Charles V. Bergh, celui qui a sauvé Levi Strauss

Le premier fabricant de jeans réalise la plus grosse introduction en Bourse depuis le début de l’année. Levi Strauss, avec à sa tête Charles V. Bergh, a réussi à rajeunir son image.

Plus de 30 ans après l’avoir quitté, Levi Strauss renoue avec le New York Stock Exchange. Ce jeudi, l’inventeur du blue-jean s’est réintroduit en Bourse, proposant aux investisseurs des actions de 14 à 16 dollars, ce qui pourrait permettre à la société de lever jusqu’à 675 millions de dollars (595 millions d’euros). Le titre a bondi dans les premiers échanges de 33,8 % à 22,74 dollars.

Le profil
  • Né en 1957 dans l’Etat de New York
  • Il obtient sa licence à l’Université Lafayette en 1979
  • Il rejoint l’armée américaine de 1979 à 1983
  • De 1983 à 2011 il monte les échelons chez Procter & Gamble
  • Il devient CEO de Levi Strauss en 2011

Mission commando

Derrière cette décision ambitieuse se cache Charles V. Bergh, arrivé à la tête de l’entreprise en 2011. À cette époque, le fabricant du célèbre "501" est dans une mauvaise passe avec des ventes qui s’effondrent et une concurrence exacerbée de nouveaux labels. Charles V. Bergh décide alors de prendre les choses en main. À son arrivée, il consulte l’un après l’autre les 60 cadres dirigeants de l’entreprise pour en savoir plus sur les défis qui l’attendent. Résultat: "J’avais une idée précise de l’ADN de l’entreprise et de ses valeurs", confie-t-il dans une interview au New York Times. Et l’ancien officier de l’armée américaine n’a pas retenu les coups pour redresser le navire, puisqu’en dix-huit mois, neuf têtes sont tombées sur les onze du top management. Et 800 emplois ont été supprimés entre 2014 et 2015 via un plan d’économie de 200 millions de dollars.

Rajeunir Levi Strauss

Charles V. Bergh, compétiteur dans l’âme de son propre aveu, se lance donc comme défi de rajeunir les modèles historiques de l’icône californienne. Celui qu’on surnomme Chip décide notamment de consacrer plusieurs millions de dollars à la mise en place d’un nouveau laboratoire à San Francisco, Eurêka Innovation Lab. Dans cet espace à la pointe de la technologie, la marque vieille de 165 ans développe de nouvelles méthodes pour une production plus durable. Charles V. Bergh a ainsi dépoussiéré l’entreprise, en multipliant les collaborations avec des marques branchées et la présence des jeans Levi’s dans les festivals de musique à la mode, comme Coachella. Et les résultats sont là pour le confirmer: le chiffre d’affaires a grimpé à 5,6 milliards de dollars en 2018.

Réussir ce qu’il entreprend

Une victoire pour l’homme d’affaires, qui vient s’ajouter à une carrière déjà bien remplie. Quand Charles V. Bergh a pris les manettes de Levi Strauss, il n’avait pourtant plus rien à se prouver. Celui qui a grandi dans la banlieue de New York, avec un père alcoolique, est entré chez Procter & Gamble en 1983 avant d’en ressortir près de 30 ans plus tard, reconnu comme l’artisan essentiel du développement de la marque de rasoirs Gillette. Passionné de sport, il avoue vouloir toujours gagner et être le meilleur parmi ses pairs, quel que soit ce qu’il entreprend. Et Levi Strauss n’a pas échappé à cette règle.

Aujourd’hui, même si l’entreprise est toujours détenue par les descendants de Levi Strauss, émigrant allemand qui a fondé la société en 1853 à l’âge de 24 ans, on est très loin de l’image des jeans achetés par les chercheurs d’or et les aventuriers du Grand Ouest.

Très sportif

Avec une famille un peu absente, Chip Bergh s’est rapidement tourné vers le sport, pour trouver le soutien et la discipline qu’il n’avait pas chez lui. Au lycée, il a commencé avec le base-ball et le basket-ball. Aujourd’hui, il continue à courir, à nager et à participer à des triathlons.

Enfance difficile

Charles V. Bergh a grandi dans une famille qu’il qualifiait d’"anormale", avec un père alcoolique qui travaillait beaucoup. À l’université, il apprend que sa mère est atteinte d’un cancer. Les médecins lui donnent alors six mois à vivre, elle a finalement vécu 20 ans de plus.

 

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