Elise Lucet, la croisée française de l'info n'a pas dit son dernier mot

©AFP

Ses méthodes qui dérangent le ballet bien réglé des communicants et de la presse ne plaisent pas à tout le monde. Deux émissions phares qu’elle présente ont été mises sur la sellette.

Une fois de plus, ce 28 novembre, les téléspectateurs ont pu voir Elise Lucet à l’œuvre dans l’émission "Cash investigation" sur France 2. Elle et son équipe ont acquis, disent-ils, des actions Carrefour, rien que pour avoir le droit d’assister à l’assemblée générale des actionnaires. Ils sont alors repérés par des vigiles qui les encadrent, faute d’avoir réussi à les évacuer. Mais il en faut plus pour décourager cette croisée de l’info qui se rend au pied de l’estrade afin d’interpeller en direct Georges Plassat. But de l’opération, interroger le grand patron de la distribution sur des t-shirts vendus dans les enseignes Carrefour.

Car la journaliste annonce avoir la preuve qu’ils ont été en partie fabriqués par des enfants en Ouzbékistan. Georges Plassat riposte avec une politesse efficace en assurant que les vérifications seront faites. A cet instant, la "bombe" Lucet est désamorcée. Après avoir obtenu le principe d’une interview, elle quitte la salle sous les huées et des insultes grossières.

Elise Lucet insultée lors de l'ag de Carrefour

Des émissions sur la sellette

Une fois encore, Elise Lucet a employé cette manière forte qui la caractérise depuis ses débuts dans la profession. Qu’il s’agisse de financement de parti politique, de pédophilie dans l’Eglise ou des conditions de travail chez Lidl, la journaliste cultive le même credo: ne jamais repartir sans avoir eu réponse à sa question, qu’elle pose et repose sans se décourager. Comme lors d’un fameux entretien qu’elle avait conduit face à un président Chirac en panne de parade.

cv express
  • 1983-1986: débute à FR3 Rouen sous la direction de Henri Sannier.
  • 1988: intègre la rédaction nationale.
  • 1990-2005: présente le 19/20 sur France 3.
  • 2000-2011: présentatrice de "Pièces à conviction".
  • 2005-2016: présentatrice du journal de 13 heures sur France 2.
  • 2012/2016: animatrice de "Cash investigation" et "Envoyé spécial".

Elise Lucet dérange. Elle n’a pas son pareil pour mettre les pieds dans le plat des agendas trop bien réglés des communicants et de leurs clients. Le dossier de presse bien policé sans aucun élément qui pourrait déranger l’ordre établi, ce n’est pas vraiment son truc. Elise Lucet agace et même elle encombre. Au point que des menaces se sont fait jour cette semaine sur la poursuite de ses émissions phares "Envoyé spécial" et "Cash investigation", dans un contexte d’économies demandées par le gouvernement à France Télévisions.

Mais voilà, depuis ses débuts dans une télé régionale normande, elle a appris une chose. Sa longue carrière de présentatrice de JT et la notoriété qui va avec, la protègent. Elle n’est pas forcément intouchable – son confrère David Pujadas en sait quelque chose pour avoir été évincé du vingt heures – mais son pouvoir de nuisance est supérieur à celui d’une ouvrière du textile. C’est ainsi que le gouvernement serait discrètement intervenu auprès de la présidente de France Télévisions pour ménager l’icône.

Entêtée et pugnace

Elle est née en 1963 à Rouen. Elle a le visage volontaire, de beaux yeux clairs et des cheveux blonds comme beaucoup de femmes normandes. A peine passé son bac elle réussit à s’incruster (déjà!) dans une télé locale, décrochant ses premiers scoops. Au départ, l’idée de présenter des journaux télévisés ne l’emballe pas. Si bien que par-dessus le marché, elle négociera toujours des émissions dont le but premier sera l’information et plus encore l’investigation.

En 2017, on peut dire que Elise Lucet a rejoint le cénacle des femmes de presse entêtées, pugnaces et contrariantes, à l’instar par exemple d’une Florence Aubenas dans la presse écrite. Depuis, elle a ses admirateurs et ses ennemis adorent la détester.

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