Corinne Dumont, la financière devenue chantre du bio

Pour la patronne de la chaîne de magasins bio Sequoia qui sera une des têtes d’affiche d’un séminaire sur l’entrepreneuriat au féminin organisé par Beci la semaine prochaine, les femmes doivent avoir davantage confiance en elles.

Beci, la Chambre de commerce de Bruxelles, vient de rejoindre l’Iwec (International Women Entrepreneurial Challenge), un réseau visant à promouvoir l’entrepreneuriat auprès des femmes. Lors d’un séminaire dédié à la question qui aura lieu en début de semaine prochaine, trois entrepreneuses bruxelloises seront mises à l’honneur. Parmi elles, Corinne Dumont, la patronne de la chaîne de magasins bio Sequoia, qui a connu en quelque sorte une double vie (dans le sens noble du terme…).

Diplômée de la Solvay Brussels School en 1983, Corinne Dumont connaît d’abord une longue carrière dans la finance. Elle reste 17 ans chez Citigroup où elle s’occupe de montages financiers pour des entreprises comme Electrabel, la SNCB, Solvay, etc. "Cela m’a permis de travailler avec des équipes internationales et de voyager à New York, Londres, Paris ou Amsterdam où j’ai vécu un moment, mais en 2003, j’ai arrêté car je trouvais que ce que je faisais manquait de concret."

Le profil
  • Ingénieur de gestion à la Solvay Brussels School en 1983
  • Débute chez Citibank en 1985 où pendant 17 ans elle s’occupera de montages financiers
  • Quitte la banque fin 2002 pour s’installer comme consultante dans les montages financiers, notamment en immobilier
  • Rachète avec deux associés l’enseigne de magasins bio Sequoia en 2007
  • Ouvrira le 6e Sequoia pendant le mois de novembre

Elle négocie alors sa sortie et s’installe comme consultante mais dans sa tête traîne le désir d’entreprendre. Ce sont des considérations sportives qui vont, quelque part, décider de son orientation professionnelle "J’ai toujours été très sportive, mais je me blessais souvent, cela m’a amené à m’intéresser à mon alimentation", raconte-t-elle.

Six enseignes

Elle se met alors à entamer un parcours de développement personnel et à fréquenter les magasins bio, comme Sequoia à Uccle. "C’est là qu’est venu le déclic, se souvient-elle. Je me suis mise en tête de racheter ce magasin car cela me permettait de combiner mes préoccupations en matière de santé avec mon désir d’entreprendre pour m’accomplir personnellement." Mais le propriétaire de l’enseigne, qui compte alors deux magasins, n’est pas disposé à vendre. Corinne Dumont va mettre un an avant de le convaincre de céder son entreprise. Avec deux associés, elle rachète l’enseigne, la rénove, la débarrasse de son image un peu sectaire et la développe. Un troisième magasin ouvre en 2010 à Waterloo, un 4e en 2014 à Wavre, un 5e cette année à Enghien, suivi dans quelques jours d’un 6e à Boitsfort. "C’est sûr, mon expérience bancaire m’a bien aidée dans cette expansion", résume-t-elle. Car quand il faut aller négocier un crédit auprès des banques, la financière sait y faire.

©France Dubois

Sequoia, qui est désormais rentable, devrait ainsi enregistrer cette année une croissance de 8 à 10% pour un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Jusqu’où ira la chaîne? Difficile à dire: la concurrence est de plus en plus forte dans ce secteur en plein boom: il y a des géants, comme Bio Planet (Colruyt) qui investissent massivement, mais aussi des plus petits joueurs ambitieux comme Färm ou le français Bio C’est bon. "Cela nous oblige, comme pionnier, à nous remettre en question, dit Corinne Dumont. Mais je crois qu’il y aura des consolidations." La croissance passera aussi par la qualité et le service au client (formations, conférences…). L’extension de la marque à l’étranger n’est pas non plus exclue.

S’écouter

Si elle a pu accomplir son désir profond de développer son affaire, cette mère de deux enfants explique que c’est parce qu’elle a su s’écouter et se fier à ses convictions: "Les femmes doivent avoir davantage confiance en elles, estime-t-elle, d’autant qu’elles ont des atouts qui leur sont propres pour diriger une équipe, comme l’intelligence émotionnelle et collaborative qui permet de déléguer ou la capacité de remise en cause." C’est ce message que Corinne Dumont entend faire passer du 6 au 8 novembre aux membres de l’Iwec.

Le sport comme révélateur

Grande sportive – elle a pratiqué intensivement le hockey, le tennis et le golf –, Corinne Dumont a souffert de tendinites chroniques. Ce qui l’a amenée à soigner son alimentation. Depuis, dit-elle, ses bobos ont disparu. Mais aujourd’hui, elle penche plutôt pour des disciplines plus douces comme la marche, l’équitation et le yoga.

Cher le bio?

Bien qu’elle se généralise, l’alimentation bio souffre encore d’une image de prix défavorable; surtout les magasins spécialisés comme Sequoia. À cette critique, Corinne Dumont répond par une pirouette: "Depuis que je mange bio, je ne mets quasiment plus les pieds chez le médecin."

Affaire de famille

Sequoia est devenu une affaire de famille. Un des associés de Corinne Dumont n’est autre que son beau-frère Vincent Muylle. Et sa fille de 21 ans travaille déjà dans l’entreprise, "mais il est trop tôt pour en faire mon successeur."

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