Christian Boas: la troisième génération a vendu Asco

Asco, créée en 1954 par Emile Boas, était restée une entreprise familiale. Aujourd’hui, elle passe entre des mains américaines. L’actuel CEO, Christian Boas, demeurera au sein de l’entreprise. Sans responsabilité opérationnelle. EMMANUEL VANBRUSSEL

"Nous resterons indépendants aussi longtemps que possible", avait déclaré en 2012 Christian Boas, CEO d’Asco Industries, au moment où de nombreux observateurs spéculaient sur une possible introduction en Bourse de l’entreprise. Et jusqu’à tout récemment, toute idée de vente de l’entreprise ou de dilution de la participation familiale était automatiquement écartée. Mais comme c’est de plus en plus souvent le cas dans le monde des affaires belge, la troisième génération a malgré tout fini par vendre l’entreprise familiale.

Dans la quatrième génération – encore jeune – on ne trouve aucun candidat à la succession. Le Bruxellois Christian Boas ne pouvait plus attendre, car après des années de forte croissance, l’entreprise se trouve aujourd’hui dans le creux de la vague et a besoin d’un nouveau souffle. Ce fleuron industriel belge tombe de ce fait dans les mains de son grand concurrent américain (coté en Bourse), Spirit.

Asco a été fondée en 1954 par le patriarche Emile Boas, grand-père de Christian, qui fabriquait et commercialisait des pièces de rechange destinées à l’armée à partir d’un petit atelier situé à Bruxelles. Il a commencé par des pièces de rechange pour voitures, pour fabriquer ensuite des pièces pour des chars de combat.

Dans les années ’60, le fondateur d’Asco s’est lancé dans une production propre. Il s’est spécialisé dans l’usinage de précision de métaux, qui représente encore en grande partie le cœur de métier d’Asco.

Sous la direction de Roger Boas, qui a repris le flambeau en 1970 après le décès inopiné de son père, Asco a connu une croissance fulgurante. Les commandes militaires ne cessaient d’affluer. En 1972, la famille Boas a ouvert l’usine de Zaventem où le groupe est encore installé.

 

Pas irréprochable

Roger Boas n’était cependant pas irréprochable. Son nom a souvent été associé à celui de son ami, l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants, qui aurait dans les années ’70, en tant que ministre de la Défense, confié à Asco de juteux contrats militaires. Au cours de cette période, de nombreuses histoires ont circulé à propos des liens étroits entre le patronat belge et le monde politique.

Le très controversé "marché des blindés" de 1977 a poursuivi Roger Boas pendant 15 ans, et s’est terminé par un jugement au tribunal. Asco avait obtenu de la Défense une commande portant sur la livraison de plus de 1.000 véhicules blindés. Ce "contrat du siècle" se montait à 23 milliards de francs belges, soit 570 millions d’euros.

Certains prétendent que Boas aurait versé des pots-de-vin à Vanden Boeynants, mais cette allégation n’a jamais été prouvée. Début 1992, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Bruxelles à 15 mois de prison avec sursis et une amende de 500.000 francs belges (12.400 euros) pour faux en écriture et fraude fiscale.

Roger Boas était un patron aux multiples visages. Il était aussi l’homme qui a poussé l’entreprise familiale sur la voie de la haute technologie et a cherché à diversifier ses activités dans le secteur de l’aviation civile internationale. Asco est de ce fait depuis la fin des années ’70 un sous-traitant régulier d’Airbus, mais approvisionne également Boeing, Bombardier, Embraer et de petits constructeurs de jets privés.

En 1979, Asco a participé à la création du consortium aéronautique Belairbus, qui rassemblait les diverses sociétés belges actives dans le secteur, pour tenter de remporter les gros contrats d’Airbus. Dans le secteur, cette initiative est encore considérée comme un cas d’école d’alliance intelligente entre plusieurs acteurs de niche.

Au début des années ’90, le chiffre d’affaires d’Asco était réparti de manière équilibrée entre l’aviation civile et les commandes militaires. L’entreprise a franchi un pas important en 2003 en rachetant deux usines, respectivement au Canada et en Allemagne.

Après le décès de son père Roger en 2006, le CEO actuel Christian Boas a poursuivi la stratégie, en se focalisant sur l’automatisation et l’intégration de nouvelles technologies comme l’impression 3D. Il ambitionnait d’ouvrir des usines au Mexique et en Inde pour réduire les coûts salariaux, mais ce rêve ne s’est jamais réalisé. À 54 ans, Christian Boas – qui dirige également le holding familial, dont son frère et sa sœur sont également actionnaires – remet les clés de l’entreprise familiale à son concurrent américain.

Doubler de taille

"Nos clients demandent des livraisons plus rapides et de même qualité. Pour maintenir ce rythme, nous aurions dû réaliser d’importants investissements. Il s’est avéré impossible de doubler notre taille, ce qui était notre objectif à moyen terme."

Pas de successeur

"La succession n’était pas garantie. J’ai dû prendre mes responsabilités dans l’intérêt de l’entreprise."

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