Egon Durban, des chiffres ronds comme un ballon

©REUTERS

Egon Durban, un ancien banquier de Morgan Stanley, vient d’acquérir 10% de Manchester City pour 500 millions de dollars, via sa firme de private equity Silver Lake.

La financiarisation du football se poursuit, et sème un peu plus le trouble sur l’avenir du sport le plus populaire de la planète. Depuis une dizaine d’années, celui-ci est soumis à une américanisation rampante (investissements, codes marketing, aseptisation, fragmentation du produit, arbitrage vidéo). Sa dénaturation semble inexorable, comme l’a expliqué il y a quelques jours l’ancien président de l’UEFA Michel Platini, qui a notamment déploré que le Parc des Princes cède à son tour au naming.

Le profil
  • 44 ans
  • Diplômé en finance à l’université de Georgetown (Washington)
  • Précédents groupes:

  • Morgan Stanley (banque d’affaires)
  • Morgan Stanley (corporate finance)
  • Fondateur (1999) et actuel directeur général de Silver Lake

La dernière grande transaction, signée samedi, n’est pas la moins spectaculaire. En investissant 500 millions de dollars pour seulement un peu plus de 10% de City Football Group, Egon Durban a créé un précédent historique. Jamais un club de football n’a été valorisé à de telles hauteurs. Même le voisin Manchester United, qui a longtemps été considéré comme le club le plus puissant du monde, est maintenant largement dépassé (valorisation de 2,7 milliards de dollars, contre 4,8 pour CFG).

"Nous sommes ravis d’investir dans CFG, qui redéfinit le football dans le monde et a ainsi réussi à construire une impressionnante plate-forme mondiale de clubs de football de renom sur les cinq continents", a déclaré Egon Durban, le directeur général de Silver Lake, le groupe de private equity qu’il a créé en 1999, et qui est basé à Menlo Park, au cœur de la silicon valley. Comme la plupart des investisseurs américains, celui-ci était jusqu’à présent plus connu pour ses opérations majeures dans l’industrie de la technologie que pour ses connaissances en football. En 2011, il avait notamment œuvré pour Microsoft dans l’acquisition de Skype (8,5 milliards de dollars). Avec Silver Lake, il a opéré des investissements majeurs dans Dell ou dans Alibaba.

Fragmentation

C’est au nom de son expertise dans la tech qu’il a convaincu le Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, détenteur du véhicule d’investissement Abu Dhabi United Group, que ce partenariat pourrait faire grandir Manchester City.

Cette expertise pourrait permettre à City d’exploiter au mieux les nouvelles sources de revenus liées à la fragmentation des contenus. Le football tend à devenir un sport de séquences, au moins dans sa consommation, avec une explosion des visionnages par smartphone, que ce soit les matchs diffusés en streaming ou les contenus "behind the scene", comme les interviews d’après-match, les coulisses, les mini-séries documentaires ou les vidéos d’actions marquantes.

Ce relais de croissance pourrait même devenir vital pour les clubs, en raison de leur trop grande dépendance aux droits TV. Le modèle économique des chaînes classiques est en effet de plus en plus fragile, en raison de l’explosion des coûts, de la fragmentation des audiences et de l’essor du streaming illégal, qui permet d’accéder gratuitement aux matchs en direct sur des dizaines de sites internet.

Le club du nord de l’Angleterre, vainqueur de la Premier League en 2018 et 2019, a cassé les codes tout au long de la décennie. Il a été le premier à mettre en œuvre le concept de franchise, en rachetant plusieurs clubs – New York City FC, Melbourne City FC et Girona FC – pour les mettre au service du géant Manchester City). Il a aussi investi des sommes colossales au mépris du fair-play financier de l’UEFA, ce qui pourrait lui valoir une sanction dans les prochains mois, qui pourrait être plus sévère que celle dont il a été l’objet en 2014, au même titre que le Paris-Saint-Germain. Ce mariage pourrait donc être une réussite sur le plan financier. Mais il n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la culture football.

 

Chelsea également approché
Egon Durban n’a pas forcément choisi Manchester City par passion pour le jeu de l’équipe de Pep Guardiola, qui est peut-être le plus chatoyant du monde depuis trois ans. Le club londonien de Chelsea, ainsi que d’autres clubs anglais, ont ainsi été approchés, sans succès.

Présent dans une dizaine de boards
Le fondateur de Silver Lake est hyperactif, puisqu’il est présent dans une dizaine de conseils d’administration, parmi lesquels ceux de Dell Technologies, Learfield IMG College, Motorola Solutions, Pivotal Software, SecureWorks, UFC, Unity, VMware et Verily.

 

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