Didier Lombard, l'ex-patron d'Orange qui n'aimait pas la dentelle

L’ex-PDG de France Télécom, devenue Orange, répond depuis ce lundi devant la justice, au même titre que six collaborateurs, de harcèlement moral.

Il y a dix ans, au micro d’Europe 1, Didier Lombard reconnaissait partiellement ses torts. Avec un sens de la litote assez poussé, il convenait avoir "sous-estimé un certain nombre de paramètres humains", admettant dans la foulée que son évocation de la "mode des suicides" à France Télécom, avait été "une énorme bourde". L’ex-PDG de la compagnie française battant désormais pavillon Orange , répond depuis ce lundi devant la justice, au même titre que six collaborateurs, de harcèlement moral. Prévu pour durer deux mois, voire un peu plus, le procès fera date et pas seulement parce que le groupe lui-même, en tant que personne morale, est incriminé. L’homicide involontaire n’a pas été retenu dans le réquisitoire introductif car il manquait des éléments de droit pour aboutir à ce motif. Et pourtant. L’ordonnance de renvoi devant un tribunal correctionnel recense sur 673 pages, pour ce procès qui débute après neuf ans de procédure, 19 suicides (sur 60 entre 2007 et 2009), une douzaine de tentatives, un certain nombre d’épisodes dépressifs et des arrêts de travail.

"Crash-plan"

Le profil
  • 1942: naissance à Clermont-Ferrand
  • 1967: sorti de Polytechnique, démarre sa carrière aux PTT
  • 1988/1990: directeur scientifique et technique au ministère de la Recherche et de la Technologie
  • 2003: entre à France Télécom comme directeur général adjoint
  • 2005: succède à Thierry Breton au poste de PDG
  • 2007: élevé au rang de Commandeur de la Légion d’honneur sur proposition de son prédécesseur devenu ministre
  • 2010: quitte la présidence de l’entreprise

A l’automne 2006, Didier Lombard réunit ses cadres. Ayant succédé à Thierry Breton en 2005 à la tête de l’entreprise, il juge que l’heure est grave. Il explique que le téléphone à la papa c’est terminé, que les comptes du groupe France Télécom plongent dans le rouge à cause de la concurrence sur internet. Sous ses airs patelins, Didier Lombard n’en est pas moins brutal. Une phrase disparaîtra du compte rendu mais une version intégrale la restituera. Face à une dette de 47,5 milliards d’euros, le nouveau PDG veut en effet tailler à la hache dans les effectifs et déclare sans ambages que nombre de salariés (22.000) devront partir "par la fenêtre ou par la porte". Il ne veut pas "faire dans la dentelle". Certains, sous la pression, prendront la décision de se pendre. D’autres préféreront l’arme à feu, se jeter sous un train ou depuis le pont d’une autoroute. Le "crash-plan" de la direction ne l’avait pas prévu. Si bien qu’au mois de septembre 2009, une plainte syndicale est déposée et une information judiciaire est ouverte en avril de l’année suivante. Didier Lombard est mis en examen en juillet 2012 pour harcèlement moral. Cela ne l’empêchera pas d’activer après son départ ses 300.000 stock-options et de toucher une retraite-chapeau de 325.000 euros, laquelle s’ajoutera à sa coquette retraite de haut-fonctionnaire. Finalement remplacé au tournant de 2010 par Stéphane Richard, l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, il continuera sa carrière à la présidence du conseil de surveillance de ST Microelectronics et occupera différents sièges d’administrateur chez Thales, Technicolor (ex-Thomson) et Radiall30.

Lors de son départ de France Télécom, il se dira, dans un communiqué, "persuadé que le tournant" qui avait "été pris il y a quelques années" avait été "le bon", tout en regrettant "les souffrances et sans doute aussi les incompréhensions liées au besoin impérieux de changements". Face aux 48 parties civiles, Didier Lombard, un polytechnicien aujourd’hui âgé de 77 ans, et ses collaborateurs vont avoir l’occasion de faire de la pédagogie à rebours.

3Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom", avait écrit Michel D, un expert en réseau mobile marseillais, avant de se donner la mort le 14 juillet 2009, selon un témoignage publié dans le journal La Croix. Quant à l’Obs, le journal évoque ce matin de 2011 où Rémy Louvradoux, un fonctionnaire de 56 ans entré chez France Télécom en 1979, décidait de mettre fin à ses jours par le feu sur un parking de l’entreprise. Son fils évoque aujourd’hui le "sentiment d’impunité totale des dirigeants".

"Climat anxiogène"

Didier Lombard, mais aussi Louis-Pierre Wenes (directeur exécutif) ainsi que le DRH Olivier Barberot sont poursuivis en raison de leur statut d’auteurs d’une stratégie visant "à déstabiliser les salariés (…) créer un climat anxiogène", ayant eu pour objectif de "dégrader les conditions de travail d’une manière susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité". Ce pourquoi le procès en cours devrait tinter aux oreilles de maints dirigeants.

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