Défenseur d'une agriculture autonome

Président de la Fugea, Philippe Duvivier (41 ans) pilote la contestation des éleveurs laitiers qui militent pour un relèvement du prix du lait. Il a la particularité d’être agriculteur et fonctionnaire wallon. C’est un fermier de conviction qui défend une agriculture autonome.

De taille moyenne et vêtu d’une chemise blanche estampillée du logo de sa fédération, Philippe Duvivier est sur tous les fronts ces derniers jours. Il est sollicité tant par ses affiliés que par les représentants des autres groupements d’agriculteurs. Sans oublier les journalistes. L’homme ne sait plus où donner de la tête et a très peu dormi depuis que la contestation des producteurs laitiers a éclaté au grand jour avec une manifestation musclée lors de l’ouverture de la 81e édition de la Foire de Libramont vendredi 24 juillet. Président de la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea), le jeune quadragénaire est dans son élément.

"Mon combat est la défense d’une agriculture autonome, soucieuse de l’environnement. Je ne suis pas contre l’agrobusiness, mais il faut un équilibre entre ce modèle et les petits producteurs qui défendent leur activité. Ils méritent aussi du respect et un juste prix pour vivre décemment", martèle-t-il.

Homme de conviction

L’homme a le verbe facile et est doté d’un certain charisme. Vous lui posez une question et il tient le crachoir pendant des heures. Son discours est empli de conviction. Il a fait de la Fugea un outil de contestation qui séduit les agriculteurs confrontés à des difficultés.

  • Philippe Duvivier est né en 1973. Il est titulaire d’un graduat d’agronomie obtenu dans une école supérieure à Ath.
  • Après un bref passage dans le privé, il est entré à la Région wallonne en tant que fonctionnaire. Vu son cursus scolaire et les occupations de ses parents, il a très logiquement émargé au service l’agriculture.
  • Il est président depuis 2010 de la Fugea.

Résultat, la fédération est avec MIG, sa collègue corporatiste qui défend les intérêts des producteurs laitiers, l’une des deux structures qui mordent aux mollets la FWA (Fédération wallonne des agriculteurs), le puissant syndicat des fermiers. Le discours consensuel n’est pas son fort. Il n’a pas peur du dialogue dans le but de dégager des solutions. Mais il n’est pas question pour le président de la Fugea de vendre son âme au diable pour obtenir un consensus mou. "On ne peut pas défendre tous les modèles d’agriculture. Il m’est impossible de défendre en même temps les petits producteurs, l’agrobusiness et les producteurs bio", dit-il. Il plaide pour la défense du circuit court et l’encadrement des agriculteurs.

L’homme sait de quoi il parle. Il est des deux côtés de la barrière. Fonctionnaire à la Direction générale opérationnelle Agriculture, ressources naturelles et Environnement (DG Arne), Philippe Duvivier travaille dans le service qui gère les aides aux agriculteurs. Dans le même temps, il travaille complémentairement avec ses parents dans la ferme familiale d’une cinquantaine d’hectares avec environ 200 vaches, à Bouvignies (Ath).

Philippe Duvivier a plusieurs cordes à son arc. Entre son mandat de président de la Fugea, celui de vice-président des Saveurs paysannes et de fonctionnaire, il est également conseiller communal cdH à Ath. Le bourgmestre de la cité n’est autre que Marc Duvivier, son oncle, mais élu sur la liste PS.

Idéaliste

Même si son discours séduit plusieurs agriculteurs, Philippe Duvivier est présenté par certaines de ses connaissances comme un idéaliste. On salue son courage et sa détermination, mais des observateurs font remarquer qu’il donne parfois l’impression d’être un doux rêveur dans ses prises de positions.

Booster la Fugea

Visiblement, Philippe Duvivier a boosté l’audience de la Fugea. La petite fédération qui comptait environ 200 membres il y a deux ans devrait en revendiquer près de 1.500 à la fin de cette année 2015. Elle qui était très présente dans le Hainaut a désormais des membres en province de Luxembourg, à Namur et à Liège.

Elle a appartenu à ses grands-parents. Il est donc de la troisième génération. Il s’apprête à reprendre la ferme familiale, mais ne sait pas encore s’il doit garder les deux activités (viande, lait). "La gestion d’une ferme demande aujourd’hui beaucoup de compétences et d’importants investissements. Je souhaite m’associer avec un membre de ma famille", observe-t-il.

Entouré d’une équipe dont il salue la loyauté et l’investissement dans les différentes actions de la fédération, il estime qu’un leader doit aussi savoir déléguer. La mobilisation et les actions ont permis à la Fugea de gagner un siège autour de la table des négociations pour trouver une solution aux problèmes des agriculteurs.

"Aujourd’hui, les membres de l’Agrofront (Boerenbond, FWA, ABS, FJA) nous convient pour des discussions avec Comeos (fédération du commerce et des services). C’est une bonne chose", se réjouit Philippe Duvivier. Père de Violaine (14 ans) et de Romain (11 ans), il dit essayer de se réserver des moments pour passer du temps avec ses enfants et sa femme Anne-Michèle. Mais depuis quelques jours maintenant, il a du mal à respecter cet engagement.

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