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Brian Mulroney, le cannabis honorable

©BELGAIMAGE

Le Canada vient de légaliser la vente et la consommation de cannabis. Pour le plus grand bonheur de l’ancien Premier ministre Brian Mulroney.

L’héroïne des Canadiens ces jours-ci est la marijuana, le "pot", comme les Québécois appellent le cannabis. Alors pour Brian Mulroney, 18ème Premier ministre du Canada aujourd’hui à la retraite, pas question de tourner autour du pot. À la veille de ses 80 ans, Martin Brian Mulroney a commencé une nouvelle carrière dans le cannabis. L’ancien avocat et ex-chef du très sérieux Parti progressiste-conservateur devient l’un des membres du conseil d’administration d’Acreage Holdings, une entreprise new-yorkaise qui vend la drogue vedette des Canadiens dans 14 États américains.

Le profil
  • 1939: naissance à Baie Comeau (Québec).
  • 1964: avocat dans un cabinet montréalais.
  • 1976: adhérent depuis l’âge de 16 ans au Parti Progressiste-conservateur, il se lance dans la course à la direction de ce parti, dont il devient le chef en 1983.
  • 1984: il devient Premier ministre du Canada. Il le sera jusqu’en 1993, date où il se retire de la vie politique pour revenir à des activités de conseil international.
  • Octobre 2018: entre au conseil d’administration d’Acreage Holdings.

Si Ottawa a légalisé l’utilisation du cannabis médical en 2001, le boom de l’industrie date de 2015, lorsque Justin Trudeau, élu, a tenu sa promesse de campagne. Les producteurs ont construit des usines de marijuana. Les écoles ont formé des techniciens. Les gouvernements provinciaux ont légiféré et organisé un marché évalué entre 5 et 7 milliards de dollars par an.

Les premières succursales de vente de "pot", gérées le plus souvent par l’État, ont ouvert dans l’euphorie ce 17 octobre. Mulroney, ancien premier ministre de 1984 à 1993, a confié à l’agence Bloomberg: "Je pense que le cannabis et le cannabis médical en particulier feront du bien aux gens." Et l’ancien juriste d’ajouter: "C’est important que les Canadiens qui ont besoin de cannabis y aient accès de manière légale." Une petite pique à la concurrence, le crime organisé, qui se voit spolier par le gouvernement canadien d’un immense magot.

Le cannabis, une vieille histoire canadienne

L'ouverture des premières succursales de vente de cannabis au Canada ce mardi 17 octobre a attiré de grandes foules. ©REUTERS

Rien ne prédestinait Brian Mulroney à devenir gestionnaire de marijuana. Fils d’un électricien d’une usine de pâtes et papiers, il naît en 1939 dans une famille québécoise bilingue, avant d’aller étudier dans les provinces acadiennes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Après une licence en arts de l’université Saint-Francis-Xavier, en Nouvelle-Écosse, il fait son droit à Québec. Avocat spécialisé en droit du travail, Brian Mulroney rencontre sa future femme, Mila Pivnicki, fille d’immigrants serbes, qu’il épouse en 1973 et de qui il aura quatre enfants. Il mène de front une carrière en politique au Parti progressiste-conservateur, dont il devient le chef en 1983. Devenu Premier ministre l’année suivante, ce catholique toujours souriant tente de réformer la constitution pour satisfaire les Québécois, tentés par l’indépendance. Ce sera un échec, tout comme sa politique économique et ses tentatives de réduire les déficits budgétaires. Conscient de ses erreurs, Mulroney démissionne en 1993. Non sans avoir réussi en 1992 à créer l’Alena, l’Accord de libre-échange nord américain, avec le Mexique et les États-Unis.

Américanophile, Mulroney a toujours loué son ami George Bush senior, un homme "fantastique". Sa grande connaissance des États-Unis et de leurs élites l’a mené à conseiller dès 2015 Justin Trudeau sur les questions américaines et peut-être sur le cannabis, car chez les politiciens canadiens, le pot est une vieille histoire. Jean Chrétien avait voulu le légaliser en 2003, avant d’y renoncer. Justin Trudeau a avoué en avoir consommé plusieurs fois. L’actuel Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a été pointé du doigt par la presse canadienne pour ses activités de dealer de drogue dans sa jeunesse avec son turbulent frère, feu le maire de Toronto, Rob Ford. Et les Mulroney? Si cette famille est toujours tirée à quatre épingles, la fille de Brian Mulroney, Caroline, lancée en politique par papa, est aujourd’hui ministre de la Justice de l’Ontario. Elle est désormais chargée de surveiller la bonne application des lois sur le cannabis de la province.

L’ami des avionneurs

Impliqué dans plusieurs affaires troubles, dont des pots de vin qui lui auraient été versés par Airbus pour l’achat d’avions pour Air Canada sous son mandat, il parvient à faire condamner ses détracteurs, faute de preuves suffisantes.

Le musicien

En septembre 2018, Brian Mulroney a avoué à la radio 98,5FM de Montréal avoir enregistré un album. Et en préparer un deuxième, tout en assurant que ses oeuvres ne sont destinées qu’à un public de proches.

L’ami des présidents

Ami de Ronald Reagan, de Margaret Thatcher et des présidents Bush, Brian Mulroney leur a rendu régulièrement hommage, gardant en revanche ses distances avec Donald Trump qu’il connaît bien.

 

©AFP

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