Deborah De Robertis, couvrez cet art que je ne saurais voir

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Le portrait de la semaine | Interpellée à plusieurs reprises nue devant des œuvres d’art, celle qui est considérée par de nombreux musées comme une fauteuse de troubles justifie ses actes par la liberté d’expression.

En août 2016, Deborah De Robertis défrayait les médias belges par une performance aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, où elle posait à demi-nue sous une photographie de la rétrospective Andres Serrano. Vêtue en religieuse comme le modèle du cliché, l’artiste performeuse s’était assise au sol pour relever les pans de sa robe et écarter les cuisses, dévoilant son sexe au public et "jouant" avec la gardienne qui tentait de cacher sa nudité; "Il y a une dame qui montre tout à tout le monde", clamait celle-ci dans son talkie-walkie.

©Twitter

Considérée par de nombreux musées comme une fauteuse de troubles plutôt qu’une artiste, la performeuse luxembourgeoise n’en était pas à sa première tentative de démontrer les mécanismes de la nudité féminine dans l’histoire de l’art: elle a exposé son sexe à de nombreuses reprises ces dernières années, son épisode le plus célèbre ayant eu lieu au Musée d’Orsay devant "L’Origine du monde" de Gustave Courbet.

CV Express
  • Née à Luxembourg en 1984.
  • Étudie la performance et la vidéo à l’École de Recherche Graphique (ERG) à Bruxelles.
  • Depuis le début des années 2010, se fait photographier, les cuisses écartées et le sexe apparent, dans des salles de musées.
  • En 2014, performance interrompue par la police au Musée d’Orsay devant "L’Origine du monde" de Courbet.
  • En 2015, son exposition au Casino Luxembourg est annulée et l’artiste dénonce la "censure" des organisateurs.
  • En janvier 2016, elle s’allonge nue devant l’Olympia de Manet à Orsay. Nouvelle arrestation.
  • Fin août 2016, performance aux MRBAB dans le cadre de l’expo Serrano "Uncensored Photographs".
  • Le 15 avril 2017, date anniversaire de Léonard de Vinci, l’artiste se dénude au Louvre devant la Joconde.

Détail essentiel qui échappe le plus souvent à ses détracteurs: elle réfute le caractère sexuel de son travail en affirmant que c’est le regard masculin porté sur le corps des femmes – notamment dans l’art – qui objective et sexualise l’anatomie féminine. "Caractériser mon travail comme étant à caractère sexuel signifie qu’il y aurait absence de regard, donc de discours et de pensée, et c’est replacer encore une fois le corps des femmes dans une position d’objet passif", précise l’artiste.

Contenu à caractère sexuel

La polémique qui la place à nouveau sous les feux de l’actualité bruxelloise fait précisément écho à cette réflexion féministe: invitée par TEDx Brussels à s’exprimer sur scène lors d’une soirée de conférences ce 5 mars au Palais des Beaux-Arts, elle est brutalement interrompue par l’un des organisateurs, qui déboule pour la tirer de force hors de la scène alors même qu’elle y était tout habillée! Détail ô combien ironique: dans la manœuvre, son t-shirt se soulève et dévoile ses seins, ce qui n’était absolument pas prévu dans la performance.

Médusé, le public présent ne comprend pas immédiatement si l’incident fait ou non partie du show. Certains quittent la salle, d’autres visionnent jusqu’au bout la vidéo qui, elle, n’a pas été censurée aussi violemment.

Deborah De Robertis s’attendait à une intervention des organisateurs, ceux-ci ayant tenté de la déprogrammer trois jours auparavant en arguant que la maison mère ne tolérait "aucun contenu à caractère sexuel" dans ses événements.

Sur les réseaux sociaux, l’artiste revient sur la censure et la violence subies. "Je ne me suis volontairement pas débattue sur scène mais bien dans les coulisses. J’ai fait ce choix (…) pour clairement mettre en lumière, sur scène, cette violence à sens unique (…) Je précise que les images vidéo ont été projetées par TEDx eux-mêmes, selon les mêmes procédés techniques que pour les autres participants."

Les propriétaires de la marque TED ont réagi en retirant sa licence à l’auteur des faits, un geste que l’artiste estime insuffisant pour soutenir la liberté d’expression et réparer le tort qu’elle a subi. Sur Twitter, elle interpelle les organisateurs en exigeant que sa vidéo soit accessible intégralement sur leur site et sa conférence, reprogrammée.

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