Brett Kavanaugh, le candidat de Trump à la Cour suprême

Trump compte sur Kavanaugh, un proche de George W. Bush, pour faire pencher la balance de la Cour suprême dans le camp conservateur. Le Sénat doit encore se prononcer.

C’est Brett Kavanaugh, actuellement juge à la Cour d’appel de Washington DC, qui a été désigné lundi par Donald Trump comme candidat à la succession d’Anthony Kennedy à la Cour suprême des Etats-Unis. Le président américain compte sur lui pour faire durablement pencher la balance de la plus haute juridiction du pays dans le camp conservateur. Si le Sénat confirme cette nomination, Trump ne sera sans doute pas déçu.

Pivot conservateur

Membre de l'équipe Bush dès 2000, Brett Kavanaugh sera nommé juge de la cour d'Appel de Washington DC par le président en 2003. Mais le Sénat, jugeant les deux hommes trop proches, mettra trois ans à valider cette nomination. ©Photo News

Bien que nommé par le président républicain Ronald Reagan dans les années 80, Kennedy avait voté à plusieurs reprises avec ses collègues progressistes lorsque la Cour avait été appelée à se pencher sur des questions de société (avortement, mariage homosexuel, peine de mort, par exemple). Kavanaugh, un catholique pratiquant qui a rédigé de nombreuses opinions dissidentes à la cour d’Appel de Washington DC, devrait rester dans les clous conservateurs. La Cour suprême serait alors composée de cinq juges résolument conservateurs et de quatre progressistes. En sachant que deux des juges progressistes – Ruth Bader Ginsburg et Stephen Meyer – ont respectivement 85 ans et 79 ans et pourraient bientôt quitter le navire à leur tour.

Le profil
  • Diplômé en droit de Yale, Kavanaugh débute sa carrière comme clerc pour plusieurs juges, dont Anthony Kennedy (1995-1996) à qui il pourrait succéder.
  • Il travaille ensuite pour le procureur indépendant Kenneth Starr pendant l’affaire du Monicagate (1998).
  • Dès 2000, il rejoint l’équipe de George W. Bush et le conseille dans l’affaire du recomptage des votes de Floride.
  • Il suit Bush à la Maison-Blanche comme conseiller juridique, puis comme secrétaire en charge du personnel.
  • Bush le nomme juge à la cour d’Appel de Washington DC en 2003. Il n’est confirmé qu’en 2006 par le Sénat.
  • Candidat officiel à la Cour suprême depuis le 9 juillet.

Même si ce sera très difficile, les démocrates, qui sont minoritaires au Sénat (49 contre 51 républicains) ne désespèrent pas de faire dérailler cette nomination. Trump, lui, veut que les choses aillent vite et le chef de file de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, fera tout pour s’assurer d’un traitement accéléré de cette candidature par la Chambre haute. Le but est que Kavanaugh puisse siéger à la Cour suprême dès cet automne et, en tout cas, avant les élections de mi-mandat (8 novembre prochain).

Kavanaugh va commencer par rencontrer séparément tous les sénateurs de la commission de la Justice du Sénat qui sera la première à se prononcer avant que son dossier ne soit tranché en séance plénière. L’homme sait ce qui l’attend. En 2003, sa candidature à la cour d’Appel de Washington DC avait été recalée parce qu’il était jugé trop proche du président Bush pour qui il travaillait depuis trois ans. Les démocrates, qui disposaient alors d’une minorité de blocage, lui reprochaient également le rôle qu’il avait joué au sein de l’équipe du procureur spécial Kenneth Starr, dans la procédure de destitution de Bill Clinton. Il lui avait fallu attendre trois ans avant d’être confirmé.

Depuis lors, Kavanaugh s’est prononcé à plusieurs reprises contre le lancement de procédures judiciaires ou d’enquêtes criminelles à l’encontre de présidents estimant que ça les empêche de remplir correctement leurs fonctions. Un retournement de veste qui n’a pas échappé à Trump…

Ses opinions

Que ce soit sur l'avortement ou les armes, Brett Kavanaugh est plutôt aligné sur les positions de Donald Trump. ©Douliery Olivier/ABACA

Cette fois, ce seront ses décisions en tant que juge de cour d’Appel qui seront scrutées à la loupe. Concernant l’avortement, une question au cœur des préoccupations des démocrates, il s’était opposé en octobre dernier à ce qu’une jeune immigrée clandestine détenue au Texas puisse avorter. Il n’était cependant pas allé jusqu’à dire que c’était inconstitutionnel, ce que lui reprochent aujourd’hui les opposants les plus acharnés à l’avortement. La cour d’Appel de Washington avait fini par trancher en faveur de la jeune fille.

Concernant les questions environnementales et climatiques, son avis, bien que conservateur, est également nuancé. Sous la présidence d’Obama, il a estimé à plusieurs reprises que l’Agence de protection de l’environnement dépassait ses prérogatives en imposant aux entreprises des limitations en termes d’émissions de CO2 et de gaz nocifs. D’après lui, c’est au Congrès de légiférer en la matière. Et il s’est également déclaré convaincu du rôle joué par les êtres humains dans le changement climatique.

Kavanaugh se range par contre très clairement dans les rangs des pro-armes. En 2011, il avait, par exemple, estimé que Washington DC ne pouvait pas interdire à ses citoyens de détenir des armes semi-automatiques.

Le Monicagate

Kavanaugh a rédigé des pans entiers du rapport que le procureur indépendant Kenneth Starr avait présenté au Congrès dans l’affaire du Monicagate. Mais les passages où il est question des relations sexuelles entre le président Clinton et la stagiaire Monica Lewinsky ne sont pas de lui, a-t-il tenu à préciser par la suite.

Les femmes de sa vie

Pour être certain d’être confirmé au poste de juge de la Cour suprême, Kavanaugh va devoir convaincre plusieurs sénatrices de voter pour lui. C’est sans doute ce qui l’a poussé à apporter une touche résolument féminine au discours qu’il a fait lundi soir à la Maison-Blanche. Il y a évoqué l’influence de sa mère (une institutrice devenue juge), son premier rendez-vous avec sa future femme, Ashley (la veille des attentats du 11 septembre), et son rôle de coach de l’équipe de basketball de ses deux filles. Il s’est également targué de s’être majoritairement entouré de clercs féminins pendant sa carrière de juge.

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