Carlo Cottarelli: un "Monsieur ciseaux" à la tête de l'Italie

Economiste reconnu, fervent partisan d’une rigueur budgétaire, Carlo Cottarelli vient d’être appelé à former le gouvernement italien.

"En tant qu’Italien, je suis honoré du mandat que je viens de recevoir et j’y consacrerai toutes mes énergies", a déclaré hier matin, avec un brin d’émotion dans la voix, Carlo Cottarelli.

Économiste rigoureux, apprécié en Italie tout comme sur le plan international, il vient d’être désigné par le Président de la République pour former le nouveau gouvernement "neutre" qui conduira la péninsule aux prochaines élections.

Un mandat difficile et périlleux pour un homme qui, par nécessité et disposition naturelle, se sent appelé à baisser les dépenses publiques, c’est-à-dire un choix à l’opposé de ce que le "gouvernement du changement" de la Ligue et du M5S, choisi par environ 50% de l’électorat national, s’apprêtait à faire.

Le profil
  • Carlo Cottarelli est né à Crémone, en 1954.
  • De 1981 à 1987, il travaille au service études de la Banque d’Italie.
  • De 1988 à 2017, avec une pause d’une année, il est un haut fonctionnaire du FMI.
  • En 2013, il est nommé, par le gouvernement d’Enrico Letta, commissaire en charge de la révision de la dépense publique.
  • Le 28 mai 2018, il "accepte avec réserve" le mandat de former le nouveau gouvernement italien.

En avril dernier, au cours d’une interview télévisée, réalisée quand le destin politique du pays était encore extrêmement confus, il avait expliqué: "Les urnes ont choisi une Italie qui veut faire l’exact contraire de ce que je préconise, une Italie qui veut augmenter le déficit…"

Surnommé avec ironie "Monsieur ciseaux", Cottarelli, âgé de 64 ans, est aujourd’hui l’homme de l’austérité budgétaire que Bruxelles et tous les partenaires européens de l’Italie espéraient voir arriver au palais Chigi.

Diplômé en sciences économiques et bancaires de la prestigieuse université de Sienne et ayant en poche un master en économie de la London School of Economics, Cottarelli a travaillé, pendant six ans, auprès du service études de la Banque d’Italie.

Responsable au FMI

Il s’envole ensuite, à 34 ans, pour les États-Unis. Pendant plusieurs années, à Washington, il est un haut responsable du Fonds monétaire international, et guide, notamment, les missions du FMI organisées en Italie pour évaluer les performances économiques du pays.

Il goûte pour la première fois à la politique en 2013, appelé par le gouvernement de centre gauche guidé par le Premier ministre Enrico Letta. Ce dernier, sensibilisé par son ministre de l’Économie, Fabrizio Saccomanni, considère immédiatement Cottarelli comme l’homme providentiel et idéal pour occuper le poste de commissaire extraordinaire à la "spending review". Et il lui confie une mission incontournable mais aussi extrêmement délicate: celle de réduire au maximum les dépenses publiques.

Le successeur de Letta, le Premier ministre Matteo Renzi, le réexpédie de l’autre côté de l’Atlantique. Avec sa rigueur habituelle, Cottarelli reprend ses fonctions au FMI où il devient le directeur exécutif du Fonds pour, notamment, l’Italie, la Grèce et Malte.

Il quitte ses fonctions en 2017 pour retourner dans sa Lombardie natale. Directeur de l’Observatoire des comptes publics de l’université catholique de Milan, il publie, en janvier dernier, son dernier livre "Les sept péchés capitaux de l’économie italienne". Il y exprime sa vive inquiétude pour les pertes dues à l’évasion fiscale, l’hypertrophie de l’administration nationale, et pour les difficultés d’adaptation rencontrées par le pays dans sa cohabitation avec la monnaie unique.

Prémonitoire

Peu après le scrutin du 4 mars dernier, Carlo Cottarelli, d’un ton prémonitoire, déclare: "Je ne crois pas que l’on arrivera à former un gouvernement stable. Je pense plutôt que l’Italie sera guidée par un exécutif de transition qui nous amènera vers de nouvelles élections."

Eviter le saut dans le vide

Au cours d’une récente interview pour le journal on-line Linkiesta, il déclare que sortir de l’euro serait un "saut dans le vide à éviter à tout prix". Il ajoute, néanmoins, que la croissance n’est plus au rendez-vous en Italie parce que le pays a du mal à s’adapter aux règles de la zone monétaire unique.

 

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