Elizabeth Holmes, de pur à mauvais sang

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La jeune patronne devait révolutionner les analyses sanguines avec Theranos, son bébé. Aujourd’hui, l’aventure s’arrête, après avoir atteint une valorisation de 9 milliards de dollars. Fin d’un rêve ou escroquerie?

Voilà, c’est fini... La course folle de Theranos s’est achevée mercredi, selon le Wall Street Journal, qui rapporte la cessation d’activité de la start-up américaine qui entendait révolutionner les analyses sanguines à partir d’une simple goutte de sang – entre 100 et 1.000 fois moins que les tests classiques.

Une disparition qui emporte avec elle l’intrigante Elizabeth Holmes, fondatrice de l’entreprise, véritable pur-sang de la tech. Pendant longtemps, les observateurs ont vu en elle la prochaine Steve Jobs, forte des ressemblances frappantes: un bref passage avorté à l’université pour entamer une cavalcade entrepreneuriale, mais aussi le fait de s’être lancée jeune, très jeune, ou encore de partager une vision du monde marquée au fer rouge dans un cerveau qui cogite à foison.

Autant de caractéristiques qui lui valurent rapidement de devenir l’une des figures de proue de la nouvelle vague d’innovations outre-Atlantique. Et de fait, en 2014, à seulement 30 ans, Madame pèse à son apogée jusqu’à 4,5 milliards de dollars, selon des estimations de Forbes, figurant parmi les plus jeunes milliardaires non-héritières au monde. Trop beau pour être vrai? Peut-être.

Premier brevet à 19 ans

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Le profil
  • Née en 1984 à Washington, elle intègre l’université de Stanford en 2002, pour la quitter dès 2003.
  • Elle lance alors Theranos à 19 ans, start-up technologique spécialisée dans les analyses sanguines, et enchaîne les levées de fonds.
  • En 2014, elle atterrit sur la liste Forbes des 400 Américains les plus riches, avec une fortune estimée dépassant le milliard de dollars.
  • De 2015 à 2016, des enquêtes journalistiques et fédérales viennent mettre en doute la précision de sa solution. L’escroquerie se dessine.
  • La dégringolade s’ensuit pour déboucher, en juin sur l’inculpation de la fondatrice, puis, mercredi, sur la cessation d’activité de l’entreprise.

Mais tout d’abord, retour aux origines de l’aventure. L’histoire de Theranos débute en 2003 lorsque l’intéressée, entrée à Stanford depuis un an à peine pour des études de chimie, part pour Singapour. Elle y travaille sur une puce capable de détecter une maladie infectieuse des poumons. Le déclic. À son retour, elle dépose son premier brevet et l’aventure démarre. Elle est alors âgée de 19 ans.

Son premier produit? Un patch permettant d’administrer un médicament tout en analysant les données vitales du patient, histoire de mesurer les effets du traitement opéré. Une riche idée qui pousse Elizabeth à abandonner ses études tout de go pour se concentrer sur sa solution.

De fil en aiguille, ce sont finalement les analyses sanguines qui sont retenues comme seul focus pour son bébé, Theranos. Un marché porteur qui permet à la start-up d’enchaîner rapidement les levées de fonds, jusqu’à atteindre, en 2014, une valorisation de quelque 9 milliards de dollars.

Et pour cause, avec moins de sang que ce que requièrent les procédures alors en vigueur, la firme veut parvenir à réaliser 200 examens différents, listés sur son site internet, et ce, à des prix défiants toute concurrence et en un temps record.

Top beau pour être vrai

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Mais voilà, fin 2015, une enquête du Wall Street Journal éveille de premiers soupçons quant à une potentielle escroquerie de l’étoile montante de la technologie. Très vite, le média se voit suivi par les pouvoirs publics jusqu’au paroxysme qu’a été la sortie de la SEC en mars 2018. Le gendarme boursier américain établit alors "une fraude bien rodée, étendue sur plusieurs années". En cause, le fait que l’entreprise savait pertinemment que sa solution "avait des problèmes de fiablité, ne permettait qu’un nombre limité de tests et était plus lent que d’autres systèmes", contrairement à ce qui avait été mis en avant auprès des investisseurs, des médecins, mais aussi et surtout, des patients.

C’est là la claque finale pour Theranos qui avait déjà vu sa valeur fondre comme neige au soleil mois après mois. Une dégringolade qui culmine avec l’inculpation de la fondatrice, en juin, aux côtés de son compagnon et ancien patron de la start-up, Ramesh "Sunny" Balwani. Tous deux risquent aujourd’hui 20 ans de prison et une amende maximum de 2,75 millions de dollars par tête de pipe.

L’incarnation d’un mélange Icare-Madoff? En tout cas, le résultat est là. Theranos n’est plus.

Look à la Steve Jobs

L’entrepreneure américaine n’a jamais caché son admitration pour Steve Jobs, le célèbre cofondateur d’Apple. En hommage, elle portait, comme lui, le col roulé noir et allait jusqu’à décorer son bureau comme celui du patron.

Un milliard perdu pour les investisseurs

Les nombreux investisseurs qui ont mis de l’argent dans Theranos ne recevront rien en retour, rapporte mercredi le Wall Street Journal. Tout compris, ils auront donc perdu près d’un milliard de dollars dans l’aventure. Il en va des Walton, héritiers du fondateur de Walmart, de l’actuelle secrétaire à l’Éducation Betsy DeVos, ou encore de Rupert Murdoch (21st Century Fox, News Corp).

Adaptations prévues

Une telle ascension, pour une telle chute, il y aurait de quoi écrire un roman. Et bien, c’est le cas. Le journaliste franco-américain John Carreyrou, deux fois récipiendaire du Pulitzer, en a fait un livre, après ses révélations de 2015 dans le Wall Street Journal. Désormais, un film devrait suivre. Le rôle d’Elizabeth Holmes est déjà attribué à l’actrice Jennifer Lawrence (Hunger Games, Joy,...).



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