Euclide Tsakalotos, l'as de pique pragmatique d'Athènes

La Grèce a scellé avec ses créanciers l’accord qui promet d’écarter le risque d’un défaut de paiement cet été. Une fameuse plume au chapeau de son discret ministre des Finances.

L’Europe gardera longtemps la mémoire d’un ministre grec déboulant en cuir au milieu de ses pairs comme une boule dans un jeu de quilles. D’un ministre volubile débordant de cet optimisme surfait qui irritait tant ses pairs, exaspérés par des semaines de négociations stériles. D’un ministre aux phrases assassines, comme celle qui a précipité sa démission, à l’été 2015 – "Ils sont unanimes dans leur haine pour moi, et je me réjouis de cette haine". Le phénomène Yanis Varoufakis a marqué les esprits… Euclide Tsakalotos, lui, n’est pas un phénomène. Mais sans doute laissera-t-il une empreinte plus durable dans l’histoire de la zone euro. Il ne s’affiche pas en Une de "Paris Match", mais il négocie et surtout: il conclut.

Le profil
  • Euclide Tsakalotos est né en 1960 à Rotterdam. Cinq ans plus tard, sa famille déménage au Royaume-Uni.
  • Il étudie l’économie à Oxford avant d’enseigner cette discipline à l’université du Kent.
  • Il se rapproche du mouvement Syriza et est élu député en 2012.
  • Il pilote l’équipe grecque de négociations avec les créanciers dès avril 2015 et devient ministre des Finances en juillet.
  • Marié à une économiste écossaise, il est le père de trois enfants.

Il était déjà chef de l’équipe de négociation politique grecque quand son flamboyant prédécesseur tenait encore la barre des Finances. Et quand Yanis Varoufakis a quitté le gouvernement grec dans un vrombissement de moto, c’est avec soulagement que ses ex-collègues de l’Eurogroupe ont appris que M. Tsakalotos prenait le relais. Cet homme pragmatique, qui ne court pas après la lumière des projecteurs, allait peut-être adoucir le climat des négociations.

Relation discriminatoire

Il garde pourtant bien des points communs avec son antécesseur. Économiste formé en Angleterre, il maîtrise parfaitement le langage de ses pairs. Et comme Varoufakis, il est un homme aux convictions profondément ancrées à gauche – il se dit lui aussi marxiste. Comme Varoufakis, il dénonce les politiques d’austérité menées par les leaders de la zone euro: "L’union monétaire européenne a créé une fracture entre le cœur et la périphérie et les relations entre les deux sont hiérarchiques et discriminatoires", écrit Tsakalotos. Et même s’il est aujourd’hui l’homme grâce auquel la Grèce est encore dans la zone euro, personne n’a oublié qu’avant d’entrer au gouvernement, il n’excluait pas un retour à la drachme. "La monnaie à elle seule n’est pas la base de la politique économique", soulignait-il.

À la différence de Varoufakis, Euclide Tsakalotos a été élu. Voici une dizaine d’années, il a été à la pointe de la fronde contre un projet de réforme du système éducatif grec. C’est à cette occasion qu’il a rejoint un syndicat enseignant et qu’il s’est rapproché du parti Syriza d’Alexis Tsipras, indique l’agence Reuters dans un portrait qu’elle lui a consacré. C’est ainsi que l’on retrouve le professeur d’économie sur les bancs de la Vouli, le Parlement grec, dès 2012.

Bien que membre du "groupe des 53", l’aile gauche de Syriza, il est resté fidèle au Premier ministre et s’est fait réélire lors des élections anticipées de septembre 2015 convoquées après la démission de Tsipras. Nouveau soulagement des créanciers de la Grèce: c’est une fois encore Tsakalotos qui a pris la direction des Finances dans le gouvernement Tsipras II. "C’est la personne idéale pour aider le gouvernement grec à sortir de l’impasse (…). Il est modeste, calme et il sait écouter", le dépeindra le Chypriote Panicos Demetriades, ex-membre du conseil des gouverneurs de la BCE.

Mardi, le négociateur pragmatique a annoncé "de la fumée blanche": Athènes va prendre de nouvelles mesures de redressement budgétaire, ses créanciers vont libérer de nouvelles tranches d’aide, et les discussions sur une réduction de la dette à long terme vont pouvoir commencer.

Les dindes et Noël

Demander aux partis traditionnels grecs de soutenir ses mesures contre le clientélisme? "C’est comme si on demandait aux dindes de voter pour ou contre Noël", a souri Euclide Tsakalotos.

L’erreur de Tsipras

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a reconnu avoir commis une "erreur" en ne nommant pas plus tôt Euclide Tsakalotos ministre des Finances.

Solutions à foison

Alléger la dette grecque? C’est une question de bonne volonté: "Je vois bien là tout de suite 10 à 15 solutions; mais s’il n’y a pas de bonne volonté politique, alors pour chaque solution je peux imaginer un inconvénient."

 

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