Christian Jacob, le "bon sens paysan" pour souder la droite

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Christian Jacob compte sur son passé de syndicaliste paysan pour guider ses choix et recoller les morceaux d’une droite traditionnelle française en déroute.

La droite française mise sur un "rassembleur" sans grandes ambitions personnelles pour tenter une nouvelle fois de retrouver son nord. Les Républicains (LR), en chute libre depuis la défaite de Nicolas Sarkozy face à François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012, ont choisi Christian Jacob pour tenter de mettre fin à l’hémorragie.

Dimanche encore, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin a fait savoir qu’il quitterait "évidemment" le parti, après le départ d’autres figures comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand. La base militante du parti s’est érodée à toute vitesse jusqu’à sa défaite historique aux élections Européennes de mai dernier: l’ancien grand parti populaire de droite n’avait pas dépassé 8,5%. Laurent Wauquiez avait remis son tablier de président, et c’est donc Christian Jacob, un baron consensuel, qui prend sa succession.

Le profil
  • 1959: Naissance dans une famille d’agriculteurs. Il arrête ses études à 17 ans.
  • 1992: Engagé depuis quelques années dans le syndicalisme, il devient président du syndicat français des Jeunes agriculteurs.
  • 1994: Remporte un siège de député européen dans le RPR de Jacques Chirac.
  • 2001: Maire de Provins.
  • 2002: Nommé dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, en charge de la Famille, puis des PME. Il deviendra ensuite ministre de la Fonction publique dans le gouvernement Villepin.
  • 2010: Chef de groupe UMP, puis LR à l’Assemblée nationale.
  • 2019: Président de LR.

"On ne lui connaît que trois passions déclarées: la chasse au sanglier; les westerns spaghetti et Jacques Chirac pour qui il se lança en politique", dépeignait Le Monde dans un portrait qu’il brossait de lui en juin dernier. Agriculteur et syndicaliste paysan, Christian Jacob a été converti à la politique par Jacques Chirac avant qu’il n’emporte son premier mandat présidentiel. À 59 ans, son credo est le "bon sens paysan" – qu’on pourrait traduire comme une certaine façon de ne pas se laisser dicter ses orientations par des cloisons idéologiques. Contrairement à feu son mentor, il n’affiche aucune ambition présidentielle. Il espère rassembler sa famille politique pour résister à l’étau formé par le centre d’Emmanuel Macron et l’extrême droite de Marine Le Pen. Pour porter son projet d’alternance au macronisme, il mise sur la thématique de la paupérisation des classes moyennes, et sur celle de l’identité – opposition au communautarisme et à l’immigration incontrôlée.

Le voile au vol

Sa première sortie comme président aura d’ailleurs porté sur le port du voile, un débat qui continue d’animer la vie politique française. Il a opportunément pris au vol une polémique lancée vendredi par un élu d’extrême droite qui s’en est pris à une maman voilée accompagnatrice d’un groupe scolaire.

Christian Jacob a plaidé pour le retour d’une circulaire appliquée sous Nicolas Sarkozy interdisant le port du voile pour les accompagnatrices de groupes scolaires. Mais "on peut le faire sans agresser les gens", a-t-il souligné à l’adresse de l’élu Rassemblement national (ex-FN) Julien Odoul. Plusieurs membres du gouvernement d’Edouard Philippe avaient de leur côté condamné l’humiliation publique infligée par l’élu à cette mère sous les yeux de son enfant en visite au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. L’épisode aura au moins permis à Christian Jacob de montrer qu’un espace rhétorique existe encore pour la droite traditionnelle. Reste à démontrer qu’il peut encore peser en France.

 

29 ans, 27 vaches
C’est "Le Monde" qui donne cette anecdote: Jacob avait 29 ans et 27 vaches laitières quand il reçu ce coup de fil de Jacques Chirac, alors candidat à la présidentielle. "J’entends beaucoup parler de vous en ce moment. Pas forcément en bien". Jacob défendait les agriculteurs et Chirac s’apprêtait à lui mettre le pied à l’étrier d’une carrière politique nationale.

Un éleveur à l’ENA
"Je ne sais pas ce qu’on retiendra de moi, mais j’ai nommé un paysan à la tête de l’ENA (la prestigieuse école nationale d’administration)", s’est un jour amusé Jacques Chirac, rappelle Le Figaro. Son protégé Christian Jacob a été ministre de la Fonction publique dans le gouvernement de Dominique de Villepin, à partir de 2005.

"Rantanplan"
Ex-Premier ministre et candidat malheureux à la présidentielle de 2017, François Fillon avait affublé Christian Jacob d’un sobriquet peu élogieux: "Rantanplan", comme le chien stupide apparu dans les aventures de Lucky Luke. Une allusion sarcastique à la fidélité sans faille qu’on lui prêtait pour Jacques Chirac.

 

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