des possibles répercussions du vote de dimanche sur les investisseurs étrangers, les fédérations patronales de Thuringe appellent à boycotter l’AfD.

Björn Höcke a fait son entrée dans la politique nationale en 2015. Il lance alors au sein de l’AfD un groupement informel d’ultra conservateurs, nationalistes et proches des milieux néonazis baptisé "Flügel", l’Aile. Le parti est depuis divisé. D’un côté, les modérés, qui veulent arriver au pouvoir pour réformer l’Allemagne. "ça ne sera possible que si on cesse d’effrayer les partenaires de coalition potentiels", explique l’un de leurs représentants, le chef du parti à Berlin, Georg Pazderski, favorable au muselage de Höcke et de sa bande. De l’autre, l’Aile représenterait 30% des sympathisants de l’AfD, jugés suffisamment menaçants pour la démocratie pour être officiellement observés de près par les services de renseignement. Dans leurs dérapages verbaux, il leur arrive de parler de "révolution nationaliste".

Le score qu’il obtiendra aux régionales de dimanche décidera de l’avenir de Björn Höcke. S’il dépasse les 20%, les conflits internes pourraient déboucher sur une scission de l’AfD au congrès de début décembre. L’actuel chef du parti, Alexander Gauland, pourrait ne pas se représenter en raison de son âge. Ménageant par tactique – pour servir l’ensemble du spectre de l’extrême droite – les deux ailes de l’AfD, Gauland a jusqu’ici "protégé" Höcke contre ceux qui réclament en interne son exclusion.

Au printemps prochain, l’AfD devrait définir les grands axes de sa politique sociale. Höcke veut y imposer son concept de réforme des retraites avec la garantie d’un niveau de pension équivalent à 50% du dernier salaire, et la possibilité pour les petites retraites de bénéficier d’un complément de l’État, qui serait réservé "aux seuls Allemands".

Virulence

Björn Höcke insuffle à la campagne électorale en cours dans sa région un tour particulièrement virulent, marqué par de nombreux dérapages verbaux et des menaces de mort anonymes lancées contre les rivaux de l’AfD, notamment les chefs régionaux de la CDU et des Verts.

Mémorial sous sa fenêtre

Depuis plusieurs mois, Björn Höcke doit vivre avec sous ses fenêtres une réplique du mémorial berlinois dédié aux victimes juives du nazisme. Les stèles ont été installées dans le jardin voisin, loué pour l’occasion par une association de lutte contre l’extrême droite.

Un prof populaire

Professeur d’arts et d’histoire dans un lycée de l’ouest du pays jusqu’en 2014, Höcke, rapportent ses anciens élèves, était populaire auprès des lycéens et se montrait fasciné par la notion du charisme en politique. Il abordait aussi peu que possible le chapitre du nazisme, au profit d’autres périodes plus glorieuses de l’histoire allemande.

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