Éric Lambin, le géographe engagé pour la planète

Eric Lambin, chercheur à l’UCLouvain, vient de recevoir le prix Blue Planet. Le géographe est récompensé pour ses recherches visant à la protection de la planète.

Les sciences géographiques belges ont de quoi être fières. Éric Lambin, professeur de géographie à l’UCLouvain, a reçu le Blue Planet Prize 2019 pour ses recherches sur l’interaction entre l’activité humaine et l’évolution des écosystèmes terrestres. Un prix japonais prestigieux récompensant la contribution de chercheurs à la résolution de problèmes environnementaux. Il lui sera remis en décembre prochain lors d’une cérémonie en présence de l’héritier au trône de chrysanthème, le prince Akishino et son épouse. "C’est une grande reconnaissance, mais aussi l’accomplissement d’une carrière commencée à un moment où la question environnementale n’était pas aussi médiatisée qu’aujourd’hui", souligne Éric Lambin.

Le profil
  • 2009 Il reçoit le prix Francqui. Il publie la même année un premier livre de vulgarisation, "Une écologie du bonheur".
  • 2014 Il reçoit le prix Volvo de l’environnement.
  • 2015 Il publie un second ouvrage, "Le consommateur responsable", consacré à la compatibilité entre consommation responsable et mondialisation.

L’équipe menée par le chercheur belge a mis en évidence le lien entre la reforestation dans un pays et la délocalisation de l’extraction du bois et de la production agricole vers d’autres pays. L’originalité de sa démarche repose sur la superposition de données de satellites et de données socio-économiques.

Approche internationale

Cela clarifie l’importance d’une approche internationale dans la gestion des terres au-delà des frontières nationales. "On a besoin d’une action commune. Il faut aligner les intérêts politiques locaux, nationaux et internationaux, explique-t-il. L’impact du secteur privé est aussi essentiel à travers ses engagements à promouvoir un usage des terres moins destructeur et un approvisionnement durable des ressources naturelles (cacao, huile de palme)."Éric Lambin cite les actions des jeunes marcheurs pour le climat afin d’illustrer le 3e pan de cette concertation: la société civile. "Ils ont permis d’avoir une écoute plus importante, mais j’aurais préféré que le monde académique soit entendu plus tôt."

Académicien

Membre de l’Académie royale de Belgique, de l’Académie royale des sciences d’Outre-Mer et associé étranger à la National Academy of Sciences des États-Unis.

Passionné

C’est son envie de découvrir le monde qui l’a incité à se lancer dans des études en géographie, lui permettant d’associer des sciences humaines (économie, politique) et naturelles. 

Aventureux

Éric Lambin a mené des recherches dans les forêts tropicales, les régions arides et les montagnes.

Né à Uccle, Eric Lambin a obtenu sa licence en sciences géographiques en 1985 à l’UCLouvain. Depuis 2009, il enseigne également à l’Université de Stanford en Californie. Sa vie entre la Belgique et les États-Unis lui offre un poste d’observateur privilégié des politiques environnementales menées des deux côtés de l’Atlantique. "L’arrivée à la présidence de Donald Trump a enclenché un grand bond en arrière de la part des États-Unis. Il a choisi de se retirer de l’accord de Paris et a affaibli les régulations environnementales. À l’inverse, en Europe, on a vu une montée en puissance du débat et des initiatives." Pour ce professeur, les États-Unis comptent davantage sur le développement des technologies pour résoudre les problèmes environnementaux. À l’inverse, l’Europe prend plus facilement la route de la régulation publique. Eric Lambin l’affirme pourtant, "on ne peut pas compter uniquement sur les technologies. Ce n’est pas suffisant, il faut un mélange des deux." Et la Belgique? Elle est surtout handicapée par une complexité institutionnelle rendant difficile la coordination de politiques ambitieuses.

"Nous sommes sur une trajectoire dangereuse. Les prochaines décennies seront très difficiles. Après, c’est le propre de l’homme de chercher à s’adapter." L’optimisme n’est donc pas de rigueur chez ce spécialiste ayant voyagé des savanes africaines à l’Himalaya pour comprendre et trouver des solutions à la dégradation de nos écosystèmes.

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