De BNP Paribas vers la Banque de France

Le directeur général des marchés domestiques de BNP Paribas, François Villeroy de Galhau, fait route pour Matignon. Mais la fonction semble être un tremplin vers la Banque de France.

Nouveau départ à la tête de BNP Paribas . Un départ qui cette fois n’est pas un pas de côté déguisé et lié aux sanctions américaines pour rupture d’embargo. François Villeroy de Galhau, le leader des marchés domestiques du groupe que sont la France, la Belgique et l’Italie, retourne ainsi dans le monde politique; du moins dans un premier temps.

Il rejoindra en effet le 1er mai Matignon où il sera chargé de la mission de financement de l’investissement. Cette nomination s’inscrit dans les mesures annoncées le 8 avril dernier par Manuel Valls. Le Premier ministre français entend pendant cinq ans donner un coup de pouce fiscal de 2,5 milliards d’euros aux entreprises qui investissent dans des équipements industriels.

"Le premier ministre m’a demandé de conduire une mission sur l’investissement, qui est au cœur des préoccupations économiques actuelles. J’ai estimé pouvoir l’accepter compte tenu de sa dimension d’intérêt général, à laquelle je suis très sensible", a-t-il précisé au "Monde".

Né le 24 février 1959 à Strasbourg, François Villeroy de Galhau est un des héritiers de la famille fondatrice de Villeroy & Boch, société dont il est membre du conseil d’administration.

Diplômé de l’école polytechnique et de l’ENA, il rejoint en 1990 le ministère de Pierre Bérégovoy comme conseiller européen. Il occupe ensuite diverses responsabilités à Bercy.

Sous le gouvernement Jospin, il est directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter.

En 2003, il rejoint le privé et entre chez Cetelem qui lui ouvre les portes de BNB Paribas.

Mais "Les Echos" anticipe cette mission comme une passerelle vers la direction de la Banque de France. Atteint par l’âge légal, le gouverneur Christian Noyer voit son mandat s’achever en octobre prochain.

Selon une source, indique le quotidien français, Mario Draghi, le président de la BCE, aurait appris la nouvelle vendredi dernier lors de son déplacement à Washington, lors de la réunion de printemps du FMI. L’Italien aurait été surpris d’apprendre qu’un banquier de BNP Paribas pourrait prendre la tête de la Banque de France et donc devenir superviseur des banques françaises. Comme beaucoup de monde, il croyait à la nomination de son bras droit et membre très influent du directoire de l’institution, Benoît Coeuré, dont le nom circulait.

Et "Les Echos" d’ajouter que la mission d’études confiée dans un premier temps à François Villeroy de Galhau pourrait avoir comme but de l’éloigner quelques mois du monde bancaire et donc de "gommer tout soupçon de conflit d’intérêts".

L’homme du public

Si c’est le secteur bancaire qui l’employait actuellement, ce polytechnicien, énarque et inspecteur des Finances, n’est à 56 ans pas un inconnu des sphères étatiques. Il a ainsi été le conseiller de Pierre Bérégovoy à Bercy puis à Matignon entre 1990 et 1993. Il a également été le directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn alors qu’il occupait le ministère de l’Économie et des Finances (1997-1999). Il est ensuite nommé directeur général des impôts.

En 2014, François Villeroy de Galhau publie "L’espérance d’un Européen". Il y explique que depuis l’avènement de l’euro, l’Europe n’a plus de projet fédérateur. Plutôt que de s’empêtrer dans des questions institutionnelles, il appelle à se concentrer sur le plein-emploi des jeunes. "Je ne supporte plus la morosité, la désespérance qui pèse sur une grande partie de l’Europe et sur la France en particulier. J’ai donc voulu ‘raconter’ les Européens que je rencontre, incarner l’Europe avec des histoires de chair et de sang", déclarait-il dans nos colonnes.

Le faïencier

François Villeroy de Galhau est issu de la famille industrielle éponyme située entre la Lorraine et la Sarre. On le retrouve ainsi au conseil d’administration du géant de la faïencerie "familiale", Villeroy & Boch, sous la présidence de Wendelin von Boch-Galhau.

En 2003, iI passe dans le secteur privé en rejoignant Cetelem, la société de crédit à la consommation de BNP Paribas. Le groupe lui octroie en 2008 les rênes de l’activité banque de détail dans les marchés domestiques.

Depuis, son nom a circulé à plusieurs reprises: la direction du Trésor, de la Caisse des dépôts et consignations,… Emmanuel Macron lui aurait même proposé d’être son directeur de cabinet quand il est devenu ministre.

Sa connaissance des rouages politiques ne s’arrête pas à la France. Européen convaincu, il sait également où frapper aux portes de l’Europe.

Pour lui, l’Europe doit désormais mettre de côté l’institutionnel au profit de grands projets mobilisateurs très concrets. "Il n’y a pas de plus urgent pour l’Europe qu’un programme de plein-emploi pour les jeunes", martèle-t-il. Et pour faire passer ce message, il affirme davantage travailler en coulisses.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité