Emmerson Mnangagwa | Le "Crocodile" a croqué le vieux dictateur

Celui qui exécutait dans l’ombre les basses œuvres de l’ancien Président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a fini par prendre sa place.

"Un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé", a dit Winston Churchill. Sans doute Robert Mugabe, l’ancien Président du Zimbabwe, s’y est-il mal pris, car après avoir nourri en son sein durant des années Emmerson Mnangagwa, il a fini entre ses crocs. Ses portraits sont aujourd’hui déboulonnés des rues d’Harare et remplacés par ceux de son successeur.

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, dit le "Crocodile", prêtera serment dans quelques jours comme Président ad interim du Zimbabwe. Il devrait se présenter aux élections en 2018. Ces trois dernières années, il fut vice-président du pays, aux côtés d’un Mugabe déclinant du stade de libérateur à celui de dictateur.

Le profil
  • Né le 15 septembre 1943, Emmerson Mnangagwa a grandi en Rhodésie du Nord. Après avoir été expulsé du Technical College de Hodgson, il se lance dans la lutte armée contre les colons.
  • Quand l’indépendance du Zimbabwe est reconnue en 1980, il devient chef du renseignement.
  • En 2014, Il est désigné vice-président du Zimbabwe.

Limogé le 6 novembre par la première dame, Grace Mugabe, le "crocodile" s’était exilé. Rêvant de remplacer son mari, elle pensait avoir évincé son seul rival de cette pichenette improvisée. C’était sans compter sur l’hostilité des généraux à l’établissement d’une dynastie des Mugabe.

L’armée avait pris le contrôle du pays le 15 novembre dernier, avec l’objectif de destituer Mugabe. L’homme d’État, âgé de 97 ans, s’est accroché plusieurs jours.

Les Zimbabwéens étaient en liesse hier, libérés de la main de fer d’un Président usé par l’âge et le pouvoir. Mais ils fêtent plus le départ de l’un que l’arrivée de l’autre, méconnu de la population.

La désignation de Mnangagwa ne devrait pas les réjouir. L’opposition, muselée, n’a pas gand-chose à en attendre. Le "nouveau venu" est, avant tout, l’ancien chef des renseignements et de la police. Apparatchik, il a rempli en coulisses les basses œuvres d’un Président à qui il doit tout. On le présente sans faille, ni compassion.

Emmerson a vécu ses premières années sous l’oppression du colon britannique. Expulsé de son université pour activisme politique en 1960, il entre dans la guérilla indépendantiste. Il rejoint l’Union Nationale Africaine pour le Zimbabwe (ZANU), créée par Mugabe. Arrêté en Egypte, il est libéré grâce à celui qui deviendra son mentor.

En prison avec Mugabe

À l’âge de 21 ans, Robert Mugabe l’envoie en Chine où il se forme à l’art de la guerre et des renseignements. À son retour en Rhodésie, il monte avec ses frères d’armes le "gang des crocodiles", une milice armée qui finira pas tuer un fermier et un policier réserviste.

Pour échapper à la potence, il se fait passer pour un mineur de moins de 21 ans. Il écope d’une peine de dix ans, alors que ses complices sont pendus. En prison, il se rapproche de Mugabe, leader de la résistance qui étudie aussi par correspondance. Après sa libération, il est expulsé en Zambie où il décroche un diplôme de droit.

À la fin des années 70, il négocie aux côtés de Mugabe les accords de Lancaster House, qui marquent la fin du régime colonial.

La ZANU arrive au pouvoir. Très vite, Emmerson Mnangagwa grimpe les échelons au sein du nouvel État, toujours au service de Robert Mugabe. Il prend la tête des renseignements et en 1983, il mène une répression contre des dissidents dans les provinces des Midlands et du Matabeleland, qui fait 20.000 morts.

Déjà puissant, il devient riche en 1998 en combattant aux côtés de Laurent-Désiré Kabila. Cette alliance, faite aussi de pillages, lui rapporte une fortune.

En 2008, il organise la réélection de Mugabe, instaurant un climat de violences. Candidat à plusieurs reprises aux élections, il ne parvient pas à s’imposer. Ayant grandi dans l’ombre de Mugabe, il ne jouit d’aucune notoriété. Qu’importe, il a fini par écarter le "vieux Lion".

Richissime

Selon les renseignements américains, le Président ad interim du Zimbabwe est à la tête d’une fortune importante, amassée lorsqu’il aidait Laurent-Désiré Kabila à combattre les rebelles en RDC.

Impitoyable

Emmerson Mnangagwa a été formé dans le chaudron anti-colonial. Très jeune, il est entraîné en Tanzanie, en Egypte et puis en Chine. En prison, il subit la torture. Arrivé au pouvoir, il continue dans le registre de la violence et de la répression, à la tête de son département "favori", les services de renseignement.

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