Devlet Bahçeli, le faiseur de roi

Ce politicien chevronné de 70 ans joue la carte ultra-nationaliste dans la nouvelle majorité.

Le 18 avril dernier, la présidence turque publiait la photo de la franche poignée de main entre Recep Tayyip Erdogan et Devlet Bahçeli, le président du Parti d’action nationaliste (MHP), importante formation de la droite ultra-nationaliste turque depuis les années 70. Les deux hommes avaient scellé un accord pour la tenue d’élections anticipées, le 24 juin 2018, avec près d’un an et demi d’avance sur le calendrier électoral. Début mai, à la demande du président Erdogan, la loi électorale turque était modifiée pour permettre l’alliance exceptionnelle du Parti islamo-conservateur au pouvoir (AKP) et des ultra-nationalistes du MHP pour ce scrutin historique, puisqu’il donne le coup d’envoi d’un régime présidentiel fort en Turquie.

Son parti, d’abord influencé par la laïcité, va accorder une place grandissante à l’islam.

Devlet Bahceli et Recep tayyip Erdogan n’ont pourtant pas toujours été en odeur de sainteté. Pendant des années, le MHP faisait partie de l’opposition. Mais en perte de vitesse depuis les élections de juin 2015, le parti de Devlet Bahçeli s’est naturellement rapproché d’un Erdogan toujours plus nationaliste et autoritaire. L’an passé, c’est encore Devlet Bahçeli qui avait appelé les ouailles de son parti à soutenir le projet de réforme de la Constitution, ouvrant la porte au système présidentiel. Pour M. Erdogan, l’alliance de circonstance avec Devlet Bahçeli devait lui permettre de flatter l’électorat nationaliste. Un pari gagnant puisque l’"Alliance du peuple" entre victorieuse au parlement turc avec 53% des suffrages.

Qui est Devlet Bahçeli, politicien chevronné de 70 ans? Né à Bahçe, dans le sud de la Turquie, en 1948, il a grandi dans une famille républicaine, son père étant un ardent partisan du Parti républicain du peuple (CHP), fondé par Mustafa Kemal Atatürk. En 1970, il part étudier l’économie à l’université d’Ankara et rejoint le mouvement ultra-nationaliste des "Loup Gris". Ces "Loups Gris", sont proches du MHP et de son fondateur, Alparslan Türkeş. Leur doctrine est de préserver l’identité turque, face au communisme, à "l’occidentalisme" et au séparatisme (en particulier kurde). Au décès d’Alparslan Türkeş en 1997, Devlet Bahçeli le remplace à la tête du MHP. Au cours du temps, son parti, d’abord influencé par la laïcité, va accorder une place grandissante à l’islam, combinant foi et nationalisme.

Devlet Bahceli défend un nationalisme étroit teinté de foi musulmane. ©AFP

Le récent rapprochement de chef du MHP avec les islamo-conservateurs de l’AKP ne plaît à tous ses membres. En 2017, une figure du MHP, Meral Aksener, fait dissidence pour appeler à voter "non" au référendum. En octobre dernier, elle crée son propre parti, le IYI parti (Bon parti), et se présente aux élections dans l’alliance de l’opposition. Malgré cette fracture, Develt Bahçeli tire son épingle du jeu. "On le donnait moribond mais finalement, c’est lui le faiseur de roi, commente Guillaume Perrier, auteur du récent l’ouvrage "Dans la tête de Tayyip Erdogan". Il va tirer la politique du gouvernement vers un nationalisme assez étroit, très identitaire, très ‘turquiste’ pour couper l’herbe sous le pied d’une possible percée de l’opposition."


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