Bons baisers de Russie

Christopher Steele, agent de renseignement britannique.

Le dossier potentiellement compromettant sur des activités de Donald Trump en Russie a été rédigé par ce consultant privé en renseignement, dont le passé d’agent du très sérieux MI6 n’est pas une garantie d’infaillibilité.

Arroseur arrosé, Donald Trump vient d’être victime dans des proportions inédites de la force de frappe des égouts du net. En publiant un dossier de 35 pages sur des présumées activités privées et professionnelles de Donald Trump en Russie, le site Buzzfeed a renvoyé le prochain président des Etats-Unis aux excès de sa propre campagne, remportée en partie grâce à une manipulation quotidienne des faits à son avantage.

Le dossier circulait depuis plusieurs mois dans les médias américains, qui avaient renoncé à le publier en raison de l’impossibilité de prouver les allégations les plus graves, en raison aussi de certaines erreurs avérées. Au-delà des histoires salaces prêtes-à-cliquer, le dossier contient des éléments qui seraient extrêmement graves s’ils étaient prouvés, relatifs aux liens très étroits entre Donald Trump et le Kremlin.

Christopher Steele
  • 52 ans, Marié, quatre enfants, agent de renseignement indépendant
  • Années 90 et 2000: MI6, Foreign Office
  • 2009: création d’Orbis Business Intelligence Ltd

Le pouvoir russe a-t-il utilisé/corrompu Donald Trump depuis au moins cinq ans pour déstabiliser les Etats-Unis, voire le monde occidental? A-t-il secrètement filmé des activités privées bizarroïdes à des fins de chantage?

Ce sont en tout cas les conclusions de l’agent secret Christopher Steele, dont la réputation et la crédibilité sur tout ce qui touche au Kremlin sont établies depuis vingt ans, dans ce milieu où tout doit se savoir, même ce qui est faux.

Tous manipulés, y compris Steele?

Ancien agent de renseignement du Foreign Office britannique et du MI6, Steele a longtemps travaillé à l’ambassade britannique à Moscou, dans les années 90. Il a créé sa propre entreprise d’intelligence économique, Orbis Business Intelligence Ltd, en 2009, avec un autre ancien agent du Foreign Office, Christopher Burrows.

Grâce à ses contacts avec des membres du FSB (services secrets russes, ex-KGB), Steele a pu rassembler ces divers éléments a priori compromettants, mais aurait été dépassé par l’ampleur des révélations, au point de préférer transmettre le dossier à un agent du FBI, puis à des médias.

Le mi6. ©Photo News

Ce dossier sur les zones d’ombre de Donald Trump avec la Russie, rédigé entre juin et décembre de l’année dernière, a été, à l’origine, commandé et payé par des membres du Parti républicain opposés au milliardaire, via une agence de renseignement de Washington, puis par des membres du parti démocrate.

Depuis le milieu de la semaine, Steele est pourchassé par les journalistes et a dû fuir sa maison pour éviter des "représailles". Il faut dire qu’il avait vu la mort de près en 2006, lorsque l’espion russe Alexander Litvinenko, avec lequel il collaborait, avait été empoisonné par des agents russes à Londres, d’après une enquête des autorités britanniques.

Les services secrets américains ont jugé ses informations crédibles, eu égard aux renseignements déjà apportés par Steele dans une autre affaire, et ont briefé tour à tour Obama et Trump sur ces différents éléments, dans le cadre d’un rapport de renseignement sur les activités russes.

Reste à savoir dans quelle mesure Christopher Steele, auteur de nombreuses approximations, erreurs, et allégations invérifiables dans ses mémos, a été lui-même manipulé par des agents du FSB pour répandre malgré lui de fausses informations sur Trump et déstabiliser un peu plus les Etats-Unis…

La D-Notice enclenchée

Christopher Steele a fui son domicile lorsque Buzzfeed a publié son dossier, mardi, afin de se mettre en sécurité par rapport à des "représailles potentiellement graves", comme il a demandé à des intermédiaires de l’expliquer aux journalistes. Dans la foulée, les autorités britanniques ont émis une D-Notice aux médias, leur demandant de ne pas révéler le nom de l’espion "jusqu’à mercredi soir, 20:00", afin que celui-ci ait le temps de préparer son départ de sa maison du Surrey, au sud-ouest de Londres. Il a pris le temps de demander à ses voisins de prendre soin de ses trois chats.

À la tête de sa propre agence de renseignement

L’agence Orbis, créée par Christopher Steele et son associé Christopher Burrows, se présente ainsi sur son site: "Nous fournissons des conseils stratégiques, organisons des opérations destinées à rassembler des informations et menons des enquêtes complexes, souvent transnationales." La société indique fournir des "rapports sourcés en temps réel sur les entreprises et la politique, à tous les niveaux".

Efficace sur la Fifa

En tant que consultant indépendant, Christopher Steele a acquis une certaine légitimité auprès des agents américains grâce aux renseignements fournis dans le cadre de l’enquête du FBI sur l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar.

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