Caroline Désir prise entre le marteau et l'enclume

Arrivée en septembre dernier à la tête du plus gros portefeuille de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'enseignement, Caroline Désir allait-elle avoir les reins assez solides pour gérer la crise sanitaire dans les écoles? Elle a passé le test, devant composer avec une situation inédite, et anxiogène.

Si, il y a six mois, on lui avait dit qu’elle serait la première ministre de l’Enseignement à fermer les écoles, Caroline Désir (PS) ne l’aurait pas cru. Et pourtant. Elle s’est retrouvée dans une situation inédite: décréter la fermeture des écoles, les rouvrir deux mois et demi plus tard en devant justifier des incohérences qui ne sont pas de son ressort. "Hier a été sans doute la journée la plus difficile de sa carrière", nous dit son porte-parole. Mais elle résiste, et fait son job: expliquer, rassurer. Calme et sereine. Elle gère, sans provoquer de couacs. Les écoles ont reçu leurs masques, personne n’a bronché sur leur forme, leur couleur ou leur étanchéité. Les toilettes ont même été rénovées…

Tous les ministres ne peuvent en dire autant.

Pire ennemi

Son pire ennemi est aussi son meilleur allié. Pierre-Yves Jeholet, le ministre président de la FWB, ne lui est pas d'un soutien "extraordinaire". Et pourtant, c'est lui aussi qui fait la courroie de transmission avec le fédéral. En toute loyauté. 

Juriste de formation, elle est qualifiée de bosseuse, et connaît ses dossiers. De prime abord plutôt discrète, voire timide, elle a pris le portefeuille de l’Enseignement sans tenter d’arracher les pages du Pacte d’excellence de sa collègue cdH pour le réécrire à sa sauce.

Caroline Désir n’est pas comme cela. Ses opposants la disent "constructive", "orientée solutions" plutôt que créatrice de bisbrouilles. Consensuelle et à l’écoute de tous. Une qualité indispensable si l’on veut survivre comme ministre de l’Enseignement. "Personne, je pense, ne peut se souvenir d’elle comme ayant fait un ‘coup de pute’", dit-on dans son entourage.  

Un sourire éclatant

Une "gentille" donc. Toujours un sourire jusqu’aux oreilles, empathique. Mais une "gentille", est-ce que cela tient la route dans un gouvernement polarisé? Est-ce que cela tient la route face à un ministre-président MR fort en gueule, et qui la devance à chaque fois (souvenez-vous des sorties sur les grandes vacances, sur la rentrée scolaire...)? 

Lentement mais sûrement

Caroline Désir a mis du temps à installer son cabinet. A la rentrée de septembre, son équipe était encore en formation. Ce qui a fait dire à certains qu'elle manquait de proactivité. "Et puis, elle a été projetée en avant. Et elle a bien manoeuvé".

Est-ce que cela tient la route quand, dans une crise, la pression vient brutalement de l’autre Communauté? Est-ce que cela tient la route quand il faut composer avec les règles édictées par le Conseil national de sécurité, sans trop chambouler les pouvoirs organisateurs, les directions d’écoles, les parents désemparés et inquiets ?

Zen et loyale

Prise dans un faisceau de tirs croisés, Caroline Désir n'a pas dérapé. On la dit discrète, elle a surtout évité de surcommuniquer. Mais calmement, elle a replacé à chaque fois Jeholet dans son fauteuil de ministre-président, l’air de ne pas y toucher. Elle reste même zen, et maintient un bon dialogue avec lui, dit-on. Elle a tenté de rassurer les parents inquiets, les profs inquiets, les directions inquiètes. En jouant la carte de l’autonomie des acteurs, histoire d’éviter l’affrontement. Mais parfois en donnant le sentiment d'être trop prudente, et de manquer d'ambition pour l'école, au nom d'une égalité.

Avec la Flandre, elle a heurté un gros rocher. Coincée dans les cordes par Ben Weyts, son homologue flamand, forcée de suivre et annoncer la réouverture des écoles. Se prenant malgré elle de front toutes les directions et les enseignants furieux. Elle dit avoir écouté les pédiatres inquiets pour la santé des enfants. Cela s’accompagnera pourtant de possibles nouveaux apprentissages. Comme en Flandre.

Trop "gentille", Caroline Désir a au final davantage couru après la crise que pris les devants.

Le profil
  • Née en 1976, Caroline Désir est licenciée en droit (ULB et VUB). Elle a été avocate en droit du travail avant de bifurquer vers la politique.

  • De 2009 à 2019, elle siège comme députée au Parlement régional bruxellois. Elle siègera aussi comme députée au Parlement de la FWB. Elle sera nommée vice-présidente de la commission Éducation de juin 2009 à septembre 2017.

  • De 2013 à 2019, Caroline Désir tient aussi le poste d'échevine à Ixelles (rénovation urbaine puis instruction publique).

  • Elle est élue députée fédérale en mai 2019. Le 17 septembre 2019, elle devient Ministre de l’Enseignement obligatoire

Lire également

Publicité
Publicité