De l'ombre au gouvernement polonais

Le parti Droit et Justice (PiS) est sorti grand vainqueur des élections législatives en Pologne, ce dimanche. Un nouveau Premier ministre a été nommé. Elle s’appelle Beata Szydlo et vient de passer de l’ombre à la lumière.

Rien ou presque ne prédestinait Beata Szyldo à devenir Premier ministre. Et pourtant, désignée par Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti ultra-conservateur Droit et Justice (PiS) qui a remporté les législatives, la Polonaise de 52 ans, cheveux courts, regard perçant, sera la prochaine à occuper cette fonction.

Issue d’une famille catholique, dont le père travaillait à la mine, la jeune Beata Szydlo grandit dans une maison rurale et modeste du sud de la Pologne, à quelques encablures de l’ancien camp de concentration d’Auschwitz. C’est d’ailleurs dans ce district qu’elle fera ses premières armes. Mais bien avant la politique, c’est vers les études que se tourne la jeune femme. Diplômée d’ethnographie en 1988 à l’Université de Cracovie, elle enchaîne avec un autre diplôme en muséologie et plusieurs années de recherches doctorales, qui la conduiront à travailler au sein du service culturel de la petite ville de Brzeszcze.

Ewa Kopacz, Premier ministre actuelle, avait dit oui à l’accueil de 10.000 réfugiés à partir de janvier 2016. Beata Szydlo y est opposée, tout comme le PiS, qui ne veut pas que la Pologne soit une terre d’accueil.

Déclic politique

En 1998, alors qu’elle arpente depuis longtemps les couloirs des administrations de la ville, c’est le déclic.

Église et avortement

En accédant au pouvoir, Beata Szydlo pourrait essayer de restreindre les conditions d’accès à l’avortement, ainsi qu’à la fécondation in vitro. Il s’agit là d’un point important dans le programme du PiS, parti historiquement proche de l’Église.

L’Europe et l’euro

Eurosceptique et conservateur, le PiS ne veut ni de l’euro, ni de relations étroites avec l’Europe. Beata Szydlo suit la ligne de conduite du parti, et souhaite se recentrer sur la frange de la population la plus touchée par la crise en Pologne.

Elle se présente aux élections municipales. Elle devient bourgmestre de Brzeszcze, sous l’étiquette de l’Alliance Électorale Solidarité (AWL), qui était une branche de droite du défunt Solidarnosc. Conservatrice et très attachée à l’Église, ce n’est qu’en 2001, lorsque l’AWL disparaîtra des suites d’une débâcle aux élections législatives, que cette mère de deux enfants se rapprochera du PiS.

La vitesse supérieure est alors enclenchée. Elle devient députée en 2005 à la Diète, le parlement polonais, puis est réélue en 2007 et 2011. Si l’ascension est impressionnante sur la scène politique, elle n’est pas moins fulgurante en interne. Entrée par la petite porte, elle devient trésorière du parti, puis vice-présidente, avant d’être celle qui gère en 2015 la campagne d’Andrzej Duda, le nouveau président. Il n’en fallait alors pas plus à Jaroslaw Kaczynski pour la nommer candidate PiS au poste de Premier ministre.

©EPA

Discrète mais tranchée

Si le passage des couloirs du musée de Brzeszcze à ceux du parlement s’est fait relativement sans accroc, c’est aussi parce que Beata Szydlo n’est pas le genre à faire des vagues. "Je sais que l’on me traite d’ennuyeuse et de quelconque, mais je préfère travailler dur et dans l’ombre que de construire ma carrière avec des feux d’artifice", expliquait-elle alors qu’on lui reproche souvent une absence de charisme.

Elle n’hésite d’ailleurs pas, dès que le temps lui en laisse la possibilité, à fuir les caméras et les grandes avenues de Varsovie pour rejoindre le calme de sa ville natale, sa maison bleue, ses enfants et son mari. Une fois sur place, elle ne peut cependant s’empêcher de s’investir et défendre le droit des travailleurs. Et des mineurs tout particulièrement, comme s’il s’agissait là d’une affaire de famille.

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