David Calhoun, un Jack Welch bis pour piloter Boeing

©AFP

Alors qu’il traverse une crise sans précédent, le constructeur d’avions de Seattle a remplacé son CEO Dennis Muilenburg par David Calhoun. Un ancien de GE à la réputation de dur à cuire.

Certains le surnomment "le comptable", par allusion au maigre diplôme de compta’ qui orne son CV, d’autres le considèrent comme "une personnalité proche de Jack Welch", qui a été l’emblématique patron du conglomérat américain General Electric pendant une vingtaine d’années et qui appliquait des méthodes dures, avec de très bons résultats à la clé… Le fait est que David Calhoun devra se montrer à la fois dur et inspiré, et peut-être aussi faire des miracles, pour redresser Boeing. À 62 ans, le natif de Philadelphie a accepté, le 23 décembre dernier, et entamé lundi ce qui sera sans aucun doute la plus délicate mission de sa carrière. Il a repris la direction opérationnelle de l’avionneur suite au départ de Dennis Muilenburg, limogé pour avoir mal géré la crise née suite aux deux accidents ayant impliqué un 737 MAX et fait 346 morts.

Le profil
  • Né le 18 avril 1957 à Philadelphie, Pennsylvanie
  • Diplômé en comptabilité (Virginia Tech)
  • A entamé sa carrière chez General Electric, où il est resté 26 ans.
  • Siège au conseil d’administration de Boeing depuis 2009.
  • A été brièvement président de Boeing, d’octobre 2019 à janvier 2020, avant d’en devenir CEO.

General Electric a été le premier employeur de David Calhoun. Celui-ci y a passé 26 ans en y trustant les secteurs d’activité: transport, moteurs d’avion, réassurance, éclairage… À l’image du conglomérat, il y a tâté d’un peu de tout, avant d’entrer au conseil d’administration en 2005. Curieusement, à peine arrivé au sommet du groupe, il l’a quitté. Peut-être est-ce la perspective de devenir n°1 d’une entreprise qui l’a convaincu de lâcher GE pour diriger VNU, une société de services d’information bientôt rebaptisée Nielsen Holdings. Sous sa direction, celle-ci est entrée en bourse en 2011.

Tout en continuant de piloter Nielsen Holdings, David Calhoun a fait son entrée chez Blackstone en 2014 avec le titre de directeur général senior, responsable des opérations de portefeuille. Le fonds de private equity avait participé, quelques années plus tôt, à la réorganisation de Nielsen; on peut présumer que Calhoun et Blackstone avaient appris alors à s’apprécier.

Un challenge de fou

Le début des relations entre Calhoun et Boeing remonte à 2009. Cette année-là, l’ancien comptable devenu grand manager entre au conseil d’administration de Boeing, où il siège comme indépendant. Parallèlement, l’homme accepte des mandats dans quelques autres conseils d’entreprises de renom de la scène nord-américaine: Caterpillar, Gates Corp, Medtronic…

En octobre 2019, Calhoun reprend la présidence du conseil de l’avionneur à Muilenberg, avant de lui ravir également ses galons de directeur général deux mois plus tard. Avec pour tâches de réorganiser la compagnie en interne et de rétablir de bonnes relations avec l’US Federal Aviation Administration, le régulateur du secteur aérien, ainsi qu’avec les compagnies aériennes clientes et les fournisseurs. Et, last but not least, de relancer la production des 737 MAX sur les lignes du groupe une fois que toutes les analyses auront été faites, puis de repositionner l’avionneur… à la poursuite de son grand rival européen Airbus, entre-temps repassé devant.

Il devra aussi initier un changement de culture au sein de la compagnie. Les échanges d’e-mails injurieux entre employés mis au jour la semaine dernière ont montré qu’il y règne "une culture de l’arrogance" qu’il devra extirper rapidement (dans un de ces mails, un pilote écrivait que le MAX avait été "créé par des clowns, supervisés par des singes").

S’il parvient à relever ce challenge à entrées multiples, Calhoun pourra empocher jusqu’à 26,5 millions de dollars de bonus, en plus de son salaire annuel fixé à 1,4 million. Pas sûr toutefois que ce soit ce qui motivera le plus cet homme qui a gagné 235 millions en cash et en actions durant les sept ans qu’il a passés à la tête de Nielsen. Le redressement de Boeing serait en soi le plus beau trophée à arborer au moment de prendre sa retraite.

Des décisions difficiles

Selon Rick Kennedy, un de ses anciens collègues chez GE, David Calhoun "prendra des décisions difficiles chez Boeing et ne se cachera pas derrière elles". "Ce ne sera pas un univers confortable", a-t-il dit à Bloomberg.

Un coût astronomique

La mission du nouveau CEO ne commencera pas sous de bons auspices financiers: Boeing devrait révéler dans quelques semaines une des pires dépréciations de son histoire en publiant ses résultats du 4e trimestre: quelque 6 milliards de dollars, selon des analystes.

Persuasif

Quand il supervisait la division "moteurs d’avion" chez GE, David Calhoun avait convaincu Boeing d’adopter un nouveau moteur d’avant-garde pour équiper le futur 787 Dreamliner. Il avait aussi convaincu son conseil, au départ rétif, de développer le moteur GEnx, qui allait se vendre à 2.700 exemplaires.

 

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