Delphine Boël, une fille en colère

©BELGA

Ce mardi, devant la 12e chambre du tribunal civil de Bruxelles, débuteront les plaidoiries dans "l’affaire" Boël. Delphine Boël, fille illégitime supposée du roi Albert II, attaque ce dernier en reconnaissance de paternité.

A ce jour, Delphine Boël (mais pourra-t-elle encore s’appeler ainsi?) n’a plus de père. Un test ADN a formellement démontré que son père légal, le richissime industriel Jacques Boël qui fut le mari de sa mère, Sybille de Sélys Longchamps, n’a pas de lien biologique avec elle. Quant à son père supposé, Albert II, il n’a jamais émis le moindre signe de reconnaissance officielle.

Alors, qui est Delphine? Enfant terrible, femme perturbée, artiste maudite, héritière désargentée (Jacques Boël l’aurait déshéritée), bâtarde pétroleuse? Un peu tout cela à la fois, sans doute.

La bombe éclate en octobre 1999, moins de deux mois avant le mariage de Philippe et Mathilde.

Delphine naît le 22 février 1968, à Uccle. Sa mère, la baronne de Sélys Longchamps, entretient alors une relation suivie avec Albert de Belgique, prince héritier. Le couple d’Albert et Paola bat de l’aile, personne ne l’ignore et ne s’étonne donc de voir le fringant trentenaire batifoler ailleurs. Si l’on en croit l’interview que Sybille de Sélys a donnée au "Soir" l’an dernier, sa liaison avec Albert se poursuit encore pendant plusieurs années après la naissance de Delphine, qui voit très régulièrement son père et l’appelle "papillon".

Toujours selon la baronne, les choses basculent dix ans plus tard lorsqu’Albert décide de divorcer, aux conditions (draconiennes) fixées par son royal frère, Baudouin. Elle prend peur et quitte Bruxelles pour Londres, où elle s’installe avec sa fille. Réconcilié avec Paola, Albert aurait peu à peu cessé de donner de ses nouvelles.

Naissance à Uccle le 22 février 1968
1977 Installation à Londres avec sa mère, Sybille de Sélys Longchamps.
1999 Révélation de l’existence d’une fille cachée du roi par le journaliste Mario Danneels.
2013 Delphine attaque Albert II en reconnaissance de paternité. Interview-vérité de Sybille au "Soir".
2014 Jacques Boël n’est pas le père biologique de Delphine. Début des plaidoiries le 23 septembre.

Adolescente rebelle, rétive aux strictes écoles britanniques, Delphine étudie l’art à la Chelsea School of Art and Design. Elle intègre totalement le milieu branché londonien et se spécialise dans les sculptures en papier mâché, façon Niki de Saint Phalle. Jusque-là, la devise de sa mère (et de la famille Boël), "pour vivre heureux, vivons cachés" a parfaitement rempli son office.

Mais la bombe éclate en octobre 1999, avec la parution du livre de Mario Danneels, un jeune auteur d’à peine 18 ans, consacré à la reine Paola sous le titre "Paola, van la dolce vita tot koningin". À peine quelques lignes de l’ouvrage sont consacrées à l’existence d’une fille illégitime d’Albert II, Delphine, dont la ressemblance avec le roi est saisissante. On est alors à moins de deux mois du mariage de Philippe et Mathilde. Albert II laisse passer l’orage mais, dans son discours de Noël, il évoque "la crise que (son) couple a traversée il y a plus de 30 ans".

Delphine Boël et ses œuvres sortent alors de l’ombre. Elle ne craint pas la provocation, sculpte des trônes de papier mâché ou des Manneken pis dotés d’un phallus géant, titre un tableau "You Can’t Change The Truth, But The Truth Can Change You" ou une exposition "Talking to the Deaf". Sur son talent, les avis sont partagés. Elle expose beaucoup, notamment à Knokke, chez son ami Guy Pieters. Bon an mal an, elle vend des œuvres qui s’écoulent entre 2.500 et 20.000 euros. Mais elle ne fait pas fortune pour autant: Deljim, la société qu’elle a fondée avec son compagnon Jim O’Hare, un Américain d’origine irlandaise et dont elle a deux enfants, est en mauvaise posture financière.

L’année dernière, la notoriété "people" de Delphine Boël connaît un nouveau coup d’accélérateur. S’estimant victime de discrimination en raison de son statut hybride, elle attaque Albert II en reconnaissance de paternité. Pour la soutenir, la très discrète Sybille de Sélys Longchamps accorde une "interview-vérité" au "Soir", où elle se raconte, depuis sa rencontre avec Albert jusqu’à son départ pour Londres et l’éloignement progressif du couple.

La naissance de Delphine n’est même plus un secret de Polichinelle. Mais il n’est pas certain pour autant que le procès qui démarre aujourd’hui en apportera la preuve formelle.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés