Daniel Kretinsky, le Tchèque qui s'intéresse à Metro

Le géant allemand de la distribution Metro a jugé "insuffisante" l’offre publique d’achat non sollicitée lancée par son actionnaire minoritaire, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky qui a déjà fait main basse sur une partie de la presse française. Nathalie Versieux

Lorsqu’il est entré par surprise au capital de Metro, à l’automne 2018, personne ne connaissait son nom en Allemagne. Vendredi, Daniel Kretinsky, 43 ans et 5e fortune de République tchèque, a lancé une OPA non sollicitée sur le géant allemand de la grande distribution. Metro – 146.000 salariés – est également présent en Belgique par le biais de ses magasins Metro et de six Makro. Avec son partenaire slovaque Patrik Tkac, le patron du groupe EPH a proposé 5,8 milliards d’euros pour reprendre Metro. L’offre a été jugée "très inférieure à la valeur réelle de l’entreprise" par le directoire du groupe.

Le profil
  • Juillet 1975: naissance à Brno, deuxième ville de République tchèque.
  • 1999: rejoint la firme J&T en tant qu’avocat. Devient associé en 2003.
  • 2004: devient président et co-actionnaire du club de foot du Sparta Prague
  • 2009: devient président d’EPH, entreprise du secteur de l’énergie fondée par J&T.
  • 2018: devient premier actionnaire de EPH, dont il possède 94%.

La success story de Daniel Kretinsky, fils d’une ancienne juge de la cour constitutionnelle tchèque et d’un professeur d’informatique remonte au début des années 2010. Ce francophile qui a fait une partie de ses études de droit à Dijon, amateur d’art, de beaux bateaux et de football, lance alors un pari risqué: il investit dans les mines de charbon, une activité qui, en plein débat sur le climat, semble condamnée à court ou moyen terme. Kretinsky, optant pour une stratégie à contre-cycle très audacieuse, est convaincu que l’Europe aura encore longtemps besoin des énergies fossiles. Il multiplie les achats de centrales à charbon bradées en Italie, en Slovaquie, en Grande Bretagne ou en Allemagne où il rachète au suédois Vatenfall quatre centrales au lignite et les mines de minerai qui les accompagnent, au grand dam des écologistes. Son groupe emploie aujourd’hui 25.000 salariés dans le domaine des énergies fossiles.

Le monde de la presse française affolé

Second pilier de son activité, Kretinsky multiplie en parallèle les investissements dans les activités régulées aux revenus réguliers, via sa filiale EPIF, tel le gazoduc Eustream, qui traverse la Slovaquie, l’une des portes d’entrées du gaz russe dans l’Union européenne.

Catamaran panaméen

La biographie de Kretinskyne compte qu’une tâche:son nom apparaît dansle scandale des "Panama Papers", autour d’un catamaran. "Le propriétaire qui m’a vendu le bateau avait une société administrée par une société panaméenne. Je ne l’ai conservée que deux mois avant de changer cela", se justifie-t-il.

La presse par hasard

Kretinsky et son associé Patrik Tkac sont arrivés presque par hasard dansle monde des médias. Jusqu’à présent, aucun des titres dans lesquels ils se sont engagés ne signale de tentative d’influencer les contenus rédactionnels.

Plus récemment, Kretinsky a provoqué l’affolement dans le monde de la presse en France, en multipliant les acquisitions, entrant au capital du Monde, de Marianne, en reprenant les magazines de Lagardère dont Elle ainsi que la filiale tchèque de Ringier. "Les médias ont un combat à mener sur la régulation des Gafa", répète-t-il lors de ses rares interviews à ce sujet. Régulièrement, il demande à ce que les Gafa soient plus sévèrement régulés par Bruxelles.

Kretinsky, qui ne possédait d’abord que 20% de EPH, est aujourd’hui à la tête de 94% du groupe.

Metro, numéro 1 de la grande distribution en Allemagne, est fragilisé par la concurrence d’Aldi et de Lidl sur ce marché hautement concurrentiel et caractérisé par la chasse aux plus bas prix par les consommateurs. En juin dernier, le CEO de Makro, Vincent Nolf, avait affirmé que l’entreprise était "un patient en soins intensifs", malgré l’injection de dizaines de millions d’euros par Metro. Le directoire de Metro a appelé les actionnaires "à ne rien faire" dans un premier temps.

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