Carrie Lam, la dame de fer aux pieds d'argile

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Rien ne va plus pour Carrie Lam. Les Hongkongais perdent patience face à la chef de l’exécutif. Réputée intransigeante, la première femme dirigeante de Hong Kong vacille face au mécontentement grandissant de ses concitoyens.

Ne jamais reculer. Telle pourrait être la devise de Carrie Lam. Même en pleine tempête, la leader hongkongaise refuse de céder ne serait-ce qu’un bout de terrain à ses opposants et ses détracteurs. Après 36 ans passés comme haut fonctionnaire, elle est devenue la quatrième cheffe de l’exécutif hongkongais depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997. Et la quatrième issue du camp pro-Pékin.

Faites ce que je dis…

De son prédécesseur Leung Chun-ying, elle a hérité de la méthode de travail. Elle impose sa vision, ses subordonnés la mettent en œuvre, pas de déviation possible. Une méthode top-down rigide qui fait grincer des dents dans l’administration dont Carrie Lam est pourtant issue. Et qui résulte en des impasses législatives, l’opposition démocrate obstruant le processus parlementaire de manière endémique… Tandis que la majorité lui rend systématiquement la pareille.

Le profil
  • 13 mai 1957: Née Chang Yuet-ngor, dans une famille à faibles revenus
  • 1980: Diplômée de l’université de Hong Kong
  • 1982: Entre à l’université de Cambridge et y rencontre son mari Siu-Por Lam
  • 2007: Secrétaire au Développement
  • 2012: Première secrétaire de l’administration et bras droit du chef de l’exécutif Laung Chun-ying
  • 2017: Première femme cheffe de l’exécutif de Hong Kong

La rigidité de ce système fait inévitablement penser à celle du parti communiste chinois, dont elle est accusée d’être l’une des plus ferventes supportrices. Mais paradoxalement, Carrie Lam n’hésite pas à contourner ce système quand il s’agit de parvenir à ses fins. Comme lors de la nomination sans offre de marché public de l’architecte du Hong Kong Palace Museum, partenaire du Beijing Palace Museum.

Un comportement qui fait écho à l’une des nombreuses controverses qui ne cessent de ternir son image depuis plusieurs années. En mai 2015, un rapport faisait état d’une contamination au plomb, au nickel et au cadmium des conduites d’eau potable de la ville de Hong Kong. Alors cheffe secrétaire, elle avait été la seule responsable des pouvoirs publics à avoir refusé de s’excuser lors d’une conférence de presse tenue un an plus tard. Pour elle, les responsables étaient les fonctionnaires directement en charge du problème. Pas leurs responsables, ceux-ci étant victimes de la mauvaise circulation de l’information au sein de l’administration.

Une attitude arrogante qui pourrait trouver sa source dans son éducation primaire et secondaire au St. Francis’ Canossian College, l’un des lycées catholiques pour jeunes filles les plus prestigieux de Hong Kong. De cette éducation catholique stricte, elle a retiré une remarquable assurance en sa foi, que certains ont qualifié de bigoterie. Citant un passage de la Bible, elle a déclaré en 2015: "D’aucuns disent que les Huit Béatitudes s’appliquent fort bien à moi. ‘Bénis soient les persécutés pour la Justice, car le Royaume des cieux est à eux.’ Il y a déjà une place qui m’est réservée au paradis..." Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir, même jusque dans les rangs de l’Église.

Carrie Lam a été élue selon un système de comité électoral comptant 1.200 membres, critiqué pour son fonctionnement en cercle restreint et sa composition fortement pro-Pékin. La révolte des parapluies de 2014 demandait l’instauration d’un véritable suffrage universel. Carrie Lam s’était prononcée contre. À son élection en 2017, elle promettait de "soigner les divisions". Quatre mois après l’annonce de sa loi pour l’extradition, quatre personnes se sont déjà suicidées en marge des émeutes.

 

Au service de l’État
Fonctionnaire dans l’âme, elle y a passé sa vie: sept ans au bureau des Finances, députée secrétaire au Trésor, directrice du département de la Sécurité sociale, secrétaire permanente au bureau du Logement, directrice du bureau d’Économie et de Commerce à Londres et secrétaire permanente aux Affaires intérieures.

Une marionnette…
Conciliant, Chris Patten, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong a déclaré: "Je suis sûr qu’elle le reconnaît, ce sont les citoyens qui pourraient être ses meilleurs amis. Elle devrait essayer de comprendre leurs préoccupations et gagner leur soutien. Après tout, ce sont eux qui pourront la soutenir le mieux. Pour Pékin, elle sera toujours remplaçable."

… ou un pion?
Son soutien à la Chine s’est fait ressentir jusque dans sa réforme du système scolaire moral et national, louant l’esprit nationaliste chinois et les valeurs du communisme, à l’opposé des valeurs démocratiques et républicaines qu’elle affirme défendre.

 

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